Au fil du patrimoine

A l'heure du gérant sous mandat « augmenté »

Xavier Laurent, responsable multigestion & gestion pilotée, Federal Finance Gestion
Venue du monde de la gestion de fortune, la gestion sous mandat s’est démocratisée tout en évoluant dans un monde financier en perpétuel mouvement.

 Xavier Laurent, responsable multigestion & gestion pilotée, Federal Finance Gestion

La gestion sous mandat s’est développée ces dernières années grâce à la volonté des acteurs (banques, assurances) d’élargir la base de clientèle. De fait, l’essor récent de cette déclinaison plus « retail », aussi appelée « gestion pilotée », se retrouve sur trois enveloppes fiscales que sont l’assurance-vie (la plus courante aujourd’hui), les comptes PEA (et PEA-PME), ainsi que les compte-titres ordinaires (CTO). Les derniers chiffres publiés par France Assureurs pour 2021 donnent une dynamique d'un peu plus de 150 milliards d’euros de collecte avec un poids des unités de compte (UC) atteignant 40 %.

Face à ce besoin grandissant des réseaux de distribution et à la volonté de démocratisation, les acteurs du marché ont généralement modulé les seuils d’accès à la gestion sous mandat pour satisfaire les besoins les plus standards tout en continuant à répondre à une demande plus sophistiquée.

Si la finalité de la gestion sous mandat a peu évolué – viser une appréciation sur le long terme dans un cadre défini de gestion et de risque –, le besoin d’une certaine standardisation des objectifs et des règles d’investissement a permis une plus grande lisibilité de l’offre. Les clients ont ainsi accès à une variété de profils de risque (sécuritaire à offensif, voire 100 % actions), d’exposition très européenne à 100 % internationale. Plus récemment, les investissements thématiques et ESG (environnement, social, gouvernance) ont connu un succès grandissant grâce à une facilité d’appropriation des principes par les clients.

Deux phénomènes

De façon conjoncturelle, la mission du gérant sous mandat a dû s’adapter à deux phénomènes :

1/ l’environnement de taux bas et la baisse régulière des rendements obligataires, et par conséquent la moindre rémunération du contrat en euros ;

2/ une inflation du nombre de véhicules accessibles dans les différents supports, l’assurance-vie permettant aujourd’hui d’avoir accès aux titres vifs (actions obligations mais certaines sous conditions), aux organismes de placements collectifs (OPC, y compris exchange-traded funds), aux euro medium term notes (EMTN) structurés…

Ces dernières années, l’émergence d’acteurs disruptifs, les fintechs et autres robo-advisors, a participé à cette diffusion plus large et plus rapide de la gestion sous mandat grâce à une simplification des procédures (le fameux « parcours client ») et un accès facilité à l’information.

La multiplication rapide et récente des nouveaux règlements bouscule également le métier des services financiers au sens large, et la gestion sous mandat n’échappe pas à cette réalité.

L’arrivée de la loi Pacte en 2019, notamment à travers son volet épargne retraite, a poussé les acteurs (assurances, banques, sociétés de gestion) à inclure la délégation de gestion aux contrats d’épargne retraite individuels (PERin). Ce nouveau texte crée ici les conditions de débouchés supplémentaires pour la gestion sous mandat.

L’intégration des critères sociétaux et environnementaux dans la gestion des actifs est devenue un enjeu important, que ces actifs soient détenus par des institutionnels ou par des particuliers, en quête d’un sens à donner à leurs investissements. Cette tendance s’est renforcée avec l’arrivée du règlement dit « Disclosure » (Sustainable Finance Disclosure ou SFDR) entré en application le 10 mars 2021. Ainsi, la nécessité d’une prise en compte élargie des critères ESG dans la sélection des titres ainsi que dans les processus d’investissement a forcé les acteurs à s’adapter rapidement, afin de proposer des formats et des solutions répondant à la fois à la nécessité d’une épargne plus durable et aux nouvelles exigences des clients.

Pour répondre à ces besoins plus pressants, l’offre a dû s’enrichir tant quantitativement (nombre de fonds accessibles, performances) et qualitativement (complétude des processus, analyse et traitement). Après un démarrage favorisant l’introduction progressive de solutions très généralistes dans les mandats, l’exigence des réseaux bancaires et assuranciels en termes de lisibilité des critères ESG est devenue plus forte, poussant les acteurs à travailler à des solutions plus abouties (mesures d‘impact, part verte…) faisant place à une plus grande transparence. A titre d’illustration, nous avons récemment accompagné nos partenaires dans le lancement d’une GSM 100 % investie en fonds ayant un label européen permettant de garantir la prise en compte systématique des caractéristiques environnementales et sociale et d'assurer une communication ESG cohérente.

Expert multi-domaines

Face à ces changements structurels et aux mutations rapides des besoins, le gérant sous mandat s’est mué en expert multi-domaines :

1/ il doit être expert des produits financiers (actions, obligations, OPC, dérivés…), maîtrisant les caractéristiques juridiques et financières des outils qu’il utilise ;

2/ il doit jongler entre une vision stratégique à long terme, c'est-à-dire atteindre les objectifs des clients tout en s’adaptant en permanence aux événements de marché qui sont autant d’obstacles sur le chemin de la performance ;

3/ il doit analyser et intégrer les critères environnementaux et sociaux dans le processus d’investissement, comme il doit connaître les aspects réglementaires et prudentiels de plus en plus prégnants dans les services financiers ;

4/ il doit rester « souple » dans son approche, car il doit être en capacité de répondre à la fois aux besoins de solutions standardisées (offres dites « pilotées ») aux marges de manœuvre assez encadrées, et à la demande d’une plus grande personnalisation pour les clients les plus exigeants (« tailor made solutions ») faisant appel à des techniques et outils plus pointus ;

5/ enfin, il doit être un excellent communicant, pouvant jongler avec toutes ces informations et les rendre accessibles aux clients.

Digitalisation et non-coté

Les métiers financiers n’échappent pas aux transformations digitales de l’activité économique : le gérant sous mandat vit dans un environnement marqué par l’omniprésence des outils informatiques de plus en plus sophistiqués et l’utilisation quasi exponentielle des données. On peut presque dire qu’il devient un gérant « augmenté » !

Par ailleurs, l’évolution récente des besoins d’épargne de long terme amène les acteurs de la gestion sous mandat à développer des solutions visant à donner accès aux produits de capital-investissement ou de dettes privées jusqu’ici principalement utilisés par les clients institutionnels et/ou les individus dits fortunés (HNWI ou family offices). L’actuelle phase de digitalisation que connaissent ces segments d’actifs « non cotés » joue également en faveur de cette tendance. 


A RETENIR

L’environnement actuel est marqué par une plus grande instabilité géopolitique, un choc d’inflation via les fortes hausses des prix de l’énergie et la fin annoncée des politiques monétaires très accommodantes. Les habitudes et les pratiques d’investissement acquises lors des dix dernières années doivent nécessairement évoluer. La gestion sous mandat, grâce à son format plus flexible
 et au large choix de solutions, répond à ces nouveaux enjeux :

- si les marchés d’actions doivent encore offrir du potentiel, le retour de la volatilité et l’impact de la hausse des taux doivent amener à plus de précision dans les stratégies à privilégier. Moins d’exposition aux indices de marché et plus de sélectivité pour tenir compte des valorisations (value vs growth) et de la thématique inflationniste (matières premières, transition énergétique). De même, les fonds de performances absolues basées sur les actions (equity market neutral) doivent bénéficier du contexte de plus forte incertitude ;

- les marchés obligataires sont pénalisés par les remontées de taux et le durcissement des politiques monétaires. Le positionnement plus court en duration, l’exposition aux stratégies de courbe (pentification ou aplatissement) et l’utilisation des actifs permettant de protéger les portefeuilles (titres indexés sur l’inflation, matières premières) restent intéressants. Le choix des supports de stratégies actives permet une plus grande adaptation aux changements rapides sur les marchés ;

- enfin, la recherche de diversification via la volatilité permet de compenser l’abandon du statut d’actif de protection que les obligations détenaient jusqu’ici.