Mifid II entraîne une polarisation de l’allocation d’actifs

Mifid II entraîne une polarisation de l’allocation d’actifs

En réformant la directive sur les marchés d’instruments financiers, dite Mifid II, l’un des objectifs affichés par les autorités européennes est de renforcer la protection des investisseurs par davantage de transparence et de neutralité dans le conseil délivré sur les produits financiers. Pour cela, la suppression des rétrocessions de commissions aux distributeurs de fonds est, entre autres, préconisée. Une mesure loin de faire l’unanimité mais déjà en vigueur au Royaume-Uni, avec la RDR (retail distribution review), et aux Pays-Bas qui ont banni toute forme de rétrocession. Les États-Unis et l’Australie sont également sur la même ligne. Votée en France au printemps dernier, elle sera appliquée à partir de 2017.

Par ricochet, cette nouvelle réglementation a aussi des effets sur le comportement des investisseurs et les solutions de gestion. Ces derniers n’acceptent plus de prendre des risques et de payer des frais élevés pour une gestion active fortement «benchmarkée» qui peine à battre l’indice dans 80% des cas. Par conséquent, il peut apparaître difficile pour un fonds facturant, par exemple, 2% de frais de gestion de dégager suffisamment d’alpha pour les absorber. La fin des rétrocessions entraîne donc un fort développement des produits de bêta comme les ETF (exchange traded funds), les fonds indiciels. On l’observe tout particulièrement aux États-Unis où l’engouement est réel puisque les solutions indicielles représenteraient jusqu’à 40% de la gestion action, notamment via des ETF où la clientèle des particuliers assure plus de 50% des flux.

En France, leur développement prendra plus de temps. Mais Mifid II jouera un rôle  d’accélérateur puisque les rétrocessions de commissions vont disparaître des mandats de gestion, ce qui ne sera pas sans conséquences sur le modèle économique de certains gestionnaires de portefeuilles. Fin 2013, ces derniers représentaient 1 500 milliards d’euros d’actifs gérés sur un encours total de 3 023 milliards d’euros (source AFG). Les ETF devraient profiter pleinement de ce changement. D’autant que les gérants de fonds les identifient clairement comme des alternatives crédibles aux paniers de futures.

L’absence de rétrocession va également agir comme un stimulateur de talent. Les gérants capables de générer de l’alpha continueront à attirer des investisseurs prêts à rémunérer une gestion performante. L’idée n’est donc pas d’opposer la gestion passive à la gestion active. En revanche, la gestion d’actifs va se polariser avec, d’un côté, une offre de gestion indicielle pure peu margée et, de l’autre, de la gestion active à fort alpha. Dès lors, la valeur ajoutée d’une société de gestion viendra de sa capacité à proposer l’une des deux, ou l’ensemble, de ces expertises.

David Guéganic