Florence Lustman, présidente de France Assureurs

«Il faut actualiser certains paramètres de l’assurance vie»

Propos recueillis par Bertrand De Meyer
France Assureurs publie ce mardi un livre blanc sur l'assurance vie. Sa présidente, Florence Lustman, explique pourquoi l'organisation propose de relever le montant des abattements et l'âge pivot dans le cadre de la succession.
©SteveMurez2021

Agefi : Pourquoi publiez-vous un livre blanc pour « renforcer l’assurance vie » ?

Florence Lustman : Les campagnes présidentielles sont des occasions privilégiées pour s’exprimer sur les grands débats de société. France Assureurs, qui interroge régulièrement les Français, a mis en place une plateforme présidentielle pour nourrir les débats autour de trois sujets : la relance et la souveraineté économiques, la transition écologique et la protection sociale. Quel que soit le candidat qui sera élu, il sera confronté à une réalité marquée par l’augmentation de certains risques, tels que le risque cyber, le risque de catastrophe naturelle, le risque de dépendance, etc.  Face à ces risques, les assureurs se positionnent naturellement comme partenaires privilégiés. Dans ce cadre, nous publions aujourd’hui ce livre blanc pour interpeller les candidats sur la question de l’assurance vie qui est essentielle pour les Français.  

Rejetez-vous l’idée d’une hausse de la fiscalité de l’assurance vie dans le cadre des transmissions proposée par plusieurs économistes et candidats ?  

L’assurance vie est le produit d’épargne préféré des Français qui ont compris qu’il s’agit d’un véritable couteau suisse. Elle permet non seulement de se protéger, par exemple en préparant sa retraite ou sa transmission, mais aussi de financer différents projets de sa vie comme l’achat d’un logement ou les études de ses enfants. Ce produit est très populaire avec 38 millions de bénéficiaires et 18 millions de détenteurs de contrats dont trois quarts sont des ouvriers, des employés, des professions intermédiaires ou des retraités. C’est aussi un investissement dans l’économie réelle avec 61% des 1.876 milliards d’euros d’encours à fin 2021 investis dans les entreprises. L’assurance vie est déjà le produit de confiance et c’est ce qui fait sa force. Tout candidat qui est à l’écoute des Français et qui souhaite développer la croissance, l’emploi et plus généralement l’économie productive soutient l’assurance vie.

L’évolution du cadre de l’assurance vie est-il vraiment pertinent alors que les chiffres de collecte de janvier témoignent de son dynamisme ?  

Les sommes inactives accumulées pendant la crise Covid sur les comptes courants et les livrets réglementés doivent être réorientées vers l’économie réelle dans l’intérêt des Français et de la relance. Pour cela nous proposons 2 types de mesures. D’abord, nous pensons qu’il faut améliorer les incitations sur le Plan d’épargne retraite (PER) en portant le plafond de déductibilité pour ces investissements de 10% à 20% des revenus professionnels. Ensuite, il faut actualiser certains paramètres de l’assurance vie :  nous proposons ainsi de relever l’âge pivot de 70 ans à 75 ans pour tenir compte de l’augmentation de l’espérance de vie et de relever le montant des abattements de 30.500 et 152.500 euros à 46.000 et 204.000 euros pour tenir compte de l’évolution du coût de la vie.

Les assureurs ne peuvent-ils pas, eux aussi, faire plus ?

Nous avons signé avec le ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance, Bruno Le Maire, un accord pour favoriser la lisibilité des frais prélevés sur les contrats d’assurance vie. Les assureurs ont pris l’engagement de standardiser la présentation des frais ce qui les rendra facilement comparables. Nous réfléchissons par ailleurs à un nouveau document d’information précontractuelle (« PRIIPS ») pour les souscripteurs d’assurance vie. Si un tel document est obligatoire de par la réglementation européenne, il faut veiller à ce que la densité de l’information ne la rende pas trop complexe. Il est d’autre part important que l’information soit adaptée à chaque marché et notamment au marché français qui se distingue par un modèle de distribution fondé sur une obligation de conseil. 

Au niveau européen, êtes-vous satisfaite des projets de réforme de la directive solvabilité 2 ?  

Nous n’étions pas favorables aux propositions de l’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (Eiopa). Celles de la Commission européenne vont plutôt dans le bon sens car elles reconnaissent que les assureurs européens sont déjà très bien capitalisés et pourraient permettre de dégager 90 milliards d’euros de fonds propres. Il est important de se rappeler que les assureurs européens actifs à l’international font face à une concurrence mondiale où les acteurs des autres continents ne subissent pas une réglementation aussi contraignante que la nôtre. Et il est également important que solvabilité 2 ne pénalise pas les investissements dans les infrastructures et dans le verdissement de notre économie qui est une priorité européenne. Ce sujet n’est donc pas seulement technique, il est surtout politique et vital pour la transition écologique en Europe. Il est donc essentiel que les candidats s’en saisissent !