L'heure de vérité pour les fonds H2O

Les fonds ouverts ont permis de limiter la casse. Leurs performances positives et même en forte croissance pour certains compensent celles des fonds cantonnés.

L’attente a été longue, mais jeudi 13 janvier, H2O AM a enfin publié les valorisations estimées (1) de ses fonds cantonnés ou « side pockets ». Les chiffres ont beaucoup fait parler depuis, y compris dans nos colonnes.

Pour mémoire, suite à des problèmes de liquidité H2O AM a décidé le 1er octobre 2020 de scinder dix fonds entre d’un côté des fonds ouverts et de l’autre des fonds cantonnés. Depuis, les fonds ouverts réalisent des performances honorables pour certains, exceptionnelles pour d’autres et les fonds cantonnés enchainent les baisses (estimées). Mais pour un investisseur lambda, qu’est-ce que cela donne au global ?

La rédaction s’est procurée l’extrait d’un document diffusé par la société gestion présentant concrètement la valeur actuelle de chaque fonds (ouverts et cantonnés) en partant d’une base 100 au moment de la scission.

Ce tableau nous apprend une chose importante : depuis la séparation, les investisseurs n’ont, au global, pas perdu un seul euro (au 12 janvier 2022). Prenons l’exemple de la part retail (R) du fonds le moins performant : H2O Adagio. Pour 100 euros détenus à la veille de la scission 91,38 euros ont été laissés sur le fonds ouvert et 8,62 euros sur le fonds fermé. Un an et trois mois plus tard ces valeurs sont devenues 98,59 euros sur le fonds ouvert et 4,86 sur le fonds fermé. Au total, l’investisseur conserve donc 103,45 euros soit une performance moyenne de 3,45% en un peu plus de 15 mois. C’est évidemment léger au regard de la performance des marchés sur la période, mais ce n’est pas négatif comme on pouvait le craindre.

Mieux, certains fonds ont réussi des performances exceptionnelles, comme H2O Multiequities. Sur ce dernier, pour 100 euros détenus à la veille de la scission 86,23 euros ont été affectés au fonds ouvert et 13,77 euros au fonds fermé. Au 12 janvier 2022, ces valeurs sont devenues 198,64 euros sur le fonds ouvert et 7,90 euros sur le fonds fermé. Au global, l’investisseur dispose cette fois d’un pécule de 206,54 euros soit plus du double de sa mise de départ !

Tennor, la clef des fonds cantonnés

Attention cependant aux conclusions hâtives. Ces bonnes nouvelles « au global », dépendent également en partie de la valorisation estimées des sides pockets. Or, ces dernières tablent beaucoup sur le remboursement par Tennor de la note conclue avec H2O AM. Et si cet accord est sécurisé par des actifs, la société de Lars Windhorst n’en est plus à une (mauvaise) surprise près.

Du côté d’H2O AM, on ne souhaite pas commenter les différentes performances. La valeur estimée total des side pockets approche le milliard d’euros (contre 1,6 milliard il y a 6 mois). Les mauvaises performances publiées hier ne sont donc pas anecdotiques. Trois éléments ont contribué à la baisse des valorisations estimées de ces fonds cantonnés :

- L’évolution des titres qui les compose ;

- L’absence de remboursements partiels intermédiaires sur la note émise en juin dernier pour réorganiser les titres des side pockets ;

- La décision du tribunal d’Amsterdam qui avait déclaré le groupe Ténor en défaut avant de l'annuler.

Cap sur l’avenir

Désormais, l’objectif de H2O AM est de regagner la confiance de ses investisseurs. Une confiance que les équipes n’estiment « pas perdue et qu’il faut entretenir ». Des efforts de pédagogie devront être fait pour expliquer en détail aux conseillers financiers la manière très « sportive » avec laquelle H2O AM gère ses actifs. Car a l’image de Multibonds, certains fonds sont encore mal catégorisés ou mal perçus par une partie de la profession.

«La récurrence de performances calendaires exceptionnelles a pu parfois faire oublier la volatilité associée à certains fonds de la gamme H2O. Quand vous affichez des performances entre 20% et 30% pendant plusieurs années, on oublie parfois les baisses sur des événements ponctuels comme le Brexit, ou sur la crise européenne de 2011, qui ont impacté les fonds H2O», rappelle un observateur.

Outre cette volatilité mal appréhendée, c’est souvent le manque de communication qui est reproché à la firme de Bruno Crastes. C’est notamment le cas sur ces fameux fonds cantonnés. «Le manque de communication peut être mal perçu, mais ces fonds détiennes désormais des titres privés et il est donc nécessaire d’attendre que les choses soient certaines, plutôt que de spéculer, avant de communiquer», explique une source proche du dossier. La société de gestion a en tout cas bien conscience de ses limites sur ce sujet puisqu’elle a récemment réalisé plusieurs recrutement pour muscler son pôle de communication. Espérons que ces nouvelles arrivées changeront certaines habitudes et instaureront une transparence que beaucoup d’investisseurs appellent de leurs vœux.

(1) Les fonds cantonnés étant fermés depuis le 1er octobre 2020 les valeurs publiées le 13 janvier ne sont pas liquidatives.