L'entretien avec Christophe Emprin, président, Pack-Solutions

« L’enjeu sera de capter les encours nécessaires »

DR, Christophe Emprin, président, Pack-Solutions

L’Agefi Actifs. - En tant que plate-forme de gestion de solutions d’assurances, quelles sont les principales difficultés que vous recensez ou que les assureurs mettent en avant sur l’Eurocroissance ?

Christophe Emprin. - Tout d’abord, il y a ce que j’appelle le ticket d’entrée, c’est-à-dire le montant de l’investissement à réaliser pour bâtir cette nouvelle génération de produits. Bon nombre d’assureurs qui n’ont pas préparé leurs outils doivent à présent évaluer le coût du développement des systèmes d’information nécessaires. Cet aspect est loin d’être neutre. Selon les compagnies, cela peut aller jusqu’à 1.000 jours/homme avec des budgets pouvant être compris entre 500.000 et 1 million d’euros.

Ces investissements vont percuter avec d’autres dossiers importants, voire plus stratégiques, pour les assureurs, sur lesquels ils doivent se positionner vite. Je pense notamment à la complémentaire santé avec le développement de la réforme issue de l’ANI et des contrats responsables, à Solvabilité II – même si les travaux ont bien avancé – ou encore à la mise à niveau des circuits concernant les évolutions sur le cadre réglementaire de la distribution.

Quelques assureurs sont plus en avance que d’autres puisqu’ils ont lancé en son temps l’eurodiversifié. Ils devront alors adapter leur processus plus simplement que les entreprises qui ne détiennent pas l’outil. Précisons à ce niveau que les principales difficultés de gestion se concentreront sur le calcul de la provision de diversification, un peu moins sur les back-offices dans la mesure où, une fois implémenté, le produit évoluera plus lentement que sur les multisupports classiques qui réclament des opérations de gestion plus fréquentes, notamment des arbitrages.

Les assureurs qui n’ont pas développé l’eurodiversifié pourraient quant à eux  adopter une attitude d’observation. Pour ces entreprises, nous avons réalisé les investissements nécessaires afin de leur proposer une offre clé en main qui leur évitera d’effectuer les investissements en nom propre. Ce moteur sera prêt au premier trimestre 2015.

Quels sont les freins sur le plan commercial ?

- Certains assureurs s’interrogent sur la capacité et la volonté de leurs réseaux de s’approprier le produit, même si le problème se pose moins pour les canaux de distribution captifs que pour les intermédiaires indépendants. D’autres organismes assureurs se demandent si le marché existe réellement dans un écosystème un peu compliqué pour l’assurance vie. Leur interrogation est la suivante : serons-nous capable de capter les encours nécessaires pour viabiliser les capitaux mobilisés dans le projet Eurocroissance ? Prenons schématiquement l’exemple d’une société qui investirait 500.000 euros. Au regard des marges dégagées ce jour sur l’assurance vie, son point mort sur trois ans avoisinerait les 250 millions d’euros de collecte requise. Un tel montant sur l’Eurocroissance est loin d’être acquis. D’autres assureurs mettent en avant le timing très mauvais du lancement de la formule compte tenu de la faiblesse des taux d’intérêt qui va limiter la part des investissements en actions et en capital-risque susceptibles de délivrer du rendement. D’un point de vue strictement actuariel, il est clair qu’une garantie du capital à 80 % semble plus judicieuse qu’une garantie à 100 %. Mais cette approche est plus difficile à vendre.

Un autre sujet me préoccupe : je n’ai pas remarqué d’études sur les intentions des clients par rapport à l’Eurocroissance. Je ne vois pas non plus de communication de la part des pouvoirs publics. Enfin, l’Eurocroissance ne fait pas partie des grandes réformes disséquées par les médias grand public. Il n’est pas sûr que les particuliers connaissent les contours de cette offre avant longtemps. Tous ces indicateurs me laissent penser que l’appel d’air sur cette nouvelle formule sera difficile. Dans cinq ans, parmi ceux qui seront rentrés sur le marché début 2015, il sera possible de tirer quelques enseignements.

L’Eurocroissance est-il selon vous un produit patrimonial ou un produit de retraite ?

- Ma conviction est qu’il s’agit d’un produit à souscrire en vue de la retraite et qu’il sera intéressant de le loger dans un contrat Madelin, article 83 ou Perp, pour lesquels l’horizon d’investissement est long. En effet, plus la durée est longue, moins la question du montant de la garantie au terme – 100 % du capital ou moins – devient importante. L’assureur peut prendre le temps de constituer sa provision de diversification en se libérant des aléas conjoncturels des marchés. Et si, de plus, on arrive à flécher l’épargne vers les PME, alors on peut effectivement affirmer que le produit a du sens et on pourra expliquer son intérêt à un client institutionnel. En revanche, pour un produit d’assurance vie individuelle sur huit ans, qui est la durée minimale, le mécanisme sera beaucoup moins aisé à expliquer à un particulier.