Pris dans la tourmente de 2022, Carmignac se veut optimiste pour 2023

Réjane Reibaud
Edouard Carmignac veut toutefois faire preuve d’un optimisme « vigilant et prudent », les tensions géopolitiques étant toujours là.

La tonalité était plutôt à l’optimisme du côté des gérants de Carmignac ce jeudi 19 janvier lors de la conférence annuelle de la société de gestion indépendante française. Voulant se tourner vers 2023 plutôt que 2022 où le groupe a reconnu avoir été pris de cours, il est vrai comme tout le monde, par l’invasion de l’Ukraine par la Russie et ses conséquences, cette nouvelle année doit permettre à ses gérants de conviction « de s’illustrer », a dit Kevin Thovet, membre du comité d’investissement.

Une illustration qui n'a pas pu avoir lieu en 2022. Devant un Pavillon Gabriel rempli à ras bord, le groupe n’a communiqué aucun chiffre sur son activité. Mais interrogé par NewsManagers, il indique avoir terminé l’année sur un encours de 32,1 milliards d’euros contre plus de 41 milliards fin 2021, soit une baisse de 23%. Outre l'effet marché négatif, le groupe semble avoir été aussi en forte décollecte, "mais le plus fort de la décollecté était au premier semestre et les clients reviennent en net depuis un peu plus d'un mois environ" constate une source interne. Alors que les marchés actions et les marchés obligataires ont reculé en 2022, le fonds phare Carmignac Patrimoine (le FCP), doté des deux classes d'actifs, affiche une performance négative de près de 10% sur l’année avec un encours de 7,7 milliards fin 2022.

Durant la conférence, le chef économiste maison Raphael Gallardo a basé sa thèse macroéconomique 2023 sur un nouvel environnement de « désynchronisation des économies dans la décélération ». Les moteurs de croissance devraient ainsi pivoter des Etats-Unis vers l’Europe et la Chine. Les anticipations de croissance du PIB ont été revues à la hausse dernièrement pour toutes les zones géographiques. L’Europe devrait rester en légère croissance car elle a bénéficié de températures clémentes jusqu’à présent, qui ont évité une crise énergétique et les entreprises ont su relativement s’adapter à cette situation ainsi qu’à l’inflation. Aux Etats-Unis, la récession pourrait se produire au troisième trimestre, la consommation se montrant résiliente jusque là. Et enfin, la Chine bénéficiera d’une reprise accélérée après la fin de la politique zéro Covid. Raphael Gallardo prévoit une « reprise explosive » dans la consommation des services au deuxième trimestre.

Edouard Carmignac estime que dans cet environnement, le marché actions européen pourrait bien surperformer le marché américain, « pour la première fois depuis au moins 10 ans ».

L’obligataire bénéficie aussi déjà de « rendements embarqués », a rappelé Rose Ouahba, responsable de la gestion obligataire, dans le crédit, la dette émergente et même la dette souveraine. En Europe, les yeux de la gérante se tournent vers l’Italie « qui va profiter d’une décrue de l’inflation » et de la Grèce « qui va enfin accéder au rang ‘investment grade’ après la chute de son ratio de dette sur PIB ».

« Avec les changes, on peut amplifier ces rendements », a rappelé Edouard Carmignac. Si le dollar a joué un rôle protecteur en 2022 (en particulier sur Carmignac Patrimoine), pour 2023, la boutique parie davantage sur l’euro, le yen et le yuan ainsi que des pays qui pourraient profiter de la réouverture chinoise comme l’Indonésie et le Chili.

Edouard Carmignac veut toutefois faire preuve d’un optimisme « vigilant et prudent », les tensions géopolitiques étant toujours là. « La guerre en Ukraine est une catastrophe et elle n’est pas soutenable » a-t-il notamment évoqué.  Il estime que la Russie « pourrait lancer une offensive au plus tard au printemps prochain et peut-être même fin février »