Quel prix pour les métaux précieux aujourd’hui ?

Vincent Manuel, directeur des investissements, Indosuez Wealth Management
Dans le contexte actuel, la variation des prix des métaux précieux n’est plus aussi linéaire que par le passé

Depuis plusieurs mois maintenant, certains métaux précieux brillent en Bourse : platine et palladium en tête. Plusieurs facteurs peuvent expliquer l’envolée des cours de ces métaux. D’une part, le redémarrage de l’activité mondiale et leur rôle important dans les industries automobile et électronique agissent comme des facteurs de soutien. D’autre part, des fermetures de mines en Russie (palladium) et en Afrique du Sud (platine), ont contribué à restreindre l’offre, exacerbant les pressions inflationnistes. D’une certaine manière, l’évolution de ces deux métaux précieux semble aujourd’hui davantage corrélée à la dynamique des métaux industriels, comme le cuivre, et à leurs facteurs sous-jacents qu’à la tendance de l’or.

A leur antipode, l’or reculait début mai d’un peu plus de 6 % en 2021 après une hausse de 22 % en 2020 dans un contexte d’incertitudes liées à la crise sanitaire. A première vue, la baisse de l’or semble s’expliquer par son statut de valeur refuge. L’environnement d’appétit pour le risque lié au rebond de l’économie a conduit les investisseurs à délaisser l’or aux profits d’actifs plus risqués. Mais cette thèse ne résiste pas longtemps à l’analyse des faits, qui montre une corrélation plutôt positive entre l’or et les actions ces dernières années. En réalité, la principale raison expliquant cette contre-performance récente demeure la remontée des taux réels, observée depuis l’été dernier aux Etats-Unis. Le cours de l’or a, en effet, commencé à s’inverser fin juillet, précisément au moment où les taux réels ont amorcé leur remontée. Il a ensuite accéléré sa baisse lorsque les taux longs ont progressé à un rythme plus élevé que l’inflation anticipée. On pourra également noter que les banques centrales, bien plus proches de l’observation des taux réels, avaient même commencé à vendre de l’or avant les institutionnels, dès le troisième trimestre de 2020 !

Face à ces facteurs macroéconomiques, la dynamique de reprise joue modérément sur la demande industrielle d’or. L’utilisation par le segment de la joaillerie (+52 % sur un an) et de la technologie (+11 %) ne compensent pas les 308 milliards de dollars de rachats sur les ETFs indexés sur l’or des six derniers mois. D’autant plus que la demande d’or liée à la joaillerie reste fortement saisonnière.

 

Plusieurs facteurs de soutien à moyen et long terme

L’or a généralement été une bonne couverture contre une hausse de l’inflation et plus globalement contre l’érosion des rendements réels. Ainsi, une reprise de la dynamique de hausse des anticipations d’inflation, sans une remontée aussi forte sur les taux longs, pourrait soutenir une vision plus constructive sur l’or à court terme. Le risque, à l’inverse, serait que les marchés regardent rapidement au-delà de la hausse momentanée de l’inflation et que le raffermissement des conditions économiques justifie des taux longs plus hauts. En somme, c’est bien la vitesse relative entre la dynamique des anticipations d’inflation et celle de la normalisation des taux longs que les investisseurs doivent observer.

Au-delà de cette vision cyclique, l’or offre une bonne protection contre les changements monétaires structurels observés ces dernières années. Nous ne sommes plus, comme en 2011, dans une crainte de fin de l’euro. Cependant, l’accumulation des dettes souveraines et l’explosion du bilan des banques centrales font peser un risque certain de « débasement » monétaire et expliquent peut-être la reprise de la demande d’or en pièces et lingots, qui aurait atteint son niveau le plus haut depuis quatre ans au 1er trimestre selon le World Gold Council. Par ailleurs, les échéances politiques à venir et les tensions géopolitiques toujours aussi palpables pourraient soutenir les cours du métal jaune à court terme, en conduisant, par exemple, à une reprise des flux sur les ETFs.

Et comme sur d’autres classes d’actifs, les yeux sont tournés vers la Chine, puisque c’est là que la demande d’or a été la plus vigoureuse, avec un triplement sur un an de la demande, dépassant ainsi son niveau d’avant Covid. Dans ce domaine aussi, la Chine a peut-être une longueur d’avance…