Les sélectionneurs de fonds vont privilégier les gestions actives pour 2021

Jean-Loup Thiébaut
L'émergence de déséquilibres conduit désormais les sélectionneurs de fonds à chercher plus de risque, notamment au sein de gestions actives.
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La crise du Covid-19 va profondément modifier les allocations d'actifs, pour encore quelques temps, selon les résultats de l'enquête mondiale annuelle de Natixis Investment Managers sur les sélectionneurs de fonds. Et l'émergence de déséquilibres les poussent à chercher plus de risque, notamment au sein de gestions actives, après des années de croissance des fonds passifs.

Le premier constat des répondants, qui représentent 12.700 milliards de dollars d'actifs, est que le covid a provoqué un changement de régime. Ainsi, 60% des acheteurs professionnels de fonds estiment que la situation est là pour durer, et deux-tiers pensent l'économie mondiale ne se rétablira pas en 2021. Mais si 60% des répondants estiment que les politiques prises dans leurs pays respectifs ont été inefficaces jusqu'ici pour contrer la pandémie, du point de vue économique, ils sont toutefois confiants (80%) dans les capacités des banques centrales à soutenir le marché en cas de nouveau ralentissement.

Les risques anticipés par les sélectionneurs de fonds sont donc, cette année encore, portés sur les mêmes indicateurs, avec la volatilité en tête des réponses (49%), suivie par les taux négatifs (39%), l'inflation (37%), le resserrement du crédit (34%) et les problèmes de liquidité (25%). Et la quasi-totalité des professionnels interrogés (94%) s'attend à une correction sur les marchés, sans toutefois être d'accord sur les classes d'actifs qui seront touchées (voir graphique). Les valeurs technologiques et les cryptoactifs sont les segments les plus susceptibles de se retourner, selon les personnes interrogés, à l'inverse de l'univers du non-coté.

2021 Professional Fund Buyer Outlook, Natixis IM

Graphique tiré de l'étude "2021 Professional Fund Buyer Outlook", par Natixis IM

 

Dans ce contexte, les positions offensives sont privilégiées. Les sélectionneurs vont augmenter légèrement leurs positions en actions, à 45,6% (+1,4 point), et dans les alternatifs (16,2%, +1,3 point), et baisser la part des obligations à 31,6% (-2,4 points) et du cash (5,3%, -0,5 point). Considérant que la value va surperformer la croissance cette année, ils sont également trois sélectionneurs sur cinq à privilégier les petites capitalisations par rapport aux grandes. La surperformance attendue des marchés émergents par rapport aux marchés développés se situe au même niveau.

 

De ce fait, les stratégies actives continuent d'être plébiscités. Ils sont 83% à penser que les conditions de marché en 2021 favorisent ce type de gestion. Et ils sont encore 72% à les préférer aux ETF, tandis que 59% pensent augmenter la part de fonds actifs dans leurs buy-lists. La performance va également provenir du non coté, puisqu'ils sont 50% à vouloir augmenter la part de fonds de private equity. Ils sont toutefois 63% à craindre que ce segment soit touché par un afflux trop important d'argent, qui renchérirait les coûts des acquisitions, et en même temps, ils sont 54% à avoir peur d'une crise de liquidité.

Enfin, le grand gagnant de 2020 reste toutefois l'ESG, avec 77% des interrogés qui déclarent vouloir augmenter leur part dans les buy-lists. Ils sont aussi 65% à vouloir augmenter l'achat d'obligations vertes, quand l'allocation obligataire dans son ensemble est en recul.