Private equity : quelle allocation patrimoniale ?

Éric Franceschini, co-directeur de la gestion chez Bordier & Cie (France)
La démocratisation du private equity pour les particuliers est en marche. Elle pose la question de la diversification des fonds et de leurs expositions

Les clients privés souhaitant investir quelques centaines de milliers d’euros dans un fonds de private equity de type « institutionnel » disposent maintenant d’un accès plus aisé : plusieurs fintechs et fonds de fonds proposent un accès à de grands fonds et les banques privées déroulent leur offre classique de fonds « feeders ».

Si ces offrent améliorent indéniablement l’accès des clients privés aux fonds « institutionnels », elles ne permettent pas l’accès direct au fonds « maître » qui reste la solution optimale : les frais sont réduits par l’absence de feeder, les investisseurs sont au plus près des entreprises sous-jacentes et ont un accès direct au gérant. C’est la stratégie que nous poursuivons d’ailleurs depuis 2015 en donnant accès à des fonds maîtres dès 250.000 euros. Cet accès direct à des fonds maîtres à partir d’un seuil réduit est rendu possible par l’existence de liens privilégiés avec quelques gérants français ou étrangers. Cela implique bien sûr un engagement de rassembler plusieurs millions d’euros de souscriptions.

Cette augmentation de l’offre de fonds de private equity et l’appétit croissant des investisseurs fortunés aura pour conséquence que les portefeuilles de ces investisseurs vont comporter un nombre croissant de fonds et qu’il convient de donner une cohérence à cet « empilement ».

 

Diversification

Le premier point d’attention concerne la diversification optimale de l’ensemble et l’atteinte du rapport rendement/risque souhaité. Quelques investisseurs souhaiteront n’être investis que sur des fonds de pure equity, mais la majorité souhaitera un rapport rendement/risque plus équilibré et demandera à son conseiller de réaliser une véritable allocation d’actifs. La répartition entre les principales catégories de private equity au sens large (1) devra être réalisée aussi finement qu’elle l’est sur les actifs cotés. Bien qu’il ne soit évidemment pas possible de recourir aux outils quantitatifs propres aux actifs cotés (matrices de corrélation, VAR…), une bonne connaissance de l’historique des rendements et du comportement des fonds en périodes adverses permet déjà de réaliser une allocation assez précise, même si partiellement empirique.

Cette allocation d’actifs diversifiée en private equity est un objectif important. Elle peut par exemple se matérialiser par la mise en place d’un mandat de conseil permettant aux investisseurs de se constituer au fil des années un portefeuille de fonds equity, dette, immobilier value-add... Ce mandat de conseil devra bien sûr inclure une vérification initiale puis annuelle de la bonne adéquation de l’exposition au private equity, la place de cette classe d’actifs risquée et non-liquide devant rester raisonnable en dépit de l’engouement dont elle bénéficie.

 

Exposition

Le second point d’attention est celui du niveau d’exposition réel au private equity. En raison du fonctionnement par appels de fonds progressifs et distributions au fil de l’eau, l’exposition réelle de l’investisseur à la classe d’actif est la somme des « Net asset value » (NAV) et non celle des engagements, ce que les clients privés ne réalisent pas toujours. Ils peuvent ainsi se retrouver sous-exposés à la classe d’actif par rapport à leurs attentes. Un suivi précis de cette exposition réelle est donc crucial, l’ajustement de l’exposition au niveau souhaité pouvant être géré de plusieurs manières : recours à des fonds secondaires, à des fonds primaires déjà bien investis juste avant leur dernier closing

Pour certains investisseurs, l’objectif principal sera d’autofinancer la poche private equity (les appels de fonds étant financés par les distributions) : ceci requiert une bonne connaissance des deals déjà en portefeuille et de ceux anticipés au sein de chaque fonds et suppose le recours à de nombreuses hypothèses. N’en demeure pas moins que les investisseurs privés sont de plus en plus demandeurs de telles simulations et qu’il faut répondre à cette demande.

 

(1) Venture, growth, buy-out et retournement pour l’equity corporate ; Senior, mezzanine, immobilier et infra pour la dette ; core et value-add pour les infrastructures et l’immobilier.