Assurance vie

Le démarrage poussif des contrats Vie Génération

Geneviève Allaire
Le marché des contrats Vie Génération peine à décoller, à en juger par le faible nombre de souscripteurs, plutôt ciblés sur le haut de gamme
Seuls une demi-douzaine d’acteurs se sont lancés en moins d’un an et une grande partie de la Place reste en position « d’attente pour voir »
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Ciblant une catégorie d’investisseurs bien précise – ceux qui détiennent un patrimoine suffisant et sont prêts à prendre des risques tout en ayant une optique de transmission successorale (L’Agefi Actifs n° 652, pp. 24 à 27) –, les premiers contrats Vie Génération ont été lancés en juillet 2014. Dix mois après, l’engouement du public pour ce produit de niche reste mesuré.

Allianz précurseur.

Premier acteur à avoir lancé une telle offre, dès juillet 2014, Allianz a un portefeuille de quelque 250 contrats Vie Génération, dont deux tiers proviennent de transferts et le tiers restant d’affaires nouvelles pour une adhésion à 69 ans au plus tard et une moyenne d’âge à la souscription de 65 ans. « Nous estimons que les contrats Vie Génération sont des produits intéressants, destinés à une cible restreinte mais prête à y placer des encours élevés. Les atouts majeurs des contrats Vie Génération tiennent à l’allégement de la fiscalité via une diminution des droits de succession pour chaque bénéficiaire. Il faut donc avoir un capital important à transmettre », synthétise Christine Nonnenmacher, directrice du marché des particuliers dans l’unité Digital et Market Management de cette compagnie.

Cette nouvelle catégorie d’assurance vie a été pensée par les pouvoirs publics à la suite du rapport Berger-Lefebvre d’avril 2013 qui a mis en avant une insuffisance de l’investissement des contrats d’assurance vie pour dynamiser l’économie française. Opter pour un contrat Vie Génération implique une démarche citoyenne puisque un tiers du capital est dévolu au financement de secteurs jugés prioritaires par le législateur. « Un épargnant ne va pas choisir ce contrat parce qu’il souhaitera prendre des risques au bénéfice de l’économie française, estime Christine Nonnenmacher. Néanmoins et secondairement, il peut trouver là un argument supplémentaire pour arrêter son choix. » Une démarche qui n’est pas sans rappeler celle des PEA-PME en 2014 dont l’objectif de la part des pouvoirs publics était de favoriser l’investissement de l’épargne de nos concitoyens vers le financement des PME et des ETI.

Partant d’un produit risqué parce que les sommes sont investies uniquement sur des fonds en unités de compte (UC), Allianz n’en propose pas la gestion libre et a arrêté deux profils, l’un équilibré et l’autre dynamique, pour un investissement minimal de 200.000 euros. Afin de limiter la volatilité, une option garantie plancher viagère permet de récupérer la mise éventuellement réduite parce qu’ « il faut proposer aux titulaires de ces contrats une option permettant de ne pas risquer de perdre en rendement ce qu’ils escomptaient gagner sur l’abattement successoral », explique Christine Nonnenmacher.

Chez Predica, filiale assurances de personnes de Crédit Agricole Assurances, les contrats sont distribués par les caisses régionales du Crédit Agricole et LCL. Pour chacune de ces banques, Predica a lancé un contrat Vie Génération en septembre 2014, « Predivie Transmission » et LCL Transmission Vie. 489 contrats ont été vendus. Cinq unités de compte composent aujourd’hui cette offre, le ratio des 33 % d’actifs spécifiques étant directement respecté dans chacune. Quatre de ces UC sont tournées vers les PME-ETI et une s’attache au logement social. Predica attend des précisions sur la définition des actifs relevant de l’économie sociale et solidaire pour travailler sur un fonds de cette nature.

La compagnie a choisi de proposer ces produits aux clients de moins de 70 ans. En effet, rien ne permet aujourd’hui d’avoir des modalités différentes pour les plus âgés. « Les clients qui ont souscrit un contrat Vie Génération ont déjà une assurance vie bien remplie et ont atteint le plafond de 152.500 euros d’abattement par bénéficiaire. En majorité, des transferts partiels sont effectués vers ces contrats car il s’agit avant tout de prendre date », remarque Isabelle Perchereau, responsable marketing et ingénierie financière chez Predica. La filiale assurances de personnes ne propose pas de garantie plancher sur ces contrats car ils sont à 100 % en unités de compte et son coût peut être important. « Ce produit s’intègre très bien dans la stratégie patrimoniale d’un certain type de clientèle qui y voit en plus un moyen de favoriser le financement de certains secteurs », conclut Isabelle Perchereau.

Diversification des options de gestion...

Positionné sur les contrats Vie Génération tout récemment, avec une offre sortie en avril, AG2R La Mondiale a intégré à ces produits une gestion libre, profilée et sous mandat pour les 67 % d’actifs investis librement, l’institution de prévoyance et Agicam, sa filiale de gestion d’actifs, gérant directement les 33 % du capital dévolus aux PME-ETI et, ultérieurement, au logement social et intermédiaire ainsi qu’aux entreprises du secteur de l’économie sociale et solidaire.

« La gestion sous mandat permet à AG2R La Mondiale de se différencier des autres acteurs et redonne la main à nos partenaires institutionnels, les banques de retail et de gestion de fortune », met en avant Francis Dubosc, directeur du développement de l’épargne et clientèle patrimoniale d’AG2R La Mondiale. Jusqu’au 1er janvier 2016, le détenteur d’un contrat d’assurance vie a la possibilité de le transformer en contrat Vie Génération en conservant l’antériorité fiscale de son premier contrat s’il reste chez le même assureur. Selon le directeur, cette échéance est trop courte. Il est indispensable de la prolonger, d’autant que tous les décrets relatifs au contrat Vie Génération n’ont pas été publiés et que certaines dispositions pourraient venir renforcer l’attrait de ces produits.

… et des véhicules éligibles.

Afin de mettre à la disposition des assureurs des véhicules éligibles aux contrats Vie Génération, le gestionnaire d’actifs Amundi a créé Amundi Transmission Immobilier, un OPCI (organisme de placement collectif en immobilier) dont 33 % au minimum des encours sont dévolus aux logements intermédiaires et sociaux. Deux autres fonds – des OPCVM – permettent de remplir les contraintes imposées telles qu’investir au minimum 33 % des actifs en titres de la zone euro émis par des PME-ETI : le fonds d’actions Amundi Transmission Actions et le fonds diversifié flexible Amundi Transmission Patrimoine.

En raison des fluctuations des marchés boursiers, est-il complexe de maintenir le ratio de 33 % sur la totalité du capital investi ? « Un léger effet marché peut s’exprimer mais cela ne soulève pas de difficultés particulières dans la gestion », observe Christophe Lemarié, responsable des solutions patrimoniales pour les réseaux partenaires chez Amundi. Depuis leur lancement en septembre dernier, le fonds Transmission Actions enregistre une performance supérieure à 20 % et le Fonds Amundi Transmission Patrimoine a une croissance de 5 à 6 %. « Avec seulement quelques mois d’existence, il est trop tôt pour se prononcer sur la performance de ces fonds. Quant au fonds Amundi Transmission Immobilier, c’est avant tout le côté civique qui s’exprime par l’investissement de 33 % dans les logements sociaux et intermédiaires, plutôt que ses perspectives de rendement », considère Christophe Lemarié. Il constate également que l’engouement vis-à-vis de ce nouveau contrat reste aujourd’hui cantonné à quelques assureurs, les autres observant le niveau d’intérêt suscité par cette nouveauté auprès des épargnants.

Des acteurs en attente.

A ce jour, six acteurs de l’assurance et de la banque proposent des contrats Vie Génération : AG2R La Mondiale, Allianz, Crédit Agricole, LCL, SwissLife et l’Association Hoche Retraite via l’offre NeufLize Vie (voir le tableau).

De son côté, Axa ne s’est pas positionné et indique étudier la question « afin d’envisager dans quelle mesure [le contrat Vie Génération] peut trouver une place dans notre gamme et répondre aux attentes de nos clients », a indiqué le service de presse de la compagnie.

Chez Generali, les réseaux de distribution n’ont pas été sollicités par des clients désireux de souscrire une telle assurance, même si la cible potentielle est bien présente dans son portefeuille. « Je ne vois pas l’intérêt d’arbitrer d’une assurance vie ‘classique’ vers un contrat Vie Génération, à la faveur d’un avantage fiscal mais en contrepartie de contraintes d’investissement. On sait très bien que dans le logement social, les performances ne seront pas au rendez-vous », tranche Sonia Fendler, membre du comité exécutif de Generali France, en charge de la clientèle patrimoniale. Et d’ajouter : « La clientèle préfère avoir une gestion sous mandat avec une marge de manœuvre plus large qu’être limitée dans son rendement pour bénéficier d’un avantage supplémentaire en cas de décès. »

Elle estime que les contrats Vie Génération vont attirer les investisseurs jusqu’au 1er janvier 2016 mais qu’ensuite, leur succès sera plus que relatif. C’est ce qui s’était passé pour les PEA-PME. Les réseaux de distribution affiliés à Generali ne poussent pas les clients dans cette direction. Cependant, si la demande pour ce produit apparaissait, la compagnie serait disposée à mettre en place une offre, bien plus simple à concevoir qu’un contrat Eurocroissance (L’Agefi Actifs n°638, pp. 8 à 14).