Bruno Le Maire défend un choc actions à 22% dans Solvabilité 2

Le ministre de l’Economie a pris fait et cause pour les assureurs lors de la journée annuelle de leur fédération, en voulant diminuer la charge en capital des actions dans Solvabilité 2, avec pour objectif le financement de l’économie.

Par Instit Invest

« Nous allons porter le fer pour réussir la révision de la directive solvabilité 2 », a insisté vigoureusement Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances, vendredi 25 octobre, lors de la 10ème conférence internationale de la Fédération Française de l’Assurance (FFA). Après avoir obtenu en début d’année avec le soutien des Pays-Bas, un allègement de la charge en capital pour les actions de long terme, à 22%, le ministre souhaite que ce traitement prudentiel soit étendu à l’ensemble des actions. Il suit en cela  la demande portée par la FFA. « On ne peut pas demander aux assureurs de participer au financement de l’économie et en même temps charger la mule », lance Bruno Le Maire qui évoque « des règles absurdes et contradictoires avec nos objectifs ».

Felix Hufel, président de l’Autorité de surveillance financière fédérale allemande (BaFIN), s’est aussi estimé favorable à une révision du traitement prudentiel des actions mais en faisant attention à la gestion du risque. « Notre rôle de superviseur est de nous assurer que les assureurs n’oublient pas qu’ils ont une responsabilité fiduciaire vis-à-vis de millions d’assurés », affirme-t-il.  

Dans le cadre de cette supervision de la directive prévue pour 2020, Bruno Le Maire a fixé également comme priorité le renforcement de la supervision des activités transfrontalières. Il a cité pour soutenir son point, la défaillance de certains assureurs établis à l’étranger dans le domaine de l’assurance construction qui ont entraîné des difficultés pour les entreprises françaises.

Financement de l’économie

Le financement de l’économie par les assureurs français fait partie d’un « enjeu stratégique national », selon un leitmotiv du ministre. « On ne peut être que désolé lorsque l’on voit de belles entreprises françaises ne pas trouver des tickets de financement de 100 millions d’euros et devoir aller vers des fonds américains », indique-t-il. Le financement des entreprises technologiques est un des axes privilégiés. Début septembre, plusieurs assureurs se sont engagés à investir 5 milliards d’euros dans des fonds technologiques. « Je détaillerai d’ici à la fin de l’année, avec ces assureurs, la feuille de route qui permettra le déploiement de ces investissements », a affirmé le ministre qui vise à terme 20 milliards d’euros d’investissements publics et privés en fonds propres dans les « entreprises d’avenir ».

A travers la loi Pacte, le gouvernement espère que les épargnants participeront également au financement de l’économie, en portant davantage leurs économies vers les UC. L’objectif est aussi d’accroître les fonds d’épargne retraite de 200 à 300 milliards d’euros d’ici à la fin du quinquennat, rappelle le ministre. Mais l’orientation de l’épargne vers des fonds risqués n'a pas manqué d’alerter Bernard Delas, vice-président de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). « Le métier des assureurs, c’est de vendre de la sécurité, pas des UC », a-t-il affirmé.  

Changement de paradigme pour l’assurance vie

Les fonds euros seront eux à la peine, reconnait le ministre : « La diminution du rendement du fonds euros sera inexorable et rapide, il serait trompeur de prétendre le contraire aux épargnants ». Le secteur fait face à une transformation « inévitable et irréversible du modèle de l’assurance vie », souligne-t-il. Les assureurs doivent se préparer à une situation de taux bas qui va durer. « J’ai pu rencontrer récemment Mario Draghi et Jerome Powell. On peut prévoir que les taux resteront bas probablement de manière durable », affirme le ministre.

La situation inquiète les investisseurs pris dans un effet ciseaux de baisse de la valeur des actifs et de hausse du passif qui subit également la baisse du taux d’actualisation. « Les assureurs ont reçu un choc à l’été. Après la réalisation des reporting anticipatifs de solvabilité 2, ils ont constaté qu’après l’entrée en territoire négatif des taux d’intérêt, les perspectives à moyen terme, à 5 – 10 ans, de l’industrie de l’assurance et de l’assurance vie étaient au moins préoccupantes », signale Xavier Larnaudie-Eiffel, directeur général adjoint de CNP Assurances. « On peut vivre avec des taux très bas pendant une dizaine d’année. Nous avons déjà connu une période de taux bas de 2008 à 2018. Désormais, les réinvestissements deviennent très coûteux », constate Pierre Gramegna, ministre des Finances du Luxembourg. 

La détention d’obligations pourrait être rendue encore plus coûteuse en fonds propres dans la prochaine révision de Solvabilité 2. De l’avis « personnel » de Gabriel Bernardino, président de l’EIOPA, l’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles, « il ne faut pas être naïf, la réglementation prudentielle actuelle fait totalement fausse route sur le traitement du risque des taux qui sont devenus négatifs », estime-t-il.