Complémentaire, le marché reste ouvert

Agefi Hebdo
Toutes les entreprises devraient déjà avoir couvert leurs salariés. Les acteurs de l’assurance sont encore sur la brèche.

C’est un sujet de droit du travail : un Accord national interprofessionnel (ANI) qui a chamboulé les intervenants de l’assurance-santé – mutuelles, institutions de prévoyance (IP) et sociétés d’assurances. Depuis le 1er janvier, toutes les entreprises doivent proposer à leurs salariés une complémentaire santé. Du moins des garanties minimales obligatoires, le « panier de soins ANI », que l’employeur a l’obligation de financer au minimum à 50 %. En échange, un allégement de la taxe spéciale sur les conventions d’assurance s’il respecte le nouveau cahier des charges des contrats responsables. Au-delà de cette enveloppe fiscale, peuvent s’ajouter des options et surcomplémentaires, cette fois à la charge du salarié.

Si tous les acteurs de l’assurance se sont préparés à l’échéance depuis trois ans, environ un tiers des petites entreprises (TPE) ou moyennes (PME) n’étaient, à trois mois de la mise en place de l’ANI, pas du tout ou pas correctement équipées, selon une étude d’Opinionway pour France Mutuelle. « Les statistiques de marché sont encore difficiles à établir, estime Pierre-Alain Boscher, directeur métier Protection sociale d’Optimind Winter. Si les PME se sont largement équipées à échéance, les TPE tardent à se mettre en conformité. La généralisation de la couverture pourrait se poursuivre tout au long de 2016, voire en 2017. » En septembre, une enquête Ifop pour SwissLife France montrait que 31 % des salariés ne bénéficiant pas encore d’un contrat collectif n’en avaient pas entendu parler ou mal. « L’équipement a commencé doucement au dernier trimestre, constate Cédric Meunier, directeur chez Exton Consulting. Le risque pour les entreprises de se voir sanctionnées est réduit, le contentieux provenant surtout du salarié, ce qui le rend peu probable. »

Chez Apicil, « nous avons enregistré l’essentiel des flux en décembre, reconnaît Philippe Barret, directeur général du groupe de prévoyance. Le marché a eu un moment d’incertitude sur la mise en conformité des entreprises. Si les souscriptions ont bien eu lieu, elles concernent souvent peu d’effectifs, du fait d’un grand nombre de renonçants lors d’une décision unilatérale des employeurs. A moyen terme, il devrait y avoir une réflexion plus profonde des entreprises et des salariés sur les contrats collectifs et surcomplémentaires éventuels. »

Proximité

La répartition des parts de marché dans l’assurance-santé n’a pas encore été bouleversée. « Les IP ne bénéficient plus des clauses de désignation mais conservent les deux tiers du marché des branches grâce aux recommandations, souligne Chloé Parfait, manager Actuariat conseil d’Optimind Winter (voir les graphiques). On peut néanmoins noter une montée en puissance des mutuelles, et l’apparition de quelques assureurs favorisée par le système de co-recommandations pour offrir du choix aux entreprises à l’issue des appels d’offres. »

Pour Cédric Meunier, parmi les facteurs clés de succès, réside la distribution. « Ceux qui ont pu pénétrer le marché ont des réseaux de proximité : agents généraux et courtiers offrant un maillage dense, mais aussi agences bancaires, analyse-t-il. L’objectif est de limiter les coûts d’acquisition en travaillant un portefeuille de clients existant car les produits sont standardisés et les prix d’appel souvent inférieurs aux coûts de revient. » Certains intervenants ont cassé les prix sur le panier de base, en deçà des 30 euros considérés par Via Santé (AG2R-La Mondiale) comme seuil de rentabilité. Tout l’enjeu étant ensuite de placer des garanties supplémentaires. « Cette pression sur les prix est inquiétante, juge Pierre-Alain Boscher. Les acteurs qui ont bradé le panier de base risquent de ne pas compenser leurs pertes par la surtarification des options et surcomplémentaires. En 2017 et 2018, les tarifs moyens de l’assurance-santé collective pourraient connaître une hausse significative. »

Bascule de l’individuel au collectif, modèle industriel et marges réduites dans l’assurance-santé vont soutenir les rapprochements, notamment IP-mutuelles, même si l’ANI n’est pas le seul facteur. « La viabilité de certains petits acteurs est en question, relève Standard & Poor’s, face aux exigences en fonds propres et en ‘reporting’ de Solvabilité 2 comme aux contraintes liées aux technologies de l’information et aux besoins en personnel. » Dans son étude du 5 janvier, l’agence a évalué à 32 milliards d’euros les primes d’assurance-santé en France et présage que ce marché sera « remodelé d’ici cinq ans ».