CNP Assurances paie au prix fort sa mue vers l’épargne plus risquée

Amélie Laurin
La filiale de La Banque Postale accuse une baisse de 30% de son chiffre d'affaires en épargne et retraite en France à fin mars. Elle travaille à des produits plus sécurisés.

Nouveau coup dur pour CNP Assurances. A la fin de l'année 2019, le groupe avait perdu sa couronne de premier assureur-vie français, au profit de Crédit Agricole Assurances. En mars, le krach boursier lui a joué un mauvais tour au moment même de son entrée dans le giron de La Banque Postale. Juste avant la crise sanitaire, le groupe avait en effet franchi un cap dans la bascule des fonds en euro, peu rémunérateurs mais au capital garanti, vers les unités de compte (UC), plus risquées pour les souscripteurs. Résultat, au premier trimestre, bon nombre de ses clients ont vu baisser la valeur de leur épargne, tandis que la compagnie n’a pu compenser, commercialement, la baisse des souscriptions sur les fonds en euros.

Le chiffre d’affaires (primes brutes encaissées) du groupe a reculé de 17% à fin mars, pour s'établir à 6,9 milliards d’euros, tiré par le repli de 30,4% (à 3,2 milliards d’euros) de l’activité épargne et retraite dans l'Hexagone. «La baisse du chiffre d’affaires en France est consécutive non pas à la crise liée au Covid-19 mais aux mesures prises au dernier trimestre 2019 pour faire face à des taux (d'intérêt) très très bas, voire négatifs, a déclaré Antoine Lissowski, directeur général de CNP, au cours d’une conférence de presse téléphonique. Nous avons découragé par la tarification les souscriptions sur les fonds en euros.» Une nécessité pour protéger le bilan de la compagnie, encore très exposé aux obligations des contrats en euros.

Collecte nette négative

Par ailleurs, environ un tiers du recul du chiffre d'affaires global est dû à la fermeture, à partir de la mi-mars, des agences distribuant les produits de l'assureur, indique Thomas Béhar, le directeur financier du groupe. Les contrats sont distribués principalement par La Banque Postale et BPCE, et dans une moindre mesure via CNP Patrimoine et des groupes de protection sociale.  

Si le virage vers les UC était déjà amorcé, CNP a accéléré plus tard que d’autres assureurs, après avoir encore augmenté le taux de rémunération de ses fonds en euros début 2019 (au titre de 2018). L’an dernier, ses flux nets sur les UC ont réussi à compenser les sorties sur les fonds en euros. Au premier trimestre 2020, il n’en a rien été. En France, «la collecte nette est positive de 0,3 milliard d’euros pour les contrats en UC, et négative de 1,6 milliard d’euros pour les contrats en euro», précise CNP dans un communiqué. Soit un solde de -1,3 milliard d’euros.

A l’échelle du marché, les flux nets sont restés tout juste positifs (0,1 milliard d’euros) sur la période, la décollecte du mois de mars ayant effacé la dynamique des mois de janvier et février, selon les chiffres de la Fédération française de l’assurance. Sans se prononcer sur ses ventes au début du deuxième trimestre, en plein confinement, CNP estime que l’épargne engendrée par la baisse de la consommation s’est plutôt portée sur les produits liquides comme le livret A.

Pour faire revenir les épargnants, «nous allons évoluer vers des UC moins connectées au CAC 40», annonce Antoine Lissowski. La compagnie prépare des UC «beaucoup plus sécurisées, par exemple de l’immobilier, qui offre un rendement sur une période longue, ou des (produits) structurés», ajoute-t-il.

CNP réfléchit aussi à ouvrir sa gestion sous mandat à la clientèle grand public, en abaissant le seuil d’accès. Des «discussions» sont en cours avec La Banque Postale et BPCE. D’ores et déjà, la structure «CNP Patrimoine a été intégrée à côté de la direction des investissements, dans une direction de l’ingénierie patrimoniale», pointe Antoine Lissowski.

Garantie pandémie en prévoyance

Pour concrétiser ces réflexions, «nous avons créé trois groupes de travail au sein de l’entreprise, il y a trois semaines : sur l’évolution de l’offre d’épargne retraite, l’évolution de l’offre risques et emprunteur, et l’expérience clients», explique le patron de CNP.

Au-delà de l’assurance-vie, la compagnie veut coupler le nouveau plan d'épargne retraite (PER), créé par le gouvernement à l’automne dernier, avec «des offres plus spécifiques Covid, de prévoyance et de services en cas de pandémie».

En prévoyance, elle souhaite pérenniser dans l’assurance emprunteur de nouvelles pratiques nées de la crise, telles que l’allégement des procédures de souscription (plus de visite médicale) et d’indemnisation en cas de sinistre. Pour la clientèle d’entreprises, CNP souhaite proposer aux PME et travailleurs non-salariés des protections face au risque de pandémie, sous forme d'indemnisation forfaitaire.

En revanche, face à ce type de risque «commun et universel», «la mutualisation par les assureurs a ses limites» et «le dédommagement de la baisse du PIB n’est pas possible», prévient Antoine Lissowski. Bercy a ouvert une consultation de place sur une éventuelle assurance pandémie qui inquiète les assureurs dommages... et épargne donc en partie CNP.