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Une redistribution des cartes entre les banquiers et les assureurs?

Assurance emprunteur

Une redistribution des cartes entre les banquiers et les assureurs?
Patrick Burtin, directeur assurance emprunteur et directeur marketing, April

La tribune de Patrick Burtin, directeur de l'Assurance emprunteur chez April, réalisée juste avant le vote définitif des sénateurs adoptant le principe de la résiliation annuelle.

L’adoption de la résiliation annuelle de l’assurance emprunteur connaît un nouveau rebondissement: le nouvel amendement voté le 17 janvier dernier prévoit d'inclure la résiliation annuelle pour tous les nouveaux contrats signés dès le 1er mars prochain. Le projet de loi prévoit que la possibilité de substitution sera applicable, à compter du 1er janvier 2018 aux contrats d’assurance en cours d’exécution à cette date, c’est-à-dire l’ensemble du stock de contrat des banques (qui détiennent 85% des 8 millions de contrats d’assurance emprunteurs). 

La libre concurrence encouragée au bénéfice des consommateurs 

Cette loi s'inscrit dans une continuité avec les lois Lagarde 2010 et Hamon 2014 qui ont pour objectifs d'encourager la libre concurrence et de protéger les emprunteurs. Cet amendement va dans le bon sens pour les consommateurs qui auront accès à une offre plus large et potentiellement des produits différents, plus couvrants et moins chers. Les emprunteurs vont donc certainement se poser des questions sur leurs contrats actuels et challenger leurs banques et leurs assureurs.

L’ensemble des contrats d’assurance de prêt en cours représente 8,8 milliards d'euros de primes dont trois quarts pour des prêts immobiliers. Tous sont potentiellement concernés par la résiliation annuelle, mais tous les clients n’ont pas forcément intérêt à résilier. En effet, le tarif d’un contrat d’assurance emprunteur dépend notamment du capital, de l’âge de l’emprunteur et de son état de santé. Selon les cas, il peut être plus intéressant de rester sur son contrat actuel. Le rôle de conseil des distributeurs sera à cet égard central car il est de leur devoir de conseiller le client sur l’intérêt ou non de changer de contrat d’assurance de prêt. 

La segmentation tarifaire au cœur de la compétitivité des offres alternatives

Chez April, nous sommes évidemment favorables à l'ouverture du marché car en tant qu'acteur alternatif, notre raison d'être est bien de proposer aux clients des produits différents, notamment grâce à la segmentation tarifaire de nos contrats. Lors de la construction technique de nos contrats, nous utilisons en effet plus de critères pour déterminer la classe tarifaire et ce, dans le but de nous rapprocher le plus possible du coût réel du risque et proposer au client un tarif adéquat. Cette approche nous permet de gagner en compétitivité et d'accepter des risques aggravés, certes avec des surprimes, mais en proposant une solution de couverture à nos clients quand la plupart des banques les refusent. Pour donner des exemples concrets, nous acceptons des professions spécifiques (policier, pompier, cascadeur, acrobate…) et également des risques médicaux lourds tels que les cancers.

Cette segmentation ne veut pas pour autant dire démutualisation: le risque reste par nature mutualisé entre tous les assurés, ceux qui auront un sinistre et ceux qui n'en auront pas. Tous les clients seront le cas échéant indemnisés de la même manière en cas de survenance d’un sinistre.

Les assureurs alternatifs partenaires des banques

L’ouverture du marché ne va pas changer le fait que nous soyons partenaires des banques. Les organismes prêteurs restent les bénéficiaires de nos contrats et à ce titre nous sollicitent souvent sur des risques qu'ils ne souhaitent pas couvrir.

Nous continuons de respecter les niveaux de garantie que les banques exigent légitimement en tant que preneur du risque de crédit. En réalité, nous sommes des supporters de la double liberté: la liberté des banquiers d’exiger un certain niveau de garantie et la liberté des clients de choisir leur fournisseur d'assurance. Et pour aller plus loin de changer de fournisseur d'assurance si les clients le souhaitent, du moment qu'ils continuent à respecter les exigences de garantie fixées par les banques.

Une modification de la structure du marché de l’assurance emprunteur?

La résiliation annuelle va potentiellement modifier la structure du marché de l’assurance emprunteur. En effet, nous sommes sur un marché d'équipement au sens où les acteurs équipent le client : les affaires nouvelles sont uniquement constituées par les assurances de prêts associées à des crédits nouveaux (ou des rachats de crédits). Demain, il y aura deux marchés: le marché des crédits nouveaux et le marché de la reprise des contrats pour les clients souhaitant changer de fournisseur d’assurance. Ce ne sera finalement pas très différent des autres marchés de l’assurance: en assurance auto par exemple, les affaires nouvelles sont constituées des nouveaux véhicules à assurer et des changements de contrats sur des véhicules existants. 

Commercialement, cela devrait évidemment changer les choses pour de nombreux distributeurs qui devront s'organiser et se structurer pour accéder à ce marché de la reprise des contrats. De nouvelles méthodes de prospection, de marketing direct et de vente seront à inventer pour aller conquérir cette partie du marché.

Les distributeurs et les assurés seront probablement les gagnants de cette nouvelle réglementation: les assurés, car ils pourront faire des économies en changeant d’assurance et les distributeurs qui, en les aidant à réaliser ces économies et en les conseillant correctement, seront rémunérés. La demande de changement devrait augmenter et les distributeurs (notamment indépendants comme les courtiers) devraient en bénéficier.

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