Assurance vie

Generali et Isatis Capital démocratisent le non-coté

Jean-François Tardiveau
La hausse des taux a conduit Generali à faire évoluer son offre d’unités de compte sur plusieurs de ses contrats
L’établissement s’est rapproché d’Isatis Capital pour proposer le produit Isatis Capital Vie et Retraite
DR, Sonia Fendler, en charge de la clientèle patrimoniale et opérations, Generali, et Guillaume Lebrun, membre du directoire, Isatis Capital

Generali ne restera pas à l’écart. Même si la hausse des taux pourrait conduire dans l’avenir l’assureur à recollecter sur ses fonds en euros, la baisse des rendements de ces produits a d’ores et déjà fait son œuvre. Et le mouvement a conduit l’établissement à faire évoluer son offre d’unités de compte sur plusieurs de ses contrats en donnant accès à des supports au potentiel de performances plus élevé.

L’établissement vient ainsi d’enrichir sa gamme d’un support de type fonds commun de placement à risques (FCPR) pour investir dans des titres non cotés. Une opération qui s’apparente aussi à un rééquilibrage « compte tenu du trop grand engouement vers les SCPI aujourd’hui  », selon Sonia Fendler, en charge de la clientèle patrimoniale et opérations, « et par les espoirs de gains élevés de la classe d’actifs non cotés, comme cela se vérifie aussi dans les portefeuilles des fonds croissance au titre de la diversification ».

Des freins à lever.

Dans son offre, Generali a néanmoins voulu marquer sa différence. « Notre souhait de départ consistait à disposer d’un produit simple, liquide, facile à gérer, permettant de démocratiser une classe d’actifs en la rendant accessible à l’essentiel de nos assurés », explique Sonia Fendler. Pour ce faire, l’établissement s’est rapproché d’Isatis Capital, une société de gestion indépendante spécialisée dans le financement de PME françaises.

« Pour élaborer le produit Isatis Capital Vie & Retraite, nous sommes littéralement partis d’une feuille blanche », a indiqué Guillaume Lebrun, membre du directoire de la société de gestion. Pour donner corps à ce projet, il a été nécessaire de lever plusieurs freins. En effet, « pour répondre aux attentes de l’assureur, nous nous sommes vite rendu compte que le Code monétaire et financier qui régit la nature des FCPR est tout à fait compatible avec le Code des assurances dès lors que l’on revoit fondamentalement la structuration du produit ». Le responsable pointe, entre autres, des incompatibilités entre les fonds fermés jusqu’alors proposés et la nature long terme du contrat d’assurance vie, ou encore l’obligation de publier des valeurs liquidatives semestriellement ou trimestriellement dans le meilleur des cas dans le non-coté, tandis que la liquidité dans le Code des assurances doit être offerte dans les deux mois, voire un mois en cas de décès. Même constat pour les rachats qui ne peuvent être réalisés qu’à cours inconnu en assurance vie, ce qui contraint d’attendre la prochaine valeur liquidative, à un horizon de trois mois donc, et d’avoir la liquidité suffisante.

Présence de convertibles.

Dans ce contexte, Isatis Capital s’est attaché à transformer un FCPR en « OPCR », selon les termes de la société, afin de présenter un fonds perpétuel, ouvert, sans appel de tranche et liquide. Pour y parvenir, la société de gestion a élaboré un support composé à 60 % environ de titres non cotés mixant des actions – le cœur du portefeuille – avec des obligations convertibles. «  L’avantage de la présence de ces obligations dans le monde du private equity est triple, justifie Guillaume Lebrun. Cela permet de ne pas être soumis à un risque de taux – uniquement à un éventuel défaut –, d’apporter une petite liquidité récurrente via les coupons perçus et enfin d’assurer ainsi la nature décorrélante du fonds. »

En matière de gestion, le fonds mène des opérations de capital-développement ou de capital-transmission, au sein d’entreprises en phase de développement. Bimensuelle, la valorisation a été obtenue par la mise en place d’un processus interne complexe alors que la société entend réaliser cinq à six opérations par an. Dès lors que le turnover du portefeuille est de quatre à six ans, le portefeuille est composé de 25 à 40 lignes, totalement renouvelé après six ans, offrant de fait une liquidité supplémentaire à rapprocher avec la durée d’un contrat d’assurance vie d’au moins huit ans.

Effet diversification.

La responsabilité d’assurer l’essentiel de la liquidité du produit revient aux 40 % restants du portefeuille. Outre une poche de 5 % de titres de trésorerie, 35 % est investi dans des fonds composés de petites et moyennes capitalisations européennes avec pour terrain de prédilection l’économie réelle. « Il s’agissait pour nous d’éviter des classes d’actifs comme l’immobilier ou les actions cotées de type large caps », explique Guillaume Lebrun. Autre volonté affichée : profiter d’une forte diversification sur cette partie du portefeuille. Dans la pratique, la sélection des fonds sous-jacents est réalisée dans un premier temps à partir de données quantitatives, accompagnée ensuite d’une analyse fondamentale et de rencontres régulières avec les gérants des fonds sélectionnés.

Pas de risque de bulle.

C’est donc avec un produit particulièrement accessible et souple que Generali entend séduire ses clients. Reste à savoir si celui-ci pourra être l’objet de l’engouement des investisseurs. Isatis Capital reste confiant. Tout d’abord, la gestion a jusqu’au 31 décembre de l’année suivant celle de l’investissement pour investir les montants déposés –, et prévenir tout risque de bulle sur le marché.

Ensuite, la société a toujours la possibilité de suspendre provisoirement sa commercialisation. Par ailleurs, la gestion insiste sur la richesse du tissu français. Non seulement ce dernier présente une grande profondeur, mais entre les univers d’investissement « travaillés » par les fonds LBO et les fonds fiscaux, il existe un segment important bien moins exposé. En outre, insiste-t-on chez Isatis, la possibilité d’investir dans le domaine du non-coté sur des actions ou des obligations convertibles offre in fine une diversification et donc une sécurité supplémentaires.

« Ce type d’offre va redonner ses lettres de noblesse au FCPR dans l’assurance vie  », prédit Sonia Fendler, qui entend aussi contribuer à sa réussite. Ainsi, afin d’améliorer encore la liquidité des contrats dans lesquels il est éligible, Generali, en cas de demande de rachats partiels en ligne, procédera à des avances afin d’accélérer la restitution des fonds demandés en dépit de la valorisation bimensuelle du FCPR.