Une pause

Dire que l’on est surpris serait exagéré. Mais déçu certainement. Après plus d’un an d’une crise aussi extraordinaire qu’improbable, l’été se profilant, il était logique que l’on songe à s’abandonner quelque peu à la recherche d’une insouciance bien en phase avec la période estivale. A bon droit serait-on tentés de dire, puisqu’en l’espace d’un an et demi, la science ayant également avancé à pas de géant, la vaccination permettait d’entrevoir des jours incontestablement meilleurs. Y compris sur le plan économique.  Qu’elles viennent de Bruxelles ou de Bercy, les prévisions de croissance ont laissé augurer pour notre seul pays un phénomène de rattrapage et une croissance annuelle de l’ordre de 6 %. Avec, finalement, un retour au niveau d’avant crise avancé à la fin de cette année, alors qu’il était prévu initialement pour la première moitié de 2022.

Las, notre société n’en a pas encore fini avec la pandémie. Le variant Delta – initialement indien - est venu rebattre les cartes. Il nous rappelle surtout que le propre des virus est de muter et que dans les pays aux populations exposées, tant que l’on ne vaccinera pas massivement, se développeront de nouvelles souches, plus contagieuses les unes que les autres. La question de l’immunité collective est posée. Après avoir divisée jusqu’aux économistes, il ressort qu’on en est encore loin tant que la vaccination sera une réalité pour moins de 10 % de la population dans certains pays émergents. Voilà qui hypothèque une reprise mondiale.   

Dans le même temps, en France, la vaccination n’a pas non plus course gagnée. Les moyens ne manquent pas mais sans trop savoir pourquoi, elle a suscité une défiance supérieure à celle constatée dans les pays voisins. Au sein de la population et aussi parmi les personnels soignants. La tournure des événements est devenue politique avant même de convaincre de son bien fondé sur l’économie. Ce n’est pas ici que l’on jugera si la fin doit justifier les moyens, mais en rendant la vaccination obligatoire en France pour les personnels en contact avec les personnes les plus fragiles - exposées ou malades - et surtout en généralisant la détention d’un pass sanitaire pour vivre normalement, l’exécutif a choisi son camp. Celui de l’intérêt collectif au détriment de l’individuel. Son pari est clair. Ne pas laisser filer les courbes des contaminations et limiter une quatrième vague qui mettrait à nouveau en tension les hôpitaux et laisserait planer le risque de nouveaux confinements. Si l’on en croit les sondages d’opinion, les Français approuvent majoritairement. D’un point de vue économique, cela se comprend. Mais il faudra que les résultats au niveau sanitaire suivent. Pour le reste, le succès du pari de l’Elysée est une condition sine qua none à la poursuite des réformes qui étaient le fil directeur du mandat d’Emmanuel Macron. On pense naturellement à la réforme des retraites. Avec une question à la clé et non des moindres : peut-on envisager engager la mère des réformes avant la fin d’un mandat présidentiel dans moins d’un an ? Dans un contexte social délicat, la question de la vaccination agrégeant les mécontentements, beaucoup crient au casse-cou politique.

Après l’année éprouvante traversée, en maintenant toutes les précautions nécessaires pour venir à bout de cette crise, il apparait donc indispensable de se ressourcer. S’accorder une pause. Aussi, toute l’équipe de L’Agefi Actifs souhaite à ses lecteurs un bel été et d’excellentes vacances. Avant de leur donner rendez-vous le 3 septembre prochain pour son numéro de rentrée.