Repenser l’immobilier patrimonial

Didier Kling, président du groupe CNCEF et de la CNCEF Immobilier
Il est temps de remettre à plat la politique de l’immobilier pour renouer avec la croissance et répondre aux défis des années à venir

Les professionnels observent beaucoup d’injonctions contradictoires pour parvenir à satisfaire aux exigences de notre époque. L’immobilier n’est plus pensé sur le moyen/long terme ; ce qui en affecte sa stabilité. Les réformes du PTZ+ et du dispositif Pinel ont fait naître de nombreuses inquiétudes. Les honoraires des conseillers en immobilier patrimonial ont été plafonnés. De plus, ils doivent tenir compte de la remontée des taux d’intérêt qui pourrait affecter la valeur des actifs si elle venait à se prolonger. Avec de telles fluctuations, la profession fait preuve d’une belle agilitée pour accomplir sa mission de conseil auprès des investisseurs !

 

Des décisions politiques discutables

Le logement en France est morcelé dans plusieurs ministères même s’il relève d’un ministère de tutelle, ce qui rend parfois l’efficacité des politiques publiques discutable. Le débat ouvert par la ministre, qui a remis en cause l’habitat individuel, pourtant largement plébiscité par les Français, a suscité beaucoup d’interrogations. D’autant qu’elle est revenue sur ses intentions ces derniers jours. De quoi fragiliser le climat de confiance. De même, il a été annoncé le 15 novembre dernier, des mesures pour faciliter la location abordable pour les Français. L’heure est davantage à un rééquilibrage du marché pour redynamiser les quatre piliers : l’accession à la propriété, le parc social, le parc locatif et d’investissement, le foncier. Cet équilibre permettra à tous les acteurs (BTP, investisseurs, collectivités, consommateurs) de retrouver de la cohérence à l’heure où la rénovation, les obligations du Plan Climat, la densification des zones à bâtir s’imposent à tous.

 

Repenser le long terme

Il est temps de remettre à plat la politique de l’immobilier pour renouer avec la croissance et répondre aux défis des années à venir. Donc de penser à nouveau sur le long terme et d’inscrire des dispositifs incitatifs dans la durée. Pourquoi ? Tout d’abord parce qu’une dynamique européenne et française existe. On le voit notamment dans le résidentiel où les rendements défensifs affichent une moyenne de 8 % par an depuis 2008 et attirent les investisseurs.

 

Perspectives paneuropéennes

Au sein des pays membres de l’Union européenne, la rentabilité du résidentiel est estimée à 5,1 % par an à l’horizon 2026. Il y a donc matière à repenser notre politique franco-française en veillant aux équilibres du marché. C’est-à-dire, prendre en compte le fait que le plafonnement des loyers va limiter en moyenne la hausse des valeurs locatives autour de 2,6 %. Dans le même temps, il va falloir construire des logements, des magasins, des bureaux en intégrant les normes environnementales et sociales. Elles ne sont pas neutres financièrement pour le résidentiel comme pour le tertiaire. La transition a opérer, risque nécessairement d’écarter du marché de la location des biens au motif que leur diagnostic se classe en F ou G.

 

Influences conjoncturelles

Nos compatriotes déclarent avoir l’intention d’investir dans l’immobilier mais attendent l’issue de la présidentielle pour se décider. Il faut ajouter aussi que nombreux dossiers de crédit immobilier sont désormais soumis à un apport personnel plus important qu’avant la crise sanitaire. L’épargne de précaution placée durant les confinements successifs et la nécessité de maintenir une politique monétaire la plus souple possible l’expliquent en partie. Même si ces données sont momentanées, les conseils-experts en immobilier patrimonial en tiennent compte, car ce sont bien les consommateurs qui suscitent l’offre et la demande tout comme les politiques publiques incitent à investir. C’est pourquoi, nous serons attentifs à ce que le « monde d’après » puisse voir advenir un new-deal pour l’immobilier. Pour y parvenir, il faut que les différents acteurs se mobilisent et se rassemblent. L’appel est lancé !