Mirova

Tous les quinze jours et pendant six mois, trois partenaires choisis par la rédaction de L’Agefi Actifs révèlent leur politique d’investissement

Les places financières ont fait preuve de nervosité durant le mois de mai perdant du terrain avant de reprendre de la hauteur. En effet, les dernières statistiques sur l’inflation ont fait craindre au marché un durcissement monétaire plus rapide qu’anticipé, ce qui a déclenché une accélération à la hausse des « breakeven » d’inflation de part et d’autre de l’Atlantique ainsi qu’une pression sur les obligations d’états ; à l’image du Bund passant succinctement au-dessus du seuil des -0,10 %. Les membres de la Fed et de la BCE sont alors montés au créneau pour calmer le jeu en insistant sur le caractère temporaire de cette hausse des prix tout en rassurant les investisseurs quant au maintien de leur politique accommodante.

Il est vrai que le processus de reflation en cours est brutal du fait de goulets d’étranglement aussi bien au niveau de l’offre (coût du fret, pénurie de semi-conducteurs, hausse des matières premières…) qu’au niveau de la demande, elle-même dopée par des plans de relance budgétaires massifs ainsi qu’une accélération du processus de vaccination. Le niveau et les anticipations d’inflation ont vocation à rester élevés sur les prochains trimestres, de nature à alimenter une hausse graduelle des taux longs sous contrôle des autorités monétaires. Nous n’envisageons pas de déséquilibre inflationniste durable, ni de mouvement de stagflation.

Les tensions récentes sur les prix à la consommation semblent pouvoir s’expliquer par des facteurs transitoires en sus des effets de base communément admis. On notera par exemple concernant le dernier CPI aux US (+0,9 % en avril) la très forte contribution des prix des véhicules d’occasion (+10 % sur le mois) alors que les chèques versés aux ménages coïncident avec un manque de stock chez les constructeurs, ou encore des prix d’hôtels et des billets d’avion alors que l’économie est encore en phase de réouverture. De même, les tensions au niveau du marché du travail sont majoritairement liées au fait qu’un certain nombre de personnes ne sont pas encore retournées travailler (prolongation indemnisations chômage jusqu’en septembre, école fermées, etc…).

Concernant les tensions sur les prix à la production liées au manque de biens intermédiaires, la crise pourrait s’avérer plus aigüe et plus durable qu’initialement anticipé, perturbant les chaines d’offre et d’approvisionnement d’un certain nombre d’entreprises ou impactant négativement leurs marges. Même si au global, la saison de résultats du premier trimestre est ressortie très positive, justifiant le mouvement de révisions à la hausse des BPA enclenché depuis le début de l’année. En parallèle les derniers indicateurs macro avancés (PMI), pour les grandes économies occidentales, ont confirmé le maintien d’une forte dynamique aussi bien dans les services que dans l’industrie, avec une mention spéciale pour les services en zone euro.

Alors comment se positionner dans cet environnement ? Nous restons positifs sur les actifs risqués compte tenu du momentum macro et de l’engagement des banques centrales mais pensons que le potentiel d’appréciation se fait désormais plus faible à court terme et réduisons notre surpondération actions. Nous maintenons notre préférence pour les actions européennes (potentiel de bonne surprise niveau macro, valorisation et positionnement investisseurs plus intéressant en relatif, biais factoriel). Au sein des actions nous continuons à favoriser certains secteurs « value » bénéficiant de la hausse des taux (banques, assurances) et de la réouverture prochaine de l’économie (immobilier, paiement…) ainsi que les sociétés présentant un pricing power attractif.  Nous restons positionnés en parallèle sur les valeurs bénéficiant des plans de relance verts ou favorisant la transition numérique (énergies renouvelables, construction, semi-conducteur). Au sein des défensives nous privilégions le secteur pharma, très décoté par rapport au marché malgré son fort potentiel de croissance Nous anticipons toujours une hausse graduelle des taux longs et maintenons notre sous-pondération obligations souveraines ainsi que notre long crédit, avec une préférence pour le high yield. Nous neutralisons notre surexposition à la dette périphérique européenne.

 

 

 

 

 

 

 

 

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