Assurance vie

Des engagements progressifs mais encore opaques dans l’ISR

Bien que les mettant peu en valeur, la plupart des contrats d’assurance vie multisupports proposent aujourd’hui des offres ISR En revanche, l’intégration de critères extrafinanciers dans les fonds en euros reste partielle et la communication sur les investissements réalisés fait défaut.

Les chiffres de l’année 2009 publiés par Novethic, le centre de recherche sur l’investissement socialement responsable (ISR), en attestent : les assureurs détiennent désormais les encours en ISR les plus importants parmi les institutionnels, avec une part de 28 % d’un marché qui a passé le cap des 50 milliards d’euros en France. Les démarches d’intégration de critères extrafinanciers de ces acteurs sont encore loin d’être aussi structurées que dans la gestion d’actifs mais la volonté est là et les initiatives se sont développées ces trois dernières années.

Référentiels.

La mobilisation de la profession a débuté fin 2007 avec l’amendement du code de l’investissement des sociétés d’assurances par la Fédération française des sociétés d’assurances (FFSA) de manière à mieux prendre en compte les critères extrafinanciers dans les choix d’investissement des sociétés et a donné naissance en janvier 2009 à une Charte de développement durable.

Les engagements commencent également à se faire de manière individuelle. La Maif, en avril 2009, et Crédit Agricole Assurances, en mars dernier, ont ainsi adopté les Principes pour l’investissement responsable (PRI), la référence internationale en matière d’ISR.

Une généralisation des unités de compte ISR…

Les applications les plus concrètes - mais aussi les plus simples à mettre en œuvre - de l’implication des assureurs dans l’ISR portent sur l’intégration de supports spécifiques dans les contrats d’assurance vie (voir le tableau p. 12). Dans un premier temps, ces derniers intégraient principalement des fonds ISR généralistes mais aujourd’hui, ils optent pour des fonds thématiques en adéquation avec les valeurs individuelles. « Une étude, réalisée début 2008, nous a permis d’identifier les thèmes sensibles pour nos clients. Nous avons donc complété notre offre début 2009 avec trois nouvelles UC ISR sur l’eau, les énergies renouvelables et l’insertion par l’emploi », commente Marc Tentillier, responsable développement durable chez BNP Paribas Assurance.

Même type de démarche au Crédit Agricole Assurances qui a enrichi son offre en mars dernier sur fond des enseignements de la crise. « Nous tenons à répondre aux besoins des clients de mieux comprendre les sous-jacents et d’investir dans les thèmes majeurs pour l’évolution de la société dans les années à venir », explique Bernard Michel, directeur de Crédit Agricole Assurances.

… peu lisible.

Reste que les supports ISR sont généralement proposés au sein d’une large gamme d’unités de compte (UC) classiques, sans mise en avant particulière (lire l’avis d’expert). A cet égard, la Maif va plus loin avec Assurance Vie Responsable et Solidaire, son nouveau - et unique - contrat multisupport. « Dans le cadre de la gestion pilotée de notre nouveau contrat, nous proposons uniquement des fonds actions ISR aux sociétaires, dont systématiquement une composante solidaire qui nous place au-delà d'un simple ‘greenwashing’ (NDLR : communication sur des efforts en termes de développement durable sans fondement réel)  », précise Didier Brouard, responsable de la division marketing, services bancaires et financiers à la Maif.

Fonds en euros.

Les assureurs, en revanche, prennent encore peu en compte les critères extrafinanciers dans leur politique d’investissement interne. Compte tenu des contraintes liées à la gestion d’un fonds en euros - règles prudentielles et rentabilité -, la plupart utilisent seulement des approches normatives (respect de traités internationaux) et d’exclusion (notamment les armements controversés) et les appliquent aux nouveaux flux et non aux encours existants. Ceci d’autant plus que cela suppose d’adapter les outils en interne et de former les différentes équipes.

Certains assureurs ont, cependant, pris une longueur d’avance, comme BNP Paribas Assurance. « Aujourd’hui, la prise en compte des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) est complètement intégrée dans le processus de gestion de notre fonds en euros qui s'élève à près de 70 milliards d’euros, aussi bien en amont - sélection des titres et décisions d’arbitrage sur les flux entrants et sortants - qu’en aval - analyse et reporting. Nous associons ainsi plus de 1,6 million de clients à notre démarche », se félicite Marc Tentillier. De son côté, Crédit Agricole Assurances entend poursuivre ses efforts. « Notre objectif est de doubler nos encours ISR, actuellement à 1,5 milliard d’euros, ce qui est envisageable dans la limite de nos obligations de rendement et de nos contraintes réglementaires », indique Bernard Michel.

Communication insuffisante.

Le principal point d’achoppement reste malgré tout un manque de communication sur les applications concrètes de la démarche d’investissement plus responsable des compagnies d’assurances. Les assurés sont généralement informés de leurs engagements par lettre et ont accès aux reportings - réalisés par les gestionnaires d’actifs - des différentes UC, mais aucun rapport détaillant les choix d’investissement n’existe à ce jour sur les fonds en euros.

Une communication spécifique serait à l’étude pour certains acteurs mais, pour l’heure, les efforts ont avant tout porté sur le développement d’un reporting interne. « Du fait de notre adhésion aux PRI, nous ferons un reporting régulier sur les pratiques ISR au sein du fonds en euros. Cela pourrait se faire dans le cadre de notre reporting annuel », relève Bernard Michel.