Au fil du patrimoine

Marne & Finance, les CGP bloqués

Expectative - Le tribunal de commerce de Paris n’a pas homologué le projet de rachat du groupe par la société Pierres & Marines.
REA

Quand le calvaire des conseillers en gestion de patrimoine (CGP), pris au piège de la faillite de Marne & Finance, prendra-t-il fin ? Cela fait maintenant deux ans et demi qu’ils tentent de faire sortir leurs clients de leur placement Immo Capital Builder System (ICBS) qui les faisaient investir dans des murs de l'enseigne Bio c'Bon. Ils n’en peuvent plus d’attendre la résolution d’une affaire qui n’en finit décidément pas. Elle a pourtant failli connaître un rebondissement il y a quelques jours.

Assemblées générales express

Lundi 12 septembre, le tribunal de commerce de Paris devait se pencher sur une partie du dossier. La société Pierres & Marines, dirigée par Patrick Schiltz, ambitionne de trouver un accord de reprise de la foncière de Marne & Finance. Pour cela, elle a lancé une opération de fusions-acquisitions express des 140 sociétés détenant les murs des magasins dans lesquelles les épargnants ont investi. La structure rassemblant ces titres serait dans un second temps introduite en Bourse. Si l’opération peut sembler viable, elle souffre en réalité de plusieurs failles.

En premier lieu, la procédure de fusions-acquisitions présenterait plusieurs irrégularités. Les épargnants, détenteurs de parts dans les sociétés cibles, devaient donner leur accord au projet. Une assemblée générale (AG) était donc nécessaire pour les rassembler et obtenir leur feu vert. Sans doute pressée par le temps, Pierres & Marines a organisé les AG début septembre et envoyé les convocations en plein mois d'août. Les absents étaient donc nombreux, d’autant que plusieurs épargnants se seraient plaints de ne pas avoir reçu de convocation.

Au-delà de ces irrégularités, investisseurs et CGP se plaignent de l'attitude de Marne & Finance à leur égard depuis le début du contentieux.  Ils affirment que le groupe garde le silence et les maintient volontairement dans le flou en ne leur donnant que des bribes d'informations. « Notre crainte est que des restructurations s’opèrent au détriment des investisseurs ICBS (lire l'encadré, NDLR), se plaignait déjà Christophe Delabroye, conseiller en ingénierie fiscale et stratégie immobilière chez Altair Strategic, dans nos colonnes fin juillet. Or les seules informations tangibles et vérifiables dont nous disposons sont celles publiées au greffe. Sinon les réponses sont lacunaires. » Pire, ils redoutent que l'introduction en Bourse ne tourne en leur défaveur. Ils passeraient ainsi de parts de sociétés détenant des murs de commerce à des actions dont ils ignorent la valeur et qui seraient dans tous les cas plus volatiles que le placement à sous-jacent immobilier auquel ils avaient initialement souscrit. Une note d’information qui a circulé évoquerait a minima une décote de 70 %. Sans oublier l’importance du facteur psychologique. Ereintés par ce scandale financier sans fin, il est fort à parier que nombre de ces épargnants aux prises avec Marne & Finance depuis deux ans et demi s’empressent de vendre leurs actions dès que possible. Une fuite compréhensible mais qui ferait chuter d’autant la valorisation des titres.

« Le véritable problème dans toute cette affaire, c’est que l’on n’a aucun chiffre ! disait encore Christophe Delabroye. Il est difficile de faire des propositions réalistes alors que nous manquons d’informations importantes. La seule chose que nous savons avec certitude à ce stade est que nos clients seraient perdants avec l’introduction en Bourse. Marne & Finance doit expliquer ce qu’elle envisage pour les particuliers investisseurs ICBS. »

Des CGP impuissants… mais en résistance !

L’audience étant fermée, peu d’informations ont fuité de l’avis du tribunal de commerce de Paris du 12 septembre sur le dossier présenté par Pierres & Marines et Marne & Finance. Tout juste sait-on que l’homologation attendue n’a pas été délivrée. Résultat : les investisseurs et les CGP sont toujours dans le flou. Difficile pour eux de comprendre les prochaines étapes de cette procédure qui leur semble tant opaque.

Les conseillers n’ont aucune marge de manœuvre juridique pour défendre les intérêts de leurs clients. Pour pouvoir déposer un recours, ils doivent en effet avoir un « intérêt à agir né et actuel ». Charge aux épargnants donc de se saisir du dossier. Ils peuvent éventuellement contacter le conciliateur chargé de l’affaire, mais sans garantie de succès. La clientèle patrimoniale se trouve ainsi obligée de se mobiliser directement. Un changement qui peut être compliqué à opérer pour certains, ceux dont le CGP est plus qu’un conseiller financier mais qui peut les guider aussi dans d’autres domaines.

Pourtant, pas question pour eux de rester les bras croisés.Mobilisés , ils sont quelque 80 cabinets à s’être regroupés au sein de l’association Unicif dont Christophe Delabroye est le président. « Nous invitons les autres CGP à nous rejoindre s’ils le souhaitent et à ne pas rester isolés face au mutisme de Marne & Finance », lançait-il dans nos colonnes cet été. Au total, les CGP de l’Unicif représentent 1.200 clients, 1.600 contrats ICBS (sur un total de 5.500) pour un montant d’encours de 120 millions d’euros (sur 480 millions).

Leur regroupement a partiellement fonctionné puisqu’ils ont été reçus à six reprises par les présidents de Marne & Finance (Thierry Brissaud, puis Patrick Schiltz) mais sans débloquer totalement la situation. « Ils ne nous ont jamais donné d’information précise sur la santé financière du groupe », regrettait Christophe Delabroye.

Lui, l'Unicif, les CGP et l'ensemble des investisseurs restent donc dans l'expectative du prochain chapitre de cette histoire sans fin.


L'AFFAIRE ICBS

Créé par Marne & Finance, le placement ICBS Immo Capital Builder System (ICBS) a été largement distribué pendant plusieurs années par les CGP. Le fonds investissait dans des murs de commerces Bio c'Bon et garantissait à ses souscripteurs un rendement de 5 % à 6 % par an, capital garanti, avec une sortie possible à partir de la cinquième année.

Fin 2019, Marne & Finance a arrêté de répondre aux demandes de rachats de ses clients pour cause de difficultés financières. Pour sortir de la crise, le groupe a proposé une série d’avenants aux épargnants et comptait sur leur CGP pour les faire accepter. Si certains ont signé, 5.500 se trouvent toujours englués dans leur placement.