Interview

Gilles Belloir : «Les fonds patrimoniaux retrouvent leur attractivité»

Mathilde Castagna
Gilles Belloir, directeur général de Placement-direct.fr, revient sur les annonces de l’ACPR concernant la transparence et les frais en assurance et partage ses perspectives d’investissement sur l’année à venir.

L’Agefi Actifs : Comment avez-vous réagi aux annonces de l’ACPR concernant les frais et le manque de transparence en assurance vie ?

Gilles Belloir : C’est une bonne chose et je pense que c’est la suite logique des initiatives prises par la loi Pacte. Cela répond aussi à ce que Bercy a tenté de faire en début d’année avec l’accord de Place ayant abouti à la la mise en ligne d’une fiche synthétique des frais prélevés sur chaque contrat et dans l’amélioration de la communication des frais des supports. Il y a encore probablement aujourd’hui une insuffisance, dans les fiches synthétiques des frais des contrats, concernant les frais des supports qui sont rassemblés en catégories trop générales et qui ne reflètent pas la diversité des sous-jacents, ce qui à court terme, peut créer de la confusion pour le client.

La bonne nouvelle, avec les dernières annonces, c’est que nous allons enfin pouvoir parler couple rendement / risque. Ce qui est extrêmement important. C’est la première chose qui devrait être regardée lors du choix d’un support afin de comprendre le risque pris et donc la rentabilité qui y est associée. Les annonces de France Assureurs reflètent qu’enfin on va se pencher sur ce sujet. Le fait d’aller regarder dans chaque portefeuille le niveau de performance par rapport au niveau de frais, va permettre aux acteurs de faire le ménage dans leurs supports. La bonne méthode pour l’épargnant est selon moi de regarder le couple rendement / risque en considérant d’abord la performance nette de frais du support parmi les supports de la même catégorie, puis de regarder le niveau de frais. Contrairement à ceux qui passent par un courtier en ligne, les clients qui vont directement chez un assureur n’ont pas autant de choix et ne peuvent donc pas prendre autant de recul sur les produits qu’on leur propose.

D’autres inconvénients sur le sujet ?

L’autre inconvénient est de noyer les clients sous un paquet de documents. Trop de documentation nuit probablement à la bonne compréhension de la situation. Ce que j’ai en tête c’est la simplification du bulletin de salaire. Lorsque les bulletins de salaire sont passés à une page, nous nous sommes rendu compte que les informations manquantes désormais n’étaient pas si importantes pour les employés. Pourquoi ne pas appliquer cela à nos contrats ? Il faut néanmoins saluer la démarche d’expliciter mieux les frais. En effet, la fiche synthétique des frais sur les contrats offre une meilleure lisibilité, ce qui facilite la comparaison et renforce l’accès à l’information.

Selon vous, quel sera l’effet de la remontée des taux sur le fonds en euros ?

Une grande partie du secteur attendait cette remontée en puissance du fonds euros. Après une année compliquée avec la crise sanitaire, la remontée des taux est une bonne nouvelle pour les assureurs et les épargnants. À la suite de plusieurs années de baisse des taux, mais aussi des rendements, on voit désormais que la situation se stabilise.

Je pense qu’il va y avoir un assouplissement des contraintes d’allocation appliquées jusqu’ici par certains assureurs. Il y a des acteurs qui ont déjà commencé, mais je vois la tendance s’accentuer pour l’année 2023. Cela va permettre de réinjecter du rendement dans le fonds en euros. Pour ce faire, il faut s’assurer que la collecte soit positive afin de réinvestir à meilleur taux dans les nouvelles obligations.

Quelles autres tendances d’investissement anticipez-vous pour 2023 ?

La remontée des taux permet à plusieurs classes d’actifs de retrouver des couleurs.

Les fonds obligataires ont un avenir prometteur devant eux après avoir été négligés durant plusieurs années. Ils permettent désormais d’obtenir des coupons plus importants. Par conséquence, dans le contexte actuel, les fonds patrimoniaux pourraient aussi retrouver de leur attractivité. La force d’un fonds patrimonial c’est d’avoir un gérant qui sait sélectionner à la fois des obligations et des actions qui vont permettre de créer de la valeur afin de générer de la performance pour l’épargnant. Dès que la poche obligataire redevient attractive, alors les fonds patrimoniaux le redeviennent aussi.

Je crois également aux unités de compte structurées. Le contexte de taux d’intérêt bas a poussé les acteurs à construire des produits structurés complexes. Au contraire avec la remontée des taux, la construction se simplifie, les produits sont plus lisibles, avec des garanties en capital qui sont de plus en plus élevés. Globalement, je vois arriver sur le marché des enveloppes qui sont très attrayantes et qui peuvent concurrencer des supports – habituellement plus sécurisés – comme les fonds croissance.

En effet, la nouveauté du fonds croissance a consisté à simplifier la lecture de la valeur du contrat pour l’épargnant. Constitué de deux provisions - une provision mathématique et une provision de diversification - le fonds croissance a été simplifié du point de vue du client car il n’existe plus qu’une seule provision.

En pratique avec l’eurocroissance, l’épargne évolue un peu comme pour un support en unités de compte, avec un nombre de parts et une valeur liquidative. Le fait d’avoir une seule provision permet en particulier, quelle que soit la date d’arrivée de l’épargnant dans le fonds, d’afficher une performance unique pour l’année, qui correspond à la variation de la valeur liquidative et éventuellement un nombre de parts complémentaire attribué par l’assureur durant l’année.

Si on gagne en lisibilité sur la performance, en revanche, le niveau de garantie au terme (80% ou 100% du capital investi selon les assureurs) reste probablement un peu faible pour susciter un intérêt massif.