Réforme des retraites : les CGP auront leur mot à dire

Stéphane Fantuz, président de la CNCEF Patrimoine
En matière de retraite, notre pays est capable de mener les évolutions nécessaires face aux défis démographiques et économiques. Mais les Français ont besoin d’informations et de pédagogie car la compréhension globale du fonctionnement du système actuel a fléchi.

Arlésienne qui a fait chuter les gouvernements, provoqué une cohabitation et mis une partie de la France dans la rue, la réforme des retraites dont on débat depuis 1995, n’a toujours pas abouti. La révolte des gilets jaunes puis la pandémie ont reporté une fois de plus, le dossier mis sur la table par le Président Macron. En effet, en 2020, il était question d’instaurer un système universel à points et de supprimer les différents régimes au profit d’un système unique. Notre pays est-il incapable de mener les évolutions nécessaires face aux défis démographiques et économiques ? Nous ne le pensons pas. Dans l’inconscient collectif, il y a surtout un besoin d’information et de pédagogie de la part de nos compatriotes, car leur compréhension globale du fonctionnement du système actuel a fléchi. Particulièrement chez les moins de 35 ans. Dans le même temps, la connaissance qu’ont les Français de leurs droits personnels en matière de retraite a fortement progressé et ce à tous les âges . En grande majorité, les cotisants sont inquiets quant à l’avenir de leur retraite au regard du mécanisme actuel mais aussi à propos de leurs droits. Un flou qui ne peut qu’entretenir les fantasmes.

L’urgence d’une pédagogie adaptée

En effet, 43% de nos concitoyens ont une mauvaise connaissance de la retraite, particulièrement à propos des notions de répartition, de capitalisation, d’annuités. 24 % des personnes interrogées savent que la retraite des salariés du privé comprend à la fois des droits acquis en annuités (régime général) et des droits acquis en points (régimes complémentaires). 78% des répondants à l’enquête menée par la Caisse des Dépôts et publiée en avril 2021, sont inquiets ou très inquiets sur l’avenir du système, les plus inquiets étant plutôt les personnes en activité de plus de 35 ans. Tout en restant relativement élevée, l’inquiétude est plus faible chez les plus jeunes pour qui la retraite peut paraître lointaine et chez les retraités qui n’ont plus à redouter une évolution défavorable de leurs conditions de liquidation.

Le levier de l’âge légal

Dans son rapport publié en mars dernier, le Conseil d’Orientation des Retraites a synthétisé les leviers à privilégier pour préserver le système actuel de retraite : le décalage de l’âge de départ est préféré à une augmentation des cotisations, la baisse des pensions par contre, est largement rejetée. Pour autant, les mesures concrètes de recul de l’âge légal apparaissent toujours assez impopulaires. Ainsi, si les personnes interrogées dans le baromètre « Les Français, l’épargne et la retraite » de 2021 sont un peu plus nombreuses à préférer un report de l’âge à un allongement de la durée de cotisation (29 % et 20 %), la moitié d’entre elles répond « en aucun cas l’une ou l’autre ». Le futur gouvernement et la  majorité à l’Assemblée Nationale vont avoir du pain sur la planche…D’autant que nous comptons près de 42 régimes différents, fonctionnant sur une logique de statuts professionnels. La multiplicité des règles, des exceptions, la complexité des calculs avec des carrières heurtées ou associées à un autre statut est devenu trop complexe. Mais ces limites ne sont pas récentes.

Répartir ou capitaliser ?

En plus de la complexité du financement des retraites, s’est ajoutée en France, une opposition entretenue entre la répartition et la capitalisation. La première interroge sur la prise en charge des personnes qui n’ont pas cotisé ou trop faiblement. Elle protège de manière moins optimale les salariés qui ont un faible niveau d’activité. Elle fait peser sur les actifs une part importante de la solidarité et une pression fiscale pour l’ensemble des Français. Sauf à voir augmenter le montant des cotisations pour satisfaire les droits à pensions, eux même constitués par les salariés à la retraite. Le système par capitalisation, en grande partie proposé par les établissements financiers et les compagnies d’assurance, est détenu par plus de 15 millions de retraités de droit direct. Pesant 254 millions d’euros, soit plus de 13% du Produit Intérieur Brut de la France, il a révélé des fragilités durant la crise financière de 2009 mais s’avère un flux nécessaire aux marchés financiers.

Rouvrir le débat

Au regard de la complexité du dossier, les pouvoirs publics n’auront d’autre choix que de rouvrir le débat, en associant les parties prenantes, selon un panel le plus large possible. Nous pensons qu’à cette occasion, les professions financières doivent être associées à la consultation. Particulièrement les conseillers en gestion de patrimoine et les conseillers en investissements financiers. En effet, ils représentent une communauté de professionnels qui accompagne les investisseurs et délivre les clés de compréhension nécessaires à tout investissement. Ces experts ont fait de la valorisation du conseil, de la proximité, de l’éthique ou encore de la protection du consommateur, des valeurs essentielles au service de la gestion patrimoniale. De plus, ce sont des accompagnateurs de croissance, présents sur l’ensemble du territoire national, au service des épargnants et des entrepreneurs pour diriger l’épargne vers l’économie réelle. Mais aussi des professionnels affutés de la prévoyance donc de la retraite.

A retenir :

Comprendre le financement actuel des retraites en France

Il y a quatre types de ressources :

-    La contribution des entreprises, compensant l’écart entre le salaire et la pension retraite perçue du régime public. L’entreprise doit mobiliser une part importante de ses ressources pour provisionner les pensions de ses collaborateurs.

-    La logique assurantielle obligatoire, par la redistribution des cotisations prélevées sur les salaires des actifs sous forme de pensions pour les retraités. Elle permet le partage des revenus entre actifs et retraités.

-    Le système public de solidarité, garantissant un minimum vital aux retraités, financé par l’impôt. Particulièrement pour ceux qui n’auraient aucune pension ou dont le montant serait insuffisant pour satisfaire aux besoins élémentaires.

-    La capitalisation, corrélative aux montants versés par l’actif et des revenus dont il dispose. Elle génère des économies d'échelle et mutualise le risque. Les fonds de pension constituent aujourd’hui la forme la plus courante. Ils peuvent aussi être individuels, par la souscription d’une assurance-vie par exemple.