L’assurance vie, dans sa version actuelle, dispose de tous les outils pour faire aussi bien que l’eurocroissance

L’entretien avec Cyrille Chartier-Kastler, président, Facts & Figures
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L’Agefi Actifs. - Quels principaux enseignements tirez-vous de votre dernier baromètre ?

Cyrille Chartier-Kastler. - Nous avons intitulé notre étude « Point de situation et Vision Facts & Figures d’un marché en bonne forme, mais relativement figé et en manque d’initiatives » afin de bien mettre en avant les faibles évolutions du marché.  Il est fort probable que 2013 nous amène à la même constatation compte tenu de l’attentisme qui a prévalu l’an passé avec les débats autour de la réforme de l’assurance vie, attentisme qui se poursuit aujourd’hui avec les négociations autour de l’eurocroissance.

Depuis 2008, et malgré les différentes phases de crise, les lignes n’ont-elles donc pas réussi à bouger ?

- Non, en tout cas pas de manière significative. Les bancassureurs, selon notre définition qui correspond uniquement à la vente dans les réseaux bancaires, continuent d’occuper le terrain avec 52 % de parts de marché. Au sein de ces 52 %, les guichets bancaires représentent 50 % de l’activité, les CGP bancaires 26 % et les banques privées 24 %. Il s’agit dans notre approche des banques privées qui dépendent du groupe bancaire. Cette stabilité est frappante. Il n’y a plus aucun mouvement en épargne individuelle, contrairement aux secteurs de la santé, de la prévoyance, de l’IARD et de la retraite collective. Le marché de l’épargne vie individuelle est moins rentable qu’auparavant. Sa rentabilité sur fonds propres avoisine globalement les 6-8 % alors que l’on se situait autour des 8 % à 12 % cinq ans auparavant. La ponction des assureurs sur leurs fonds propres est plus importante à présent. La collecte en unités de compte se maintient, sans plus, en sachant que les opérateurs ont de plus en plus de mal à élaborer des produits structurés compte tenu de la situation des marchés actions et de la faiblesse des taux à long terme. Certains opérateurs on vu leur collecte en unités de compte diminuer en 2012 à cause du manque de produits lancés dans ce domaine. Sur les UC, le marché n’a jamais véritablement éduqué les clients, il a préféré jouer les produits structurés et est aujourd’hui victime de cette politique de facilité.

Quant à l’eurocroissance, je suis dubitatif sur sa réussite. Il s’agit d’un produit complexe. L’assurance vie, dans sa version actuelle, dispose de tous les outils pour faire aussi bien que l’eurocroissance, sans tomber dans l’écueil du produit tunnel, pour peu que l’on utilise des supports en unités de compte de bonne qualité et un fonds en euros performant. C’est au conseiller de bien surveiller les points d’entrée et de sortie.

Cette atonie sur les formules d’épargne vie individuelle tranche avec les mouvements enregistrés sur le marché de l’assurance pure. Quelles en sont les traductions ?

- En IARD, la bancassurance continue de capter des parts de marché – les acteurs détiennent environ 15 % de ce dernier – avec des progressions de 0,5 % à 0,8 % par an. Cette avancée s’effectue au détriment des réseaux d’agents et du petit courtage. La mécanique, en marche depuis une vingtaine d’années, continue de fonctionner.

En prévoyance-santé, les bancassureurs poursuivent leur stratégie de conquête agressive, fidèles à leur principe de se déployer sur les segments qui dégagent de la marge technique et de la croissance. Les mutuelles sans intermédiaires – MSI –  mettent aussi en place des plans d’action très structurés sur la clientèle individuelle. Certains réseaux bancaires et MSI savent aussi courtiser les travailleurs non salariés.

Enfin, il y a la collective santé, un marché qui va être chamboulé et sur lequel les institutions de prévoyance ont beaucoup à perdre. Avec la généralisation de la complémentaire santé, deux lignes de distributeurs vont devoir être surveillées. D’abord les bancassureurs, qui disposent d’une grande force de frappe pour développer des packages et inciter les TPE à souscrire. Les réseaux d’agents généraux, ensuite, qui sont également bien positionnés car ils assurent, en dommages principalement, les risques des petites entreprises et de leurs dirigeants. A leurs côtés, il faudra compter avec les experts-comptables en tant que prescripteurs.