Gérard Maurin, président-fondateur de l’Association Collectif Porteurs H2O

« Nous allons être accompagnés par un fonds de litigation finance contre H2O »

Jean-Loup Thiébaut
L’Association Collectif Porteurs H2O, qui défend les investisseurs qui s’estiment lésés par l’affaire H2O AM/Windhorst, se prépare à un potentiel procès. Gérard Maurin, son fondateur, qui est aussi un gérant de patrimoine indépendant du cabinet Mesnil Finance, nous détaille ses avancées et ses objectifs.

Newsmanagers : En tant que CGP, comment vivez-vous ce feuilleton qui dure maintenant depuis plus de deux ans ?

Je suis un ancien gérant du Crédit Agricole et j’y ai géré pendant quelques années un fonds équivalent à Multibonds. J’ai d’ailleurs croisé dans cette maison Bruno Crastes, qui est arrivé un peu avant mon départ. J’ai donc conscience qu’il est compliqué de prévoir l’évolution des marchés financiers. Les performances négatives font partie du métier de conseiller en gestion de patrimoine. Mais j’ai besoin de comprendre pourquoi j’ai fait perdre de l’argent à mes clients, afin de m’améliorer, et aussi de rendre compte à ces derniers. Dans le cas de H2O AM, je me suis demandé comment ils avaient pu en arriver à se retrouver avec 30% d’actifs bloqués. En me documentant, j’ai compris qu’il ne s’agissait pas d’une simple matérialisation d’un risque de crédit, mais d’une faute moins avouable. Dès lors, je me devais de demander réparation pour le compte de mes clients.

Est-ce que vos clients chez Mesnil Finance sont toujours investis chez H2O AM ?

J’ai quelques clients avec des profils de risque importants qui ont conservé des lignes chez H2O AM. Ils sont notamment investis dans le fonds Allegro, qui connait une forte volatilité, mais dont la performance depuis le début de l’année est bonne. Je pense honnêtement que ce sont de bons gérants en global macro chez H2O AM, et j’apprécie notamment le travail de Vincent Chailley.

Avez-vous perdu des clients depuis le début de l’affaire ?

Non, et j’en ai même gagnés. Il est normal que des problèmes arrivent dans notre métier, et les clients veulent dans ce cas que l’on s’occupe d’eux. J’ai notamment récupéré des investisseurs détenant des parts dans des fonds H2O AM dont leurs banques ne s’occupaient pas. Ils ont apprécié que je leur explique la situation et comment je comptais récupérer leur argent. Je conseille souvent mes confrères d’inscrire leurs clients à l’association, et j’ai peur que ceux qui ne s’occupent pas du sujet aient du mal à expliquer peut être un jour à leurs clients, pourquoi  ils n’auront pas été indemnisés.

Quel montant d’indemnisation comptez-vous obtenir ?

Notre ambition est que nos membres soient indemnisés des pertes qu’ils ont subies. Le montant des préjudices est toutefois difficile à estimer. Nous verrons ce qui ressort de l’expertise menée par Eric Pinon, dont le rendu est attendu le 21 décembre prochain. Cette expertise doit permettre notamment de connaître les prix d’achats, de possible vente, la moins-value enregistrée et le manque à gagner avec l’argent qui dort depuis tout ce temps.

Nous restons toutefois ouverts à une procédure à l’amiable. Mais s’il y a bien une faute caractérisée et aucune négociation, nous ferons nos calculs et démarreront une procédure judiciaire au premier trimestre 2023. Par ailleurs, nous allons clore les adhésions à l’association au 15 décembre afin d’éviter les effets d’aubaines.

Comment comptez-vous financer ce procès ?

Nous venons de signer un partenariat avec Deminor, un fonds de litigation finance. Ce sont des spécialistes des litiges financiers, et ils ont notamment défendu des investisseurs dans l’affaire Madoff. Ils possèdent une double expertise de financement des procédures et de gestion de l’administratif. Ils vont ainsi gérer le suivi des 1.200 personnes adhérant à l’association.

Nous étions à la recherche d’un partenaire, car notre avocat est pour le moment uniquement rémunéré au succès. Désormais, Deminor finance les frais d’avocats, d’expertise, des frais annexes, et le suivi administratif. En cas de succès à l’amiable ou au pénal, ils conserveront 25% hors taxe de la somme récupérée.

Avez-vous déjà reçu des tranches de remboursement de la part du créancier ?

Le remboursement des obligations a été repoussé une nouvelle fois. Le groupe Tennor a déclaré récemment qu’il allait verser quelques 550 millions d’euros, mais nous savons qu’ils ne sont pas dans une bonne situation financière. La partie adversaire est consciente que son dossier n’est pas bon, que les investissements dans ces titres n’ont pas été réalisés pour des raisons rationnelles et économiques. Elle promet des avancées pour sauver les meubles et faire preuve de bonne volonté.