Pour éviter les mauvaises décisions d'investissement... reprogrammez votre cerveau !

Par Floris Oliemans et Jorik van den Bos, Senior portfolio managers chez Kempen Capital Management

En tant qu'investisseurs, nous commettons des erreurs, même si nous avons généralement du mal à l’admettre. Le problème ne réside pas tant dans ces erreurs, que dans leur systématisme. Ce qui donne lieu à une fausse évaluation des valorisations sur le marché. Alors que ces appréciations erronées créent des opportunités pour les investisseurs, en tirer profit peut s'avérer ardu.

En fait, la plupart des erreurs sont d'ordre comportemental. En tant qu'êtres humains, notre comportement a évolué au fil des millénaires et nous peinons à nous extraire de cette programmation naturelle. Une recherche récente a révélé que les êtres humains font preuve de plasticité cérébrale, en d'autres termes, que nous pouvons reprogrammer nos cerveaux afin d'éluder certains des pires pièges qui nous guettent. La plasticité cérébrale a permis de venir en aide à des victimes d'AVC et de traiter toute une série d'affections mentales.

Nous pensons que ce qui profite à ces patients peut également servir les investisseurs que nous sommes. Toutefois, si nous voulons reconnecter nos cerveaux, nous devons identifier le moment où nous commettons des erreurs, corriger cette logique défectueuse et la remplacer par une pensée rationnelle. Le défi est de taille – et lors d’une décision d’investissement, toute notion de « rationalisme absolu » disparaît. Mais nous pouvons nous améliorer en évitant les pièges les plus communs tels que les réactions exagérées aux informations reçues, l'aversion à l'incertitude et les comportements grégaires.

Sur-réagir aux informations

En général, nous accordons plus d'importance à l'actualité immédiate qu'aux informations passées. Rien d'illogique d'un point de vue évolutionniste : en effet, fuir un danger imminent peut nous sauver la vie, mais si nous réfléchissions aux conséquences à long terme d'une éventuelle fuite, le résultat serait tout autre. Dans le contexte des marchés financiers, nous avons tendance à accorder trop d'importance à l'actualité immédiate, ce qui peut induire une surréaction des marchés aux données de court terme. La publication d'un avertissement sur résultats par une société illustre bien la situation. Nous avons en effet tendance à  fuir dès que la mauvaise nouvelle nous parvient. Toutefois, cette attitude crée des opportunités dès lors que le marché surréagit faux perspectives d'une entreprise. Et l'investisseur capable de construire un portefeuille visant à tirer parti de ces opportunités peut obtenir des rendements nettement supérieurs au marché sur le long terme. Il n'en demeure pas moins que la mise en œuvre d'une telle stratégie n'est pas chose aisée. Nous pensons que le meilleur moyen de surpasser notre propre biais comportemental consiste à analyser les informations dans une optique de long-terme, et donc, dans l'exemple ci-dessus, à replacer l'avertissement sur résultats dans son contexte. Souvent, les investisseurs ont tendance à juger la rentabilité de la société qui l'émet à l'aune exclusive d'un tel avertissement, alors qu'en réalité, elle ne traduit généralement que l'évolution de son environnement commercial.

L'investisseur qui se concentre sur  la valeur à long terme d'une société peut mettre à profit un avertissement sur résultats de cette compagnie. Il eprogramme en quelque sorte son cerveau et réduit sa perméabilité à l'actualité immédiate. Car y accorder une importance démesurée n'est certainement pas une bonne chose, et notre aversion à l'incertitude ne fait qu'aggraver la situation.

Aversion à l'incertitude


Dans le passé nos cerveaux se développaient dans un environnement où l’incertitude ne payait pas. En réagissant à chaque menace, réelle ou non, nous avons augmenté nos chances de survie, avec pour résultat une aversion à l’incertitude. Si accepter que l’incertitude présente dans la nature ne constitue pas une bonne stratégie de survie, il en va autrement sur les marchés financiers. Dans ce secteur, une décote est appliquée sur les résultats incertains, les marchés financiers assumant que chaque menace ressentie deviendra réalité.

Il en résulte une prime de risque liée à cette incertitude, ce qui est difficile mais pas impossible à exploiter. Pour ce faire, il faut accepter que certains résultats seront négatifs et par conséquent opter pour une diversification de titres afin de capter cette prime. Le risque réel de perdre de l’argent pourra être faible si vous combinez diversification et marge de sécurité.

Acheter des actions qui se traitent avec une forte décote par rapport à leur valeur fondamentale donne le droit à l’erreur aux investisseurs si le résultat est négatif. Si une action est suffisamment bon marché, un scenario négatif peut toujours se traduire par un résultat positif. Si nous appliquons systématiquement ce modèle, nous pouvons nous accoutumer à accepter l’incertitude. Nos cerveaux découvrent qu’un résultat global est préférable à des résultats qui paraissent plus certains. L’incertitude est difficile à accepter, et cet état de fait est intensifié par notre dernier piège comportemental, le comportement grégaire.

Comportement grégaire

Le comportement grégaire constitue une autre stratégie logique d’un point évolutionniste, car le taux de survie était supérieur en groupes. Donc agir ensemble nous mettait plus à l’aise qu’individuellement. Notre comportement vis-à-vis des marchés financiers suit ce schéma. Nous préférons acheter des actions qui sont populaires, à savoir celles dont tout le monde parle, et avons tendance à éviter celles qui ont mal performé. Faire le contraire de cela représente un défi émotionnel et peut induire un sentiment de solitude, bien que les investisseurs contrariants mettent un point d’honneur à investir à contre-courant. Cela crée de fausses évaluations des valorisations car les foules surestiment le prix de ce qui est populaire et sous-estiment ce qui ne l’est pas. Chez Kempen, nous pensons que le comportement grégaire est une des raisons pour lesquelles la prime sur les titres ‘value’ existe depuis si longtemps. Nous sommes d’avis que le meilleur antidote au comportement moutonnier en finance est de comprendre les cycles passés. Lire sur ce sujet nous enseigne que l’histoire se répète réellement. En plus de comprendre l’histoire de la finance nous croyons que l’ancrage à la valeur intrinsèque aide à réduire l’esprit moutonnier. Si vous vous concentrez sur la valeur fondamentale d’un business, votre prise de décision sera moins influencée par les foules.


En conclusion, reprogrammons nos cerveaux

Contrairement à une croyance populaire, nos cerveaux font preuve de plasticité cérébrale. Ce qui signifie que nous pouvons reprogrammer nos cerveaux en appliquant systématiquement un cadre de pensée plus rationnel. En tant qu’investisseurs, nous pouvons faire appel à la plasticité de nos cerveaux afin de réduire le nombre d’erreurs que nous commettons. En nous concentrant sur l’information dans une optique de long terme, en acceptant l’incertitude et en restant fidèles à la valeur intrinsèque, nous pensons que nous pouvons diminuer bon nombre de ces erreurs.