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Pétrole: «Ce que l’accord d’Alger ne dit pas»

Pétrole: «Ce que l’accord d’Alger ne dit pas»

Passée la surprise de l'accord entre les pays producteurs de pétrole à Alger la semaine dernière vient l'épreuve des faits: que change véritablement cet accord?

Publié sur Agefi Communautés

L’accord de limitation de la production a été une surprise pour l’ensemble du marché. A court terme, l’impact a été très positif avec une hausse de 5%, principalement liée à des couvertures de positions short des traders.

Les raisons de cet accord sont probablement liées à la pression interne de plus en plus forte que subit l’Arabie Saoudite. Le potentiel futur roi Mohammed Bin Salman réalise actuellement des réformes très importantes et très dures, via notamment des coupes dans les salaires d’un peuple qui n’en a pas l’habitude. Il a besoin pour cela d’un prix du pétrole pas trop bas mais pas trop élevé non plus pour que ces réformes soient acceptées, soit entre 40 et 60 dollars.

Une autre raison tient au fait que le monde financier avait tendance à penser que l’Opep était morte, que les prises de décision y étaient devenues impossible. C’est une manière de prouver qu’ils restent dans le jeu. De ce point de vue, la fin de l’intransigeance saoudienne vis-à-vis de l’Iran est à noter, Téhéran étant a priori autorisé à monter sa production jusqu’à 4 millions de barils/jour (le pays envisageait même 4,2 millions après la levée récente de l’embargo) contre 3,6 actuellement. Chacun des camps a, semble-t-il, compris les contraintes de l’autre.

Mais passée la surprise, qu’est-ce que cet accord change vraiment ?

D’abord le chiffre global annoncé de réduction devra être réparti par pays. Sur ce point, il est permis d’avoir des doutes sur la faisabilité d’un tel accord. Car mises en commun, le retour des productions libyenne et nigériennes, actuellement contraintes par des conditions internes, et l’augmentation permise à l’Iran pourraient mener à une hausse de 1 à 1,5 million de barils/jour supplémentaires. Au bout du compte, il faudra donc organiser une baisse supérieure – de la part des autres pays de l’Opep, Arabie Saoudite en tête –  à ce que l’accord d’Alger stipule pour parvenir réellement à faire reculer la production à 32,5 millions de barils contre 33,24 actuellement.

Vient ensuite la question des pays non membres de l’Opep et de la Russie en particulier, qui ne fait pas partie pour le moment de l’accord et qui, à mon sens, devra participer au sommet de Vienne le 30 novembre, qui formalisera réellement cet accord de baisse de production. Moscou n’a pas tendance à suivre les recommandations de l’Opep. Par ailleurs, le pays a augmenté fortement sa production ces derniers temps, surprenant les observateurs par cette hausse alors que les investissements sont en repli en période de prix bas. La tendance optimiste laisserait toutefois penser qu’ils ont un peu trop tiré sur la corde et qu’un recul de la production les arrangerait de toute manière. Mais les premières déclarations du ministre Russe de l’Energie vont dans le sens d’une stabilisation de la production sur sixmois, une coopération plus que minimale et mettant en risque la décision des pays de l’Opep.

La question américaine se pose également. L’Arabie Saoudite n’a pas anticipé la capacité des producteurs outre-Atlantique à baisser les coûts de production dans le pétrole de shiste. Si les prix de l'or noir remontent, il faut s’attendre à ce que ces sociétés se remettent à investir fortement, entraînant une progression de la production américaine. Cela va cependant à l’encontre de la stratégie de l’Arabie Saoudite depuis fin 2014.

Toutes ces inconnues nous mènent plutôt à anticiper une stabilisation de la production Opep aux niveaux enregistrée à la fin du mois d’août plutôt qu’à une baisse. L’accord d’Alger permet de fixer un plancher aux cours du pétrole à court terme autour des 45 dollars et d’éviter une chute plus grande. Voilà pourquoi nous anticipons pour les prochains trimestres une évolution des cours entre 45 et 60 dollars.

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