La Maif se débarrasse du carcan de mutuelle socioprofessionnelle

Sylvie Guyony
Ouverture aux entreprises et fusion avec Filia structurent la Maif de demain, en sa qualité de société à mission. Entretien exclusif avec son président, Dominique Mahé
Dominique Mahé, président de la Maif (Crédit photo : Florence Bonny MAIF)

Extraordinaire, l'assemblée générale de la Maif, le 11 juillet, l’était à double titre. «Par sa forme, souligne Dominique Mahé, président de la Maif, car nous avons procédé à distance, tant que cela était possible (jusqu’au 31 juillet) au lieu de rassembler plus de 1.000 personnes, et extraordinaire aussi au sens statutaire. Avec trois décisions structurantes : l’adoption de la qualité de société à mission ; l’ouverture de la mutuelle Maif et, en conséquence, la fusion de Filia-Maif.»

Ce samedi, la Mutuelle d’assurance des instituteurs de France (Maif) a ainsi décidé de partir à la conquête des entreprises«de taille très petite à moyenne, et progressivement de sorte qu’elles représentent 30 millions de chiffre d’affaires à l’horizon 10 ans, soit 10% de notre activité actuelle en B to B (des associations loi 1901 au nombre de 150.000 et des collectivités territoriales), précise Dominique Mahé. C’est emblématique de notre volonté de soutenir les entreprises qui cherchent à donner à leur activité un impact positif, au-delà des entreprises de l’économie sociale et solidaire.» L’organisation reposera sur une douzaine de pôles B to B existants et quelques embauches «en central».

Nouvelle segmentation tarifaire

Devenant une mutuelle «affinitaire», la Maif va aussi accueillir près de 900.000 nouveaux sociétaires de plein droit, aux côtés des 2,2 millions actuels : les adhérents de Filia, créée en 1988 pour proposer les contrats Maif aux personnes hors de son champs socio-professionnel ou aux enfants des sociétaires. Les tarifs de Filia, de 10% à 15% plus élevés que ceux de la Maif pourraient-ils se généraliser ? «Nous attendons l’accord de l’ACPR pour mettre en œuvre la fusion en 2021. Le taux de départ volontaire de la Maif n’est que de 1%, celui de Filia de 4%, lorsque la moyenne du secteur dépasse les 10%, décrit Dominique Mahé. Nous ne ferons rien qui change cette singularité. Mais nous réfléchissons à une nouvelle segmentation tarifaire, à échéance 2022-2023, pour que la mutualisation traduise la réalité des risques selon la zone d’habitation ou la profession exercée, par exemple.»

En AG, le groupe Maif a présenté son chiffre d’affaires 2019 : 3,7 milliards d’euros, portés par l’activité non-vie (la mutuelle pour 2,34 milliards et Filia pour 600 millions d’euros), aux côtés de Maif Vie (en juin 2019, la Maif a racheté les 20 % de la Casden dans Parnasse-MAIF, ainsi rebaptisée), la filiale Altima et d’autres activités hors assurance. Son résultat net (part du groupe) est resté stable, à 127,2 millions d’euros, de quoi renforcer ses fonds propres à hauteur de 2,9 milliards d’euros et atteindre un ratio de solvabilité de 216% : «Nous pouvons développer des partenariats au sein du groupe Vyv, sans le rejoindre, certifie Dominique Mahé. Et rester souverains en offrant de nouveaux produits tel qu’un PER, issu de la loi Pacte, en septembre.»

Cinq engagements

La conviction est au moins aussi forte que cette raison d’être adoptée l’an dernier : une «attention sincère portée à l’autre et au monde» qui, du slogan, se traduit désormais par «cinq engagements inscrits dans nos statuts, en notre qualité de société à mission, comme une poignée d’entreprises telles que Danone ou Yves Rocher, insiste Dominique Mahé. Nous fixerons des objectifs annuels pour chacun de ces engagements et un comité de suivi les 'challengera'. Celui-ci sera nommé à l’automne, avec 2 administrateurs, 1 membre de la direction générale et 2 représentants du personnel, pour l’interne ; ainsi que 5 personnalités extérieures engagées pour l’égalité des chances, le climat, l’économie, etc.» La Maif a également inscrit dans ses statuts la désignation d’un organisme tiers indépendant chargé de vérifier l’exécution de la mission.

L’assureur militant veut ainsi montrer la cohérence de sa mission statutaire et de la démarche déjà engagée avec son plan stratégique 2019-2022, compris ses engagements RH. Sur ce point, la crise sanitaire, qui a mis près de 5.000 salariés en télétravail, doit permettre le développement de ce dernier, sans perte du lien social, ni abandon son siège social de Niort où la Maif occupe 80.000 mètres carrés de bureaux, avec 2.500 salariés. Toutefois, tandis que 700 collaborateurs travaillent en Île de France dans des centres de gestion de sinistres/contrats ou en agences, «nous disposerons en septembre d’un nouvel immeuble qui sera ouvert aux activités de gouvernance, de formation, de réunion ainsi qu’aux équipes parisiennes», dévoile à L’Agefi le président de la Maif. Une belle adresse, rue de L’Université, dans le 7ème arrondissement de Paris.