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Les fintechs plébiscitent l'ETF dans l’assurance-vie

Réactions - Nombreuses sont les fintechs à s'être tournées vers la distribution de ce type de contrats. A présent, les marchés chutent et les taux montent...
(Adobe stock)

Quel est le point commun entre l’assurance-vie et les remèdes anti-vieillissement ? Il n’y a pas de solution miracle. La remontée des taux et de  l’inflation aura été un choc pour toute l’économie. Même si certains s’en sortent mieux que d’autres.

Les assureurs-vie traditionnels s’y étaient préparés : « J’ai vécu et dirigé dans un contexte de taux bas continu pratiquement toute ma carrière. C’est intéressant de pouvoir expérimenter une remontée des taux », s’amusait Stéphane Dedeyan, directeur général de CNP Assurances, lors d’un échange avec l’Association nationale des journalistes de l’assurance début septembre. Entre les exigences qualitatives et quantitatives imposées par Solvabilité 2 et les tests de résistance à répétition, rien ou presque n’a été laissé au hasard. Mais qu’en est-il des jeunes distributeurs d’assurance-vie arrivés sur le marché en cours de route ?

Loin de l’approche traditionnelle, les fintechs ont rapidement envahi le monde virtuel. Et en ligne, la bataille n’a d’autre terrain que les frais. Né dans un contexte de taux bas, les jeunes pousses ont alors été nombreuses à se tourner vers des fonds indiciels et plus particulièrement les exchange-traded funds (ETF). Au cours de l'été 2022, les investisseurs ont alloué 90,7 milliards d'euros aux ETF, d'après les derniers chiffres publiés par Amundi AM. La collecte s’est élevée à 44,1 milliards d'euros en juillet et 46,6 milliards en août. La majorité des souscriptions est venue des Etats-Unis, soit 85,3 milliards d'euros, tandis que la tendance a été mitigée en Europe avec une souscription nette de 2,2 milliards en juillet et une décollecte de 743 millions en août.   

« C’est un modèle américain qui a fait ses preuves grâce notamment à un coût en termes de sous-jacent sept à dix fois moins cher que les autres produits du marché », explique Charlotte Thameur, directrice conseil chez Yomoni. Un atout non négligeable dans le monde de l’épargne digitale. Chez Yomoni, le niveau de frais (tout compris) d’un contrat d’assurance-vie – composé uniquement d’ETF – s’élève au maximum à 1,6 %, frais des sous-jacents compris. Pour Ramify, qui propose également un contrat 100 % ETF, la tarification ne dépasse pas 1 %. En contrepartie, les contrats traditionnels appliquent en moyenne des tarifs compris entre 2 % et 4 %.

Le revers de la médaille

Mais dans le contexte actuel, la solidité des jeunes compagnies a été mise à l’épreuve. La dépendance des fonds indiciels aux fluctuations des marchés a affecté leurs performances. A titre d’exemple, lorsque le CAC40 annonce une baisse de 15,63 % et que le S&P500 s’établit à -18,52 % (au 6 septembre 2022), les profils les plus « dynamiques » affichent, le même jour, des résultats à -11,80 % pour Yomoni, -10,50 % chez Nalo et -7,60 % chez Ramify.

« En gestion passive, nous suivons le marché. Notre but n’est pas de battre le marché mais de le répliquer », commente la directrice conseil de Yomoni. Avec 80 % de son allocation passive, la fintech possède néanmoins une poche tactique pouvant varier de 0 à 20 % afin de s'adapter au mieux aux variations des marchés. A titre d'exemple et dans le contexte actuel, son approche s'est tournée vers les bancaires lors de la reprise de l'inflation dès janvier 2021. En réponse à la hausse des taux, Yomoni a également réalloué ses supports obligataires.

De son côté, Nalo jongle entre trackers et fonds euros. Gérés de manière passive, les ETF proposés se divisent entre actions et obligations. « Nous avons choisi ce positionnement car nous constatons que la gestion active peine à faire mieux que son niveau de frais », indique Franklin Morin, directeur des investissements chez Nalo.

Défense active

Pour Ramify, c’est une tout autre paire de manches. La société opte pour une gestion « hyperactive » de ses portefeuilles. Les clients ont le choix entre un contrat 100 % ETF ou une option diversifiée via des sociétés civiles de placement immobilier (SCPI). « Nous analysons tous les jours l’allocation idéale pour chaque profil client. Si la différence est trop importante, nous réallouons. Les ETF permettent cette flexibilité », explique Olivier Herbout, cofondateur de Ramify. Dans le contexte d’inflation et de hausse des taux, l’ancien salarié de Goldman Sachs a donc fait le choix de faire évoluer son portefeuille vers une surexposition des marchés américains. « En temps de crise et avec l’augmentation des taux aux Etats-Unis, nous avons anticipé un plus grand flux des institutionnels vers ce marché, confie-t-il. Cette décision nous a permis de nous positionner sur le dollar qui s’est apprécié contrairement à l’euro. »

En gestion passive ou active, les fintechs tricolores font face au retournement des marchés. En Europe, les investisseurs ont retiré 5,3 milliards d'euros des marchés actions au cours des deux derniers mois, d'après les chiffres d'Amundi AM. Leur choix similaire porté sur la distribution d’ETF n’est néanmoins pas leur unique point commun. Dans le contexte actuel, la pédagogie auprès de leurs clients a joué un rôle clé dans la relation de confiance. Ce qui n’est pas toujours inné dans la distribution digitalisée. « Les jeunes recherchent des informations sur internet, ils souhaitent comprendre dans quel type de support ils investissent leur argent. Il est important que nous soyons leur source d’information et de confiance », explique un intermédiaire.

« Dans le contexte de marché dans lequel nous sommes aujourd’hui, notre métier est utile. Le rôle du conseiller en investissement prend de la valeur et rend le métier plus exigeant », conclut Olivier Herbout.