Plan de relance européen

Le donnant-donnant allemand

Nicolas Goetzmann, président de la Financière de la Cité
Un soutien temporaire de l’économie européenne au prix d’un immobilisme monétaire structurel au sein du continent pourrait être le calcul germanique, ce qui maintiendrait entre autres des taux d’intérêts à des niveaux très bas, et pour très longtemps.

« L'Allemagne ira bien à long terme si l'Europe se porte bien ». Par cette phrase, Angela Merkel dévoilait ce qui avait présidé à sa décision de proposer - conjointement avec Emmanuel Macron - un plan de relance européen de 500 milliards d’euros afin de lutter contre les effets économiques de la crise du Covid-19. Le déroulé des événements de ces dernières semaines nous permet de mettre en lumière ce qui est justement perçu comme un assouplissement de la position allemande concernant la question des transferts budgétaires en Europe. Un revirement qui pourrait avoir un coût.

Alors que le premier plan mis en œuvre par les ministres des finances européens - réunis dans le cadre de l’Eurogroupe au début du mois d’avril - avait été rapidement considéré comme insuffisant, les têtes des exécutifs de l’UE se trouvaient dans l’obligation de proposer une solution plus ambitieuse afin de répondre à la plus grave crise économique subie par le continent depuis 1945. Rapidement, certaines propositions sont formulées. Le gouvernement français choisi alors de soutenir l’idée d’une mutualisation des dettes européennes liées à la crise sous le nom de « Coronabonds ». De son côté, Angela Merkel va préférer soutenir le plan de la Commission européenne, dirigée par Ursula Von der Leyen, cherchant à intégrer le dit plan de relance au budget de la Commission (le « cadre financier pluriannuel »). Une différence de taille puisque cette solution conduit les pays à limiter leurs engagements à la hauteur de leur poids économique dans l’ensemble européen. Une architecture qui avait vu le jour au début du mois d’avril, par le travail de trois économistes, Lucas Guttenberg, Sebastian Grund, et Christian Odendahl.

Concomitamment aux discussions alors en cours, le 5 mai dernier, le Tribunal constitutionnel fédéral allemand rendait son jugement concernant son appréciation du plan d’assouplissement quantitatif mené par la Banque centrale européenne depuis 2015. C’est une douche froide, la proportionnalité de l’action de la BCE est mise en cause, et l’espoir de voir confortée la mise en place d’une politique monétaire plus ambitieuse s’amoindri. L’Allemagne d’Angela Merkel se trouve alors dans la position délicate d’un refus simultané sur les questions monétaires et budgétaires. Ainsi, comme le dévoile Reuters dans un article paru ce 20 mai, c’est bien la décision de la Cour de Karlsruhe qui a conduit Angela Merkel à proposer un plan budgétaire plus ambitieux qu’il ne l’était à l’origine, tout en restant de la cadre qu’elle avait elle-même prédéfini ; celui du cadre financier pluriannuel de la Commission européenne.

Cette lecture des événements conduit à une analyse prudente de l’équilibre politique européen actuel. En effet, le plan de 500 milliards d’euros pourrait alors être considéré comme la contrepartie budgétaire offerte par l’Allemagne à la décision des juges de Karlsruhe sur la question monétaire. Une décision qui « doit être respectée » selon les propos d’Angela Merkel. Or, si une solidarité budgétaire est nécessaire au rétablissement des économies européennes, son architecture actuelle la rend temporaire par nature. De plus, le montant affiché de 500 milliards d’euros, soit 3.5% du PIB de l’UE doit être relativisé, eu égard au CARES Act de 2900 milliards de dollars voté par le Congrès des Etats-Unis, soit 14% de PIB du pays.

Le risque encouru par la négociation qui s’annonce au sein du prochain Conseil européen serait de valider un soutien temporaire de l’économie européenne au prix d’un immobilisme monétaire structurel au sein du continent. Une garantie de voir l’Union européenne, et la zone euro avec elle, s’enfermer dans un contexte macroéconomique d’une croissance faible et de son corollaire, le maintien de taux d’intérêts à des niveaux très bas, pour très longtemps.