L'industrie mondiale des fonds a frôlé le record de décollecte au deuxième trimestre

Adrien Paredes-Vanheule
Aux Etats-Unis et en Europe, les chutes d’encours observées sont de l’ordre de 12% et 6,9% en devise locale.
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L'industrie mondiale des fonds traverse une année 2022 extrêmement compliquée après plusieurs crus favorables voire très favorables. Les encours internationaux des fonds d’investissements ouverts (fonds de fonds inclus) ont baissé de 5,5% (-3.685 milliards d'euros) au deuxième trimestre 2022, revenant à 61.982 milliards d’euros à fin juin 2022. Ces actifs étaient répartis dans 152.888 fonds distribués sur 46 marchés à travers le monde selon les statistiques publiées ce mercredi par l’association européenne de la gestion d’actifs Efama. Depuis le début de l'année, les fonds ouverts dans le monde ont perdu environ 8% de leurs encours.
Seule la Chine a réellement résisté à la morosité ambiante avec une croissance nette de ses encours de 7% (en devise locale) sur le deuxième trimestre. Aux Etats-Unis et en Europe, les chutes d’encours observées sont de l’ordre de 12% et 6,9% (en devise locale), ce qui situait les patrimoines respectifs de ces deux marchés à 34.209 et 18.708 milliards d’euros à fin juin.

Une décollecte presque record

L’industrie a décollecté de 138 milliards d’euros sur la période après un premier trimestre témoin de la plus faible collecte nette depuis 10 ans (92 milliards d’euros de collecte nette). Les facteurs sont multiples : inflation galopante, conséquences du conflit russo-ukrainien, remontée des taux ou encore craintes d’une récession mondiale. Il s'agit de la deuxième plus grosse décollecte trimestrielle de la gestion d'actifs mondiale en 19 ans, soit aussi loin que les archives des statistiques de l'Efama encore disponibles sur Internet permettent de remonter. Le chiffre s'approche de celui enregistré au troisième trimestre 2008, épicentre calendaire de la grande crise financière de 2008. L'Efama avait fait état d'un niveau de décollecte de 218 milliards de dollars dans les fonds ouverts mondiaux, soit 140 milliards d'euros au taux de change de l'époque d'après les documents de l'association consultés par NewsManagers.
Dans le détail, les fonds de long terme ont enregistré des sorties de 172 milliards d’euros au deuxième trimestre tandis que le premier avait vu une collecte nette de 281 milliards d’euros. Les fonds monétaires ont fini la période dans le vert avec des entrées nettes de 34 milliards d’euros, qui n’effacent cependant pas les 189 milliards d’euros de sorties observées au premier trimestre.
Côté classes d’actifs, les fonds obligataires ont subi de plein fouet le contexte économique, enregistrant 116 milliards d’euros de décollecte nette, qui se sont ajoutés aux 50 milliards évaporés au premier trimestre 2022. Les fonds actions et multi-actifs ont été moins impactés mais ont terminé le trimestre en négatif eux aussi (- 61 et - 54 milliards d’euros de sorties respectivement contre 184 et 90 milliards de collecte au premier trimestre).

La Chine seule devant

Le marché des fonds chinois s’est classé en tête des meilleures collectes nettes du deuxième trimestre (fonds de fonds inclus), attirant plus de 120 milliards d’euros de nouveaux capitaux dont près de 76 rien que pour les fonds monétaires. La Chine précède nettement l’Allemagne et le Brésil qui ont collecté respectivement 18 et 8 milliards d’euros sur la période.  
A contrario, les Etats-Unis ont subi la plus grosse décollecte nette du trimestre (-187 milliards d’euros), suivis par le Luxembourg (-58 milliards) et les Pays-Bas (-33 milliards). Dans sa globalité, le marché européen des fonds (Royaume-Uni inclus) a décollecté pour un montant de 88,7 milliards d’euros après avoir affronté des rachats nets de 109 milliards d'euros au premier trimestre.
Le marché des fonds ouverts en France (fonds de fonds inclus) a enregistré des rachats nets de 9,4 milliards d’euros entre avril et juin. Les investisseurs français sont sortis des fonds monétaires à hauteur de 9,5 milliards d’euros ainsi que des fonds actions (-1,8 milliard) et garantis (-1,3 milliard). Ils ont en revanche alloué respectivement 2,1 et 1 milliard d’euros aux fonds multi-actifs et obligataires.