L’inflation s’invite dans les allocations des institutionnels français

Laurence Pochard
L’Af2i brosse un paysage d’investissement pour 2021 où l’obligataire s’estompe en faveur des actions, mais 2022 devrait apporter des changements.

L’ère des taux durablement bas s’achève, bousculant les plans des investisseurs institutionnels. L’Association française des investisseurs institutionnels (Af2i), présidée par Hubert Rodarie,  a sondé ses membres, et les répondants, qui disposent collectivement de 2.391 milliards d’actifs sous gestion hors unités de compte, semblent voir le vent tourner.  

L’inflation s’est ainsi clairement imposée dans leurs allocations. Interrogés sur l’année 2021, ils étaient 39,6% à l’intégrer dans l’allocation stratégique, 28,3% dans leur allocation tactique et 13,2% déclarent se pencher sur le sujet courant 2022. Soit 87% de prise en compte du phénomène en 2021, contre 71% en 2020. Et le sujet compte, car un tiers des sondés estiment que leur portefeuille n’est pas suffisamment protégé contre une reprise de l’inflation. Une crainte à rapprocher de la forte proportion d’obligataire à taux fixe encore détenue.

L’obligataire a perdu du souffle

L’obligataire, la traditionnelle classe d’actifs dominante dans les portefeuilles, connait une baisse continue depuis les quatre derniers pointages de l’Af2i avec 71,5% en 2018, 68,3% en 2020 et 64,8% en 2021, soit une érosion de 3,5% en un an. L’investissement en obligations compte pour 67,2% des actifs chez les assureurs, mais ne pèse que 53,9% des actifs des acteurs de la retraite et prévoyance.

Au sein de la famille obligataire, les titres d’Etat sont en forte baisse chez tous les investisseurs et ne pesaient en moyenne à fin 2021 que 53,8% de la poche. Les autres papiers les plus prisés sont les corporates non financières (21,2%) et les corporates financières (16,2%).  

De façon générale, les investisseurs ont joué la sécurité l’an passé avec 95,5% des obligations détenues notées investment grade, le reste se répartissant presque équitablement entre high yield et non-noté. Les institutionnels ont privilégié les taux fixes pour 84,7% de leur allocation obligataire, à l’exception notable de la catégorie des «autres entités réglementées» (ni assureurs, ni caisses de retraites) qui les favorisent à 53,1%, mais orientent 22,4% de la poche vers des titres à taux variables et 23,3% vers des obligations indexées sur l’inflation. Enfin, les plus petits institutionnels, ceux qui gèrent moins de 2 milliards d’euros, se sont concentrés sur les maturités courtes, avec 68,1% de leur portefeuille obligataire doté d’une maturité comprise entre 1 et 5 ans.  

Les actions en forme

Les actions ont repris des couleurs en 2021 avec la plus forte proportion au sein des portefeuilles depuis 2018 : 14,8% des actifs (12,8% en 2020). L’exposition aux actions reste toutefois moins forte chez les assureurs en raison des contraintes réglementaires auxquelles ils sont soumis avec une part de 8,9% de leurs portefeuilles, alors que pour les institutions de retraite et de prévoyance elle grimpe à un quart des actifs, et même à 26,2% pour les autres entités réglementées. Ces dernières sont par ailleurs les plus friandes d’infrastructures, avec en moyenne 2,3% de leurs placements dans la classe d’actifs, contre seulement 0,9% du côté des assureurs et 1,2% pour les métiers de la prévoyance. Les autres entités se distinguent aussi par leur allocation aux liquidités de 5,7%, alors que les autres investisseurs institutionnels conservent tous une part plus modeste, de 4%.

L’immobilier est remonté légèrement à 6,5% pour l’ensemble des acteurs, sa plus forte représentation depuis quatre exercices. En 2021, les investissements immobiliers ont représenté 156 milliards d’euros dans l’échantillon des membres de l’Af2i, en hause de 9,3%. Dans le détail, la pierre cristallise 7,1% des actifs des assureurs, mais seulement 2,9% de ceux des autres entités réglementées. Les bureaux concentrent 55,2% des investissements, suivis du résidentiel (17,1%) et des commerces (12%).

A noter que les prêts connaissent un fort bond, passant de 3,3% à 4,9% entre 2020 et 2021 pour l’ensemble des acteurs considérés. Pour les actifs non cotés, il est notable de constater que le capital investissement a pris 50% en quatre ans, passant de 1% en 2018 à 1,5% en 2021. Les proportions restent modestes dans les portefeuilles, mais les plus engagés sont les spécialistes de la retraite et de la prévoyance, qui y consacrent 1,7% de leurs actifs. L’appétit des investisseurs envers le non-coté reste toutefois palpable : le capital investissement et l’infrastructure sont les deux seules niches que les investisseurs veulent étoffer en 2022.