Les taux réels gagnent à leur tour du terrain

Xavier Diaz
La hausse des taux longs s’est accentuée vendredi, les taux réels prenant le relais des anticipations d’inflation.
(Pixabay)

La remontée des taux longs, aux Etats-Unis comme en Europe, prend une nouvelle dimension. Les taux réels suivent désormais le mouvement. «Jeudi, la hausse des rendements réels a été le moteur de la remontée des taux nominaux plus que les anticipations d’inflation, souligne Jim Reid, stratégiste chez Deutsche Bank. Le rendement des obligations indexées sur l’inflation américaine (TIPS) à 10 ans a grimpé de 6,9 points de base (pb) à -0,9% pour la première fois depuis novembre quand les breakevens à 10 ans ont baissé de 4,5 pb, à 2,17%. Avec le même narratif en Europe». Et ce mouvement s’est poursuivi vendredi. Le taux réel à 30 ans est même repassé en territoire positif pour la première fois depuis juin. Le rendement à 10 ans nominal prenait 5 pb, à 1,34% et celui à 30 ans 6 pb, à 2,14%. Depuis le début de l’année, les Treasuries 30 ans perdent 10% (en total return), ce qui en fait le pire début d’année depuis 2013 selon Bank of America.

Un mouvement imité par les taux européens. «Depuis le début de l’année, la courbe réelle de l'euro s'est repentifiée», note Adam Kurpiel, stratégiste taux chez Société Générale CIB. La baisse des taux courts est due à une réévaluation plus élevée des anticipations d'inflation alors que les taux nominaux restent ancrés. La hausse des maturités longues est liée à la reconstitution de la prime de terme réelle en raison des importantes émissions à long terme et à la dynamique de reflation. «Pour l’heure, ces taux réels plus élevés reflètent la bonne performance économique américaine et l’espoir d’une reprise plus forte à venir», affirme le stratégiste de SG CIB.

La dynamique de la courbe réelle est un sujet d’attention pour les banques centrales en raison du lien avec les conditions financières. Les dernières «minutes» de la BCE notent «qu’une hausse plus soutenue des taux réels pourrait rapidement réduire l’attrait relatif des actions et du coup risquer un repricing plus large». La hausse des taux réels peut se faire pour de bonnes raisons - elle s’accompagne d’une croissance économique et n’est pas négative pour les actifs risqués - ou pour de mauvaises - elle s’accompagne alors d’une hausse des primes de terme en raison de l’accroissement des déficits publics et des besoins de financement. Vendredi, alors que les places boursières européennes ont terminé en hausse (+0,9% pour l’indice Euro Stoxx 50), Wall Street a fini en ordre dispersé sur fond de rotation des valeurs de croissance vers les cycliques (-1,6% pour le Nasdaq sur la semaine).