Au fil du patrimoine

Une inflation peut en cacher une autre !

Bernard Aybran, président délégué de CMG Monaco
Focus - Aux Etats-Unis, l’inflation trouve largement son origine dans des composantes peu volatiles tandis qu'en zone euro, énergie et alimentation en sont largement responsables.

 Bernard Aybran, président délégué de CMG Monaco

Les banques centrales sont bien décidées à ramener l’inflation sous contrôle. De fait, de part et d’autre de l’Atlantique, cette inflation atteint des niveaux très voisins, aux alentours de 8 % ou 9 %. Pour résoudre un même problème, il est donc logique que les banques centrales recourent aux mêmes remèdes : sortir de l’assouplissement quantitatif et augmenter les taux directeurs. Logique, non ? Voire.

L’inflation américaine trouve largement son origine dans des composantes peu volatiles : loyers, biens et services. Au mois d’août, l’énergie a même contribué négativement à l’inflation américaine. Au contraire, en zone euro, énergie et alimentation expliquent 70 % de l’inflation tandis que biens et services en expliquent moins du tiers (1). En d’autres termes, le déséquilibre offre-demande reste très minoritaire dans le phénomène inflationniste en zone euro, au contraire des Etats-Unis. Dans ces conditions, quels effets la banque centrale européenne peut-elle attendre du resserrement de sa politique ? Une hausse des taux euro peut-elle faire baisser les prix de l’énergie et de l’alimentation ? Si l'économiste Robert Gordon a popularisé le concept d’inflation core, c’est justement pour servir de guide aux politiques monétaires, en éliminant ces composantes volatiles.

Sans surprise, la proposition de Robert Gordon intervenait dans le contexte des années 1970, caractérisé par une poussée inflationniste, largement déclenchée par des chocs pétroliers successifs. Pendant toute une décennie, les marchés actions ont été incapables de progresser, malgré une forte volatilité à court terme : fin 1972, le Standard & Poor’s 500 était au même niveau qu’à l’été 1982. Et encore cette stagnation ne concernait-elle que les valeurs nominales des actions, tandis que leur valeur réelle se dépréciait à grande vitesse, érodée par une inflation qui dépassait 14 % au début de la décennie 1980. L’histoire ne se répète jamais à l’identique et le monde de 2022 n’est pas celui des années 1970. Mieux : les politiques monétaires actuelles trouvent très largement leur origine dans ces événements vieux d’un demi-siècle et devraient éviter une répétition à l’identique. Pratique en informatique, le copier-coller fonctionne moins bien sur les marchés.

Comme l’inconnue de Verlaine, l’inflation n’est jamais ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre (2). Mais les banquiers centraux goûtent peu la poésie. 

(1) Estimations Eurostats pour août 2022.

(2) Mon rêve familier, Paul Verlaine, 1866.