L'Afer invite les candidats à la présidentielle à se positionner sur l'assurance vie

Lors des assises de l'Afer, Gérard Békerman a jeté son dévolu sur les candidats de la droite et de la majorité sortante pour sauvegarder l'enveloppe fiscale.

«Je verrais bien Laurent Saint-Martin ministre des finances.» Le député La République en Marche (LaRem) du Val-de-Marne, venu défendre le programme d'Emmanuel Macron à l'occasion des assises de l'Afer lundi 14 mars, est promu ministre d'un exécutif fictif par Gérard Bekerman, président de l'association. La droite n'est pas en reste, car Gérard Berkerman adjoint à son champion «deux directeurs de cabinets», Philippe Nguyen, gestionnaire du fonds Investors in Private Equity  venu représenter Marine Le Pen et Vijay Monany, porte-parole d'Eric Zemmour. Xavier Bertrand, là pour incarner les idées de Valérie Pécresse, rentre «dans la même composition». Le point commun entre les différentes candidats représentés : tous sont favorables au maintien, voire à une baisse des droits de succession et à la sauvegarde de l'assurance vie. 

Emmanuel Macron (La République En Marche)

«Nous ne toucherons pas à l’assurance vie car c’est une soupape par rapport à une fiscalité en ligne indirecte qui est trop lourde», a confirmé le soutien d'Emmanuel Macron. Une petite précision sur le programme encore flou du Président sortant qui veut favoriser les «transmissions populaires» : contrairement aux candidats de droite, l'allègement des transmissions passerait plus par un réhaussement de l'abattement que par un rétrécissement du délai de rappel fiscal. 

Valérie Pécresse (Les Républicains)

Xavier Bertrand, candidat déçu à la primaire des Républicains (LR) et conseiller spécial de Valérie Pécresse pour la "République des territoires et le travail", a été direct : "Il n’est pas question de toucher à un cheveu de l'assurance vie. Pourquoi s’évertuer à casser ce qui donne confiance en France ?"

La candidate LR veut inscrire dans la Constitution le principe de non-rétroactivité fiscale pour sécuriser le contribuable. Une charte avait été signée en 2014 par Bercy, mais celle-ci ne contraint pas les parlementaires. 

Eric Zemmour (Reconquête)

Vijay Monany, le héraut d'Eric Zemmour, a indiqué vouloir supprimer la loi Sapin 2 qui permet au Haut conseil de stabilité financière (HCSF) de bloquer les rachats d'assurance vie. Un dispositif «IFI-PME» permettrait aux assujettis à l'impôt sur la fortune immobilière de déduire 50% de leurs investissements dans des PME. Un livret innovation dirigerait l'épargne vers des entreprises ou des fonds d'investissement, avec une exonération totale de fiscalité et de prélèvements sociaux au bout de cinq ans. Concernant l'épargne gérée par la Caisse des dépôts majoritairement fléchée vers le logement social ou le renouvellement urbain, Reconquête veut en ponctionner 60 milliards d'euros en direction des «entreprises stratégiques» pour la France.

Marine Le Pen (Rassemblement National)

En matière d'assurance vie, le RN prône la stabilité. Un fonds souverain serait mis en place pour accueillir l'épargne dans des projets «qui servent le bien commun» (infrastructures, environnement, fonds propres des entreprises, technologies...). Un fonds géré de façon privé par des comités d'investissement professionnels sous l'égide de la Caisse des dépôts. La rémunération de l'épargnant est déjà prévue : 2% par an ajustable en fonction de l'inflation structurelle, 3% si la durée de détention des parts est supérieure 5 ans, 4% si supérieure à 8 ans. Les parts seraient éligibles à l'assurance vie et au PER. 500 milliards d'euros d'encours sont visés d'ici la fin du quiquennat. «Les Français vont devenir actionnaires de la France», s'est enflammé Philippe Nguyen. 

Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise)

Le co-responsable de l’espace programme LFI, Hadrien Toucel, était tout seul face au parterre des épargnants de l'Afer. Son président a qualifié le représentant de Jean-Luc Mélenchon «d'exalté de l'épargne» sans la consistance nécessaire pour conduire une politique en la matière. Si LFI remet en cause l'enveloppe fiscale de l'assurance vie, sa suppression concernerait uniquement les investissements réalisés à l'étranger pour les rapatrier sur le territoire national. Elle ne ferait pas partie de la réforme de l'héritage du parti de gauche. 

LFI veut également conduire un audit sur les usages de l'épargne investie par le secteur bancaire privé, pour favoriser une transition des secteurs carbonnés ou polluants vers d'autres plus soutenables. «De la même manière que l’on a des injonctions à trier ses poubelles, on doit avoir une injonction à trier ses actifs également», tente Hadrien Toucel. Un pôle public bancaire serait mis en place pour drainer l'épargne vers les grands investissements de la «bifurcation écologique» prônée par LFI. 

«Les 10% des ménages les plus fortunés détiennent 160 fois plus que les 10% de ménages les plus pauvres, les 1% les plus riches contrôlent un quart des revenus totaux», a-t-il rappelé à l'appui de ses propositions. 

Yannick Jadot (Europe Ecologie les Verts)

Guillaume Duval, chargé des questions sociales pour la campagne de Yannick Jadot, a certainement reçu l'accueil le plus défavorable du public de l'Afer. Et pour cause : la réforme de l'héritage de EELV veut supprimer les niches fiscales... dont l'assurance vie. «Nous supprimons les avantages liés à l’assurance vie dans la succession, mais cela ne concernerait en pratique que peu de persones puisque nous relevons l'abattement global à 200.000 euros, argumente Guillaume Duval. Cela évite que les très riches aient un moyen de ne pas payer l'impôt.»

EELV veut également «durcir» - comprendre renforcer - les labels à destination des épargnants pour favoriser le financement de la transition écologique. 

Gérard Bekerman, en guise de conclusion, a présenté les propres propositions de l'Afer pour la présidentielle : augmenter l'abattement de 152.500 euros sur l'assurance vie reçue en succession, pouvoir verser des primes «hors succession» jusqu'à 75 ans au lieu de 70 et «respecter» le fonds en euros. «Le capital décès appartient aux fonds propres de l’assureur avant d'être versé aux héritiers, riposte-t-il à ceux qui ont des vélléités de réforme. Vouloir intégrer au capital successoral quelque chose qui n’appartient pas à la famille, c’est une aberration juridique.»