Generali tente de se projeter après sa prochaine AG décisive

Bertrand de Meyer
La liste conduite par le français Philippe Donnet a reçu de précieux soutiens dans la dernière ligne droite avant l’assemblée générale du 29 avril.
(Photo : AG)

La grande fête de famille de Generali pour l’inauguration à Venise de la future résidence de sa fondation n’a pas caché longtemps les tensions qui animent le groupe. L’assureur italien a déposé une plainte auprès de la Consob, le gendarme de la Bourse italienne, contre son ancien responsable de la région Europe de l’Est qui espère devenir en avril directeur général, Luciano Cirinà. Il lui est reproché des «déclarations incorrectes et diffamatoires» tenues dans une interview donnée à la la presse italienne qui interroge sur de possibles «violations de l'obligation de communiquer des informations exactes aux actionnaires, investisseurs et au marché, qui menacent d'altérer la dynamique du marché et la détermination correcte du vote à l’assemblée générale».

Liste contre liste 

Car c’est bien là que réside le cœur de la bataille qui agite le capitalisme italien: la gouvernance de Generali. Les actionnaires doivent choisir, lors de l’assemblée générale du 29 avril, entre deux listes pour former le futur conseil d’administration de l’assureur. Luciano Cirinà est le candidat au poste de directeur général d’une liste alternative, présentée par le deuxième actionnaire du groupe, le magnat de la construction Francesco Gaetano Caltagirone. Estimant que l’assureur est en perte de vitesse face à ses rivaux, il entend «réveiller le lion» et propose une liste 100% italienne, dans laquelle Claudio Costamagna, un ancien banquier de Goldman Sachs, serait président.

L’autre liste, établie par le conseil d’administration et soutenue par le premier actionnaire, Mediobanca, propose la reconduction du français Philippe Donnet pour un troisième mandat à la tête de l’assureur, et le président de la Bourse italienne, Andrea Sironi, comme président. 

Pour convaincre les investisseurs, les deux hommes ont multiplié les rencontres ces dernières semaines. Philippe Donnet défend le plan stratégique présenté le 15 décembre par Generali dans la continuité des deux premiers qu’il a menés. Il vise une croissance annuelle des bénéfices comprise entre 6% et 8% pour la période 2022-2024 en accélérant sur l’assurance des entreprises et en gestion d’actifs, notamment. «Le premier plan était un plan de redressement, le deuxième un plan d’optimisation, le troisième doit amener Generali vers un futur durable», explique Philippe Donnet à L’Agefi.

Plan contre plan

Pour atteindre une croissance annuelle des bénéfices de 14% sur la période, Luciano Cirina et Claudio Costamagna veulent rationaliser les activités de Generali et visent un ratio coût sur revenus de 54% contre 65% à l’heure actuelle. Mais aussi adopter une politique d’acquisitions plus offensive en y consacrant 7 milliards d'euros contre 2,5 à 3 milliards dans le plan de Philippe Donnet et 4 milliards d’euros prévus dans le précédent plan 2019-2021. L’idée étant d’augmenter l’effet de levier du groupe, actuellement autour des 20%, vers les 25%, le niveau de son concurrent Allianz. 

Dans cette opposition, Philippe Donnet peut compter sur de précieux soutiens. «Le plan du dissident est en effet plus ambitieux que celui de l'entreprise, mais il n'est pas certain qu'il offre une voie supérieure après avoir pris en compte des facteurs tels que les compétences d'exécution, la faisabilité et le risque», juge l’agence de conseil de vote ISS qui conseille, comme Glass Lewis, de soutenir la liste de Philippe Donnet. Certains craignent en effet que la hausse de l’endettement entrave la capacité de l’assureur à résister aux chocs et rende ainsi difficile le versement des dividendes, alors que le plan défendu par Philippe Donnet promet de redistribuer aux actionnaires entre 5,2 et 5,6 milliards d’euros. Les conséquences potentielles des baisses des coûts promises, l’équivalent de 600 millions d’euros par an, a amené First Cisl, syndicat italien du secteur, à apporter son soutien à la liste de Philippe Donnet.

Travailler avec Caltagirone 

Le résultat pourrait tout de même être serré. La liste de Philippe Donnet est soutenue par le premier actionnaire de Generali, Mediobanca, qui détient 12,9% du capital mais 17,2% des droits de vote, De Agostini, qui détient 1,4 % du capital, et Union Investment, 16e actionnaire qui détient moins de 0,5% du capital. Caltagirone Group et Del Vecchio Group, anciennement alliés au sein d’un pacte, et deuxième et troisième actionnaire avec 9,49% et 6,59% du capital, voteront pour la liste de Cirinà, tout comme la fondation CRT (1,7% du capital). Certaines sources affirment toutefois que les deux groupes pourraient monter à 9,99% du capital avant le 29 avril. Les investisseurs institutionnels (35,2% du capital) devraient suivre les conseils des proxys, mais le vote des actionnaires particuliers (22,2% du capital) ou de Benetton Group (3,96%) sera scruté.

En cas de victoire, la liste de Philippe Donnet aura une large majorité au conseil d’administration, neuf ou dix membres, contre trois ou quatre administrateurs pour les dissidents dont Caltagirone, qui s’est placé en premier sur la liste alternative. «J’occupe ce poste depuis six ans et j'ai réalisé avec succès deux plans stratégiques. Nous le ferons à nouveau, avec un nouveau conseil qui sait à la fois challenger et soutenir la direction», affirme Philippe Donnet.

Mais les deux actionnaires critiques pourraient aussi vendre leur participation dans l’assureur, ou changer de combat. Plus que Philippe Donnet, c’est la prétendue mainmise de Mediobanca sur Generali qu’ils critiquent. Or, Leonardo Del Vecchio détient 19,4% de Mediobanca et Caltagirone 3,1% de la banque italienne. Cette dernière sera d’autant plus attentive au résultat du vote qu’elle tire 10% de ses revenus et 30% de ses profits de sa participation dans Generali.