Le pire reste à craindre pour les actions

Xavier Diaz
La confirmation d'un rythme soutenu de resserrement monétaire par la Fed a fait chuter Wall Street. De nombreux acteurs alertent sur le risque de forte correction.

L’annonce très attendue d’une nouvelle hausse de 75 points de base (pb) de ses taux par la Réserve fédérale américaine n’a pas rassuré les investisseurs. La Fed a relevé ses projections médianes de taux à 4,40% fin 2022 et 4,60% en 2023, un niveau plus élevé qu’anticipé par le marché, signalant un rythme soutenu de hausses. Wall Street a rechuté, au terme d’une séance extrêmement volatile, l’indice S&P 500 cédant 1,7% et le Nasdaq 1,8%.

Certains investisseurs restent très négatifs sur les marchés actions alors que se profile une probable récession mondiale en raison de la forte inflation, alimentée par la crise énergétique, et du resserrement massif des banques centrales. Le risque est que les bénéfices des entreprises, qui ont jusque-là surpris par leur résilience, s’écroulent. Si une partie des mauvaises nouvelles est dans les cours, le marché n’intègre que le risque d’une faible récession technique.

Sur le marché américain, les valorisations restent élevées à 17 fois les bénéfices estimés à 12 mois pour l’indice S&P 500. Mais aussi en Europe. «Le PER (price earnings ratio) est passé de 20 en 2021 à 12, ce qui peut paraître raisonnable mais nous avons tous en tête la crise de 2011», nuance Götz Albert, responsable de la gestion chez Lupus Alpha. Le PER avait chuté jusqu’à 8. «Le marché ne veut croire que ce qu’il voit : des bénéfices et des marges au plus haut», poursuit Michel Saugné, directeur de la gestion chez Tocqueville Finance. Le consensus anticipe une hausse de 17% des bénéfices par action cette année en Europe. Mais ces progressions de résultats sont biaisées par le secteur de l’énergie et la faiblesse de l’euro face au dollar. «La valorisation actuelle est faussement attractive, poursuit le gérant. Non seulement elle ne reflète pas la probable récession à venir, mais le E du PER, à savoir les bénéfices, est grossi par une poignée de sociétés. »

Le fondateur du hedge fund Bridgewater, Ray Dalio, prédit une chute de 20% des actions américaines avec des taux longs à 4,5% mais qui pourraient grimper à 6%. Les investisseurs sont, selon lui, complaisants concernant l’inflation qu’il anticipe entre 4,5% et 5% au cours de la prochaine décennie. L’économiste Nouriel Roubini prévoit une «longue et vilaine récession» aux Etats-Unis et dans le monde à partir de fin 2022 et sur l’ensemble de 2023, ainsi qu’une vague de défauts en raison de la hausse des taux. Sa crainte : une correction de l’indice S&P 500 de 40%, la norme dans les récessions sévères.