Les prix du pétrole remontent en flèche

Fabrice Anselmi
Les cours ont gagné plus de 10% en neuf jours de hausse, portés notamment par les espoirs de reprise économique.

Le pétrole a poursuivi un rallye de neuf jours de hausse consécutifs inédit depuis deux ans, avec un bond de près de 12% depuis la fin janvier. Cette séquence est soutenue par divers facteurs : les réductions de production maintenues début janvier à un certain niveau pour février et mars par les pays producteurs de l’Opep+ - Arabie saoudite en tête -, ainsi que les espoirs de déploiement des vaccins qui entraîneront une reprise de la demande et de l’économie mondiale.

Chute des stocks américains

Les cours ont donc encore progressé mercredi de +0,6% à 58,80 dollars/baril pour le contrat mars 2021 sur le brut WTI et à 61,50 dollars/baril pour le contrat avril 2021 sur le Brent. Après que l’American Petroleum Institute a alerté sur une baisse des stocks de brut, l’Agence américaine de l’énergie (EIA), qui avait révisé ses prévisions de cours au regard d’une production américaine qui devrait être réduite à 11 millions de barils/jour (mbj) cette année, a confirmé mercredi une chute hebdomadaire des stocks américains de 6,6 millions de barils, au lieu d'une hausse de 1 million. Une combinaison de raffinage plus intense et d’importations moindres... «Les Etats-Unis retrouvent le niveau de stocks de début avril 2020 grâce à un marché en déficit : la demande profite d'un bon redémarrage de la mobilité, même si elle ne retrouvera pas la normalité avant 2022. La demande mondiale est également revenue à 93-94 mbj, soutenue par la forte activité des pays émergents (Chine, Inde, Brésil) et par le froid de cet hiver, également aux Etats-Unis où la consommation de propane atteint des niveaux records», note Giovanni Staunovo, analyste chez UBS, pour qui elle devrait se retrouver à la normale de 100 mbj au deuxième semestre.

Utilisation comme protection contre l’inflation

Certains analystes comme Rystad Energy estiment que les prix sont trop remontés au regard des fondamentaux, essentiellement grâce aux coupes de l’Opep+, qui semblent très bien respectées, et pourraient reculer si la demande ne devait pas se redresser autant qu’ils l’induisent. «Nos prévisions pour le Brent sont actuellement autour de 63 dollars/baril pour le deuxième semestre, mais les prix pourraient les dépasser si les stocks continuent à chuter aussi vite», poursuit Giovanni Staunovo, notamment en fonction des vaccins. Selon lui, les financiers joueront un rôle en utilisant le pétrole comme protection contre l’inflation, d’autant que, avec la détente sur les espaces de stockage, les cours sont repassés fin novembre dans une phase de «backwardation», quand les contrats pour livraison immédiate ou à court terme coûtent plus cher que les contrats à long terme. En l’occurrence, avec un potentiel de gains de 6% à 9% sur un an juste au bénéfice des roulements de contrats.