Allocation d'actifs

Meeschaert AM met le cap sur 2027

Gaetan Pierret
La société de gestion lance un fonds obligataire high yield en euros exclusivement.
(Adobe stock)

La hausse des taux ravive l’intérêt des sociétés de gestion pour l'obligataire. Jouant du changement de contexte, elles sont plusieurs à avoir lancé des fonds sur cette classe d'actifs ces dernières semaines.  Parmi elles, Meeschaert AM. La société de gestion, qui gère plus de 4 milliards d’euros d’actifs*, a annoncé début septembre la commercialisation de son dernier-né. Il s’appelle MAM Target 2027, un fonds à échéance de cinq ans, investi dans des obligations à haut rendement, 100 % en euros et classé article 8 selon le règlement SFDR.

Le parti pris des gérants est simple : du high yield oui, mais en euros. Un choix qui leur permet de diversifier leur portefeuille géographiquement. Ainsi, s’il est surtout constitué de titres d’entreprises européennes (23 % France, 17 % Allemagne, 6,5 % Italie, 5,4 % Espagne…), le fonds est aussi exposé au territoire nord-américain, de l’ordre de 15 %. « Les émetteurs américains sont moins victimes de la hausse des prix de l’énergie que l’Europe car ils ne l’importent pas des mêmes pays. Leurs marges sont donc moins à risque que les Européens », explique Guillaume Truttmann, gérant du fonds. Il ajoute que le portefeuille devrait se renforcer encore davantage sur les Etats-Unis et le Canada.

Outre l’émission de titres en euros, MAM Target 2027 respecte aussi des critères de taille. Les gérants ciblent les sociétés qui présentent un Ebitda supérieur à 1 milliard d’euros, celles qu’ils catégorisent comme des « émetteurs majeurs ». « Historiquement, les défauts dans le high yield se sont concentrés sur ceux de petite taille », justifie Guillaume Truttmann. Ils s’intéressent surtout aux entreprises leaders dans leur domaine, avec un fort pricing power. Mais surtout, les gérants veulent des émetteurs qui offrent une bonne visibilité sur leur génération de trésorerie et leur capacité de remboursement.

De cette stratégie de gestion découle un portefeuille de 99 positions, notées en moyenne B+, avec un coupon moyen de 4,5 %. On y retrouve surtout des obligations achetées sur le marché secondaire, émises il y a quelques mois. Deux raisons à cela : la remontée des taux, qui fait bénéficier de « décotes importantes », selon Guillaume Truttmann, mais aussi la rareté des nouveaux titres. « Cette année, les émissions de high yield ont chuté de 80 % », appuie-t-il. En conséquence, la part de dettes arrivant réellement à échéance en 2027 est... minoritaire ; 24 % se terminent en 2026 et 30 % en 2028.

La récession dans le viseur

Début novembre, MAM Target 2027 se targuait d’un rendement annualisé de 8 %. Une performance qui pourrait être difficile à tenir sur la durée compte tenu de la dégradation de l’économie, en cours et à venir. « Les incertitudes n’ont pas disparu, on a la récession en ligne de mire, assure Guillaume Truttmann. A court terme, le high yield peut être très volatil, mais à moyen et long terme, il peut atteindre des performances historiquement élevées. » Face aux secousses économiques que beaucoup prédisent, les gérants opteront pour une gestion très réactive : « Dès que la qualité de crédit d’un émetteur se dégradera significativement, nous céderons cette obligation », rassure le gérant. Si le principe s’impose, il n’est pas toujours facile à respecter en cas de retournement de marché.

Taux de défaut à surveiller

Selon Guillaume Truttmann, MAM Target 2027 peut encaisser 36,5 % de défauts sur ses cinq années d’existence sans tomber en territoire négatif. 0 % de performance donc en cas de multiplication de défaillances dans le portefeuille. Pas de quoi faire rêver les investisseurs mais une porte de sortie fortement appréciable en cas de conjoncture plus mauvaise qu’anticipé.

Voilà pour le scénario catastrophe. Pour l'instant, tout va bien mais la performance de ce fonds lancé en septembre sera à surveiller comme le lait sur le feu, car le fonds vise un objectif de capitalisation. Aucune distribution intermédiaire n’est prévue avant son échéance. Rendez-vous dans six ans.

*Au 31 décembre 2021.