Gérard Ménéroud, directeur général adjoint, directeur du développement et des partenariats, CNP Assurances

Jusqu'à un peu plus de 140.000 euros de revenus par an, personne ne peut être assuré de disposer de ressources suffisantes à partir de 80 ans pour faire face à la dépendance

L’Agefi Actifs. - Dans le cadre de la réflexion sur la prise en charge de la dépendance initiée par les pouvoirs publics, quelles sont les orientations qui semblent selon vous se dessiner ?

Gérard Ménéroud. - Pour l’heure, l’idée d’un partenariat public/privé permettant de déboucher sur une simplification des procédures au moment de la survenance du risque de dépendance fait son chemin. Il y a une prise de conscience que ces procédures doivent être consolidées afin d’être opposables à tous les intervenants. Aujourd’hui, les critères d’évaluation du degré de dépendance ne sont pas suffisamment lisibles et peuvent conduire à des appréciations subjectives. Les grilles utilisées AGGIR et/ou AVQ ont montré leurs limites, je pense surtout aux cas de dépendance liée aux maladies neurodégénératives.Concernant l’idée d’une assurance obligatoire, cette orientation n’est, à mon avis, pas souhaitable dans la mesure où elle nuirait inévitablement à la capacité d’adaptation et d’innovation des produits d’assurance. Par ailleurs, le fait de rendre obligatoire la protection de la personne serait une nouveauté et une source de complexité. Comment peut-on obliger un particulier à s’assurer alors que ses moyens lui permettent de faire face au risque de dépendance ? Le champ de l’assurance obligatoire doit rester limité aux couvertures de responsabilité à l’égard des tiers. Il faut que les entreprises d’assurances mettent en place des démarches incitatives destinées à rendre la protection de la personne universelle mais non obligatoire.

Quant aux objectifs, ils doivent être tournés vers le maintien des personnes à domicile le plus longtemps possible pour diminuer le temps d’hébergement dans un établissement. Notre rôle en tant qu’assureur doit aussi passer par la prévention et l’assistance.

Comment ouvrir le marché de l’assurance dépendance aux particuliers ?

- Une solution serait d’optimiser les formules existantes. L’assurance vie ou encore la complémentaire santé sont des vecteurs sur lesquels il est tout à fait possible d’arrimer des garanties secondaires de dépendance.

Il faudrait ainsi permettre aux assureurs d’enrichir leurs contrats d’assurance vie avec une garantie de dépendance sans que cette modification n’entraîne de novation fiscale. Ce mécanisme simple, assimilable à un dispositif « Fourgous » appliqué à la dépendance, permettrait de généraliser les couvertures pour les détenteurs de contrats vie et de protéger ainsi un nombre plus important de personnes.

Quelle clientèle cibler en priorité pour quel objectif ?

- L’enjeu est de convaincre les classes moyennes. Jusqu’à un niveau de revenu atteignant le plafond de la tranche B de la Sécurité sociale, soit un peu plus de 140.000 euros par an, personne ne peut être assuré de disposer, à partir de 80 ans, de ressources suffisantes pour faire face à la perte d’autonomie. Des campagnes doivent être menées pour montrer que le coût de l’assurance dépendance individuelle n’est pas prohibitif : il avoisine le prix de trois paquets de cigarettes par mois et reste moins cher que certains forfaits de téléphonie mobile.

S’assurer ou non n’est donc pas uniquement une question de moyens mais relève également de choix comportementaux et d’arbitrages dans le budget des ménages.