Edouard Philippe ne lève pas toutes les incertitudes sur les retraites

Des syndicats ont menacé d'amplifier le mouvement social après la présentation du projet de réforme. Si le Medef voit «un bon système pour équilibrer le régime», il note un flou sur l'Agirc-Arrco
Edouard Philippe (Bloomberg)

Par Laurent Chemineau, L'Agefi Quotidien

Aussitôt achevée, la présentation de la réforme de la retraite par le Premier ministre Edouard Philippe, hier, a déclenché un flot de réactions négatives côté syndicats. A la CGT, le secrétaire général, Philippe Martinez, a considéré que «c’est se moquer du monde»«Tout est réuni pour que la grève s'amplifie et que l'ensemble des salariés se mobilise dès demain», a renchéri la secrétaire confédérale de la CGT, Catherine Perret.
Même la CFDT estime que la «ligne rouge est franchie», selon son secrétaire général, Laurent Berger, notamment à propos de l’âge d’équilibre (ex-âge pivot).

Seul le Medef a apporté son soutien au projet du gouvernement malgré une réserve : «Ça nous paraît être le bon système pour équilibrer le régime. Tout ça nous paraît aller dans le bon sens même s’il y a des questions qui demeurent, notamment sur les complémentaires Agirc-Arrco», a réagi Geoffroy Roux de Bézieux. Le président du Medef a déjà eu l’occasion d’exprimer sa crainte ces derniers mois que les réserves des salariés du privé des régimes Agirc-Arrco puissent un jour servir à financer les retraites des fonctionnaires.

Un peu plus tôt, devant le Conseil économique, social et environnemental (CESE), Edouard Philippe avait développé les différents axes du projet de retraite à points. «Le temps est venu de construire un système universel de retraites», a t-il déclaré, avant de confirmer que «celui des régimes spéciaux s'achève». 

Parmi les principaux points retenus par l'exécutif, Edouard Philippe a mentionné la retraite minimum garantie à 1.000 euros et «85% du Smic dans la durée», l'âge légal à 62 ans, avec un âge d'équilibre à 64 ans, un système de bonus-malus, des points supplémentaires dès le premier enfant et la majoration pour les parents de familles nombreuses. 

Les partenaires sociaux fixeront la valeur du point «sous le contrôle du Parlement», a-t-il assuré. «La loi prévoira une règle d'or pour que la valeur du point acquis ne puisse pas baisser» avec «une indexation non pas sur les prix mais sur les salaires qui dans notre pays augmentent plus vite», a précisé le Premier ministre.

Il a également affirmé que les générations nées avant 1975 ne seront pas concernées par le nouveau système et que les nouvelles règles commenceront à s'appliquer à partir de 2025. La génération 2004 sera la première à intégrer le système en 2022, lorsque les nouveaux droits seront mis en place au premier janvier.

«Il n'y a pas d'agenda caché, nous ne cherchons pas de petites économies», a-t-il encore assuré. «Notre ambition d'universalité est une ambition de justice sociale, nous ne voulons léser personne», il n'y aura «ni vainqueur ni vaincu».

«Les femmes seront les grandes gagnantes du système universel», a assuré le Premier ministre. Une revalorisation de 5% sera notamment accordée «dès le premier enfant», a-t-il précisé, et 7% à partir du troisième enfant. «Nous construisons donc un système de retraite plus juste pour les femmes».

«Les plus riches paieront une cotisation de solidarité plus élevée qu'aujourd'hui», a encore annoncé Edouard Philippe, mentionnant le seuil de 120.000 euros. «La responsabilité c'est de tenir compte des données économiques et démographiques», a-t-il ajouté, soulignant l'esprit de «responsabilité» qui doit selon lui prévaloir pour conduire cette réforme.

Ce projet sera prêt d'ici la fin de l'année et sera présenté le 22 janvier devant le Conseil des ministres et discuté au Parlement à partir de fin février.