L’assurance vie peut se défendre face à l’inflation

Réjane Reibaud
La gestion de l’assurance vie est plus complexe que dans les années 1970 mais les possibilités d’agir se révèlent plus nombreuses.

L’assurance vie ne s’avoue pas vaincue face à l’inflation. C’est en substance le message qu’a voulu faire passer Olivier Héreil, directeur général adjoint de BNP Paribas Cardif et responsable des gestions d’actifs, à l’occasion de l’université d’été de l’Asset Management qui se tenait à l’université Paris-Dauphine jeudi dernier. Témoignant en tant que «compagnie d’assurance vie qui gère des capitaux investis dans les fonds généraux en euros», il estime que l’assurance vie a beaucoup plus de moyens de se défendre aujourd’hui qu’elle n’en avait dans les années 1970, autre période inflationniste.

«La crise d’aujourd’hui a évidemment des similitudes avec celle des années 1970 surtout pour le choc énergétique que nous connaissons. Mais, en cinquante ans, il y a eu des évolutions structurelles absolument majeures et nous ne pouvons plus raisonner aujourd’hui comme nous raisonnions à l’époque», a-t-il argumenté. D’abord, la transformation vient des marchés financiers eux-mêmes : ils sont plus profonds, plus larges et interconnectés, et plus globalisés. En outre, «ils offrent une palette d’instruments financiers absolument incroyables et qui font émerger de nouvelles classes d’actifs qui étaient encore confidentielles à l’époque. Cela donne de la profondeur à tous les investisseurs institutionnels et je pense plus particulièrement au développement tout récent du non coté», explique Olivier Héreil.

La transformation a aussi touché l’assurance vie elle-même. «Dans les années 1980, le marché de l’assurance vie était en plein essor. Chaque année, le niveau de la collecte nette représentait un tiers du stock. Il y avait donc des effets de dilution du portefeuille qui étaient absolument massifs et qui permettaient aussi de faire varier très rapidement son allocation dans une direction ou dans une autre, parce qu’on pouvait travailler directement sur les flux», rappelle le dirigeant. La collecte était très orientée sur les fonds généraux en assurance et le Code des assurances était très prescriptif en matière de détention d’actifs.

Diversification des portefeuilles

Mais, aujourd’hui, l’environnement de l’assurance vie n’a plus rien à voir, remarque Olivier Héreil. Ainsi, la croissance de la collecte n’est plus aussi forte, et le marché se déploie bien au-delà des fonds généraux, vers le multisupport, avec des offres en unités de compte importantes. «Par ailleurs, l’environnement réglementaire est passé sous Solvabilité 2 aujourd’hui, qui libère quelque part l’accès à différents actifs et qui encourage également la diversification des portefeuilles», rappelle-t-il.

Dans un tel contexte, sachant que l’objectif de l’investisseur est de répondre aux incertitudes grandissantes, «la seule réponse, selon moi, c’est par la diversification des actifs». L’obligataire n’est ainsi plus la seule réponse possible aux logiques d’adossement actif/passif ou de duration du portefeuille. «Nous avons tout un ensemble d’actifs pour trouver de la ‘duration’», assure le dirigeant. C’est une gestion par conséquent plus complexe qu’avant mais qui doit aussi intégrer un autre paramètre, celui de la liquidité des actifs. «Ce paramètre ne me paraît pas toujours suffisamment pris en compte», avance Olivier Héreil, qui rappelle que, même si l’institutionnel a une gestion de long terme, il lui faut des poches de liquidité suffisantes pour pouvoir adapter son allocation d’actifs. «Sa liquidité, c’est son cash, mais c’est aussi sa capacité à analyser la nature de liquidité de marché de ses propres actifs», met-il en garde.