Villes intelligentes : une thématique d’avenir

Par Roni Michaly, président de Financière Galilée
L’intérêt pour la thématique s’accélère grâce à l’alchimie entre technologie, économie et écologie

En physique, on appellerait cela une réaction en chaîne. Une série d’événements dont chacun déclenche le suivant et qui résulte en une très importante libération d’énergie. C’est sans aucun doute ce qu’il se produit actuellement avec le phénomène des smart cities (villes intelligentes) dans le monde. Plusieurs éléments qui n’étaient pas forcément sensés interagir ensemble, se rejoignent soudainement pour favoriser un gigantesque bouleversement dans le paysage urbain de l’économie mondiale. L’élément déclencheur de la révolution des villes intelligentes est bien entendu l’exode rural qui s’est encore accru ces dernières années. Mais, le catalyseur de cet essor est l’alchimie soudaine qui est en train de se produire entre la technologie, l’écologie et l’économie.

 

Améliorer les conditions de vie

Selon l’ONU d’ici 2040, 65 % de la population mondiale vivra en milieu urbain. Chaque jour, plus de 1,3 million de personnes s’installent dans des villes à travers le monde. Les villes intelligentes reposent sur le postulat que les nouvelles technologies d’information, de communication et d’intelligence artificielle permettront d’améliorer la qualité de vie des habitants, de poursuivre les objectifs de développement durable et d’accroître l’efficacité économique. Ainsi, la technologie est mise au service du citoyen, et de la communauté dans son ensemble, avec comme objectifs l’amélioration des échanges, des interactions, de la mobilité, mais aussi du bien-être et de l’organisation de la « Cité ». Les investisseurs ne peuvent ignorer de telles perspectives économiques car elles se traduisent d’ores et déjà en performances boursières. Les principaux fonds sur la thématique smart cities ont, sur les cinq dernières années, enregistré une performance moyenne de 7 % par an, selon un calcul réalisé sur notre peer group.

Nous estimons que la thématique possède les trois caractéristiques indispensables pour être une mégatendance d’avenir : elle est structurelle, internationale et transversale. Les projets de création de villes intelligentes sont des décisions prises par les pouvoirs publics pour des décennies, ce qui en fait une thématique structurelle. Les investissements qui en découlent se font sur un temps long, propice à des profits pérennes dans le temps et à une robustesse du business model des sociétés impliquées dans la transformation des centres urbains. La compétition entre les différentes mégapoles (asiatiques, américaines et moyen-orientales notamment) en fait également une thématique internationale et représente une émulation extrêmement intéressante pour les investisseurs. Enfin, cette thématique est éminemment transversale car elle concerne une multitude de secteurs et d’industries. De la technologie (intelligence artificielle, big data, 5G, robotique, cloud) en passant par les infrastructures, les transports, l’automobile, ou encore les télécommunications.

Il faut s’imaginer des métropoles où les feux de circulation connectés recevront les données des véhicules pour ajuster leur cadence et leur synchronisation afin de réguler le trafic en temps réel. Les voitures connectées pourront communiquer avec les horodateurs et les bornes de recharge électriques afin de diriger les conducteurs vers la place disponible la plus proche. Les poubelles intelligentes enverront automatiquement des données aux entreprises de gestion des déchets qui programmeront le ramassage en fonction des besoins. Les lampadaires connectés n’éclaireront les voies que lorsque cela est nécessaire et contribueront aux économies d’énergie. Bref, dans tous ces domaines, les potentiels développements sont encore colossaux.

Avec une croissance estimée du marché des smart cities d’environ 15 % par an (1), les opérateurs de marchés ne s’y tromperont sans doute pas, car le meilleur reste à venir pour une thématique qui mêle intelligemment enjeux économiques, sociaux, environnementaux et technologiques.

 

(1) MarketsandMarkets™, septembre 2020