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Les gérants lancent la bataille du PEA PME

Les gérants lancent la bataille du PEA PME

Les maisons spécialisées dans les valeurs moyennes proposent des fonds éligibles avec des stratégies de développement et d’investissement diverses

La banque privée Oddo a fait salle comble, mi-mars, pour présenter dans ses bureaux parisiens le dernier produit en vogue : le PEA PME. « Nous sommes très enthousiastes, soulignait un banquier en marge de cette réunion. C’est très positif pour l’ensemble de l’industrie après plusieurs années compliquées. » La Place de Paris est en effet en ébullition depuis plusieurs mois dans l’attente de cette nouvelle enveloppe fiscale qui permet aux particuliers d’investir jusqu’à 75.000 euros dans des entreprises de taille intermédiaire (ETI) et des petites et moyennes entreprises (PME).

De fait, les sociétés de gestion n’ont pas tardé à dégainer leurs offres, y compris, récemment, Lyxor, avec un ETF éligible au PEA PME (lire page 39). Certaines maisons ont annoncé des produits avant même de connaître les contours précis de la loi, telles que Financière de l’Echiquier, dès l’automne dernier. Ce spécialiste reconnu du stock-picking sur les valeurs moyennes avait profité de l’occasion pour refondre et relancer un fonds investi en valeurs moyennes françaises, Echiquier Junior, en l’élargissant aux titres européens et en le renommant Echiquier Entrepreneurs. Depuis, la plupart des maisons françaises présentes sur le segment des small caps se sont lancées dans la bataille du PEA PME : Mandarine Gestion, Amiral Gestion, DNCA Finance, Lazard Frères Gestion, Tocqueville Finance et bien sûr Oddo AM. Mais aussi tous les grands acteurs de la gestion d’actifs : Axa IM, Amundi, Natixis AM ou BNPP IP.

Ainsi, à fin mars, Morningstar recensait 38 fonds éligibles totalisant un encours d’un milliard d’euros. Une partie des sociétés de gestion possédait déjà au sein de leur gamme des OPCVM répondant aux critères d’éligibilité du PEA PME – à savoir des fonds investis au minimum à hauteur de 75 % dans des titres d’entreprises européennes de moins de 5.000 employés avec un chiffre d’affaires annuel inférieur à 1,5 milliard d’euros ou un bilan inférieur à 2 milliards. C’est le cas des fonds les mieux dotés qui affichent déjà des encours de plusieurs dizaines de millions d’euros. Axa WF Framlington Europe Microcap frôlait même les 200 millions d’actifs sous gestion à fin mars.

Création de fonds dédiés. Mais la stratégie produit a été différente d’une maison de gestion à l’autre. Certaines ont pu transformer un fonds existant mais n’ayant plus sa place dans la gamme : « Nous avons utilisé le canevas d’un fonds indiciel CAC 40 qui n’offrait plus de valeur ajoutée pour un spécialiste du ‘stock picking’ comme nous », indique Sébastien Korchia, directeur de la gestion actions chez Meeschaert AM. La grande majorité des sociétés de gestion a toutefois fait le choix de créer de nouveaux fonds, même lorsque des produits investis dans des valeurs moyennes européennes existaient déjà dans leur gamme. Amplégest PME justifie ce choix par sa volonté de ne pas dénaturer le fonds existant Amplégest Midcaps et donc influer sur ses performances. De son côté, Amiral Gestion n’a pas non plus souhaité ajouter de nouvelles contraintes à son fonds Sextant PEA et a lancé un nouveau fonds baptisé Sextant PME. « Nous n’avons pas voulu faire évoluer la gestion de nos fonds ‘small caps’ existants pour les rendre éligibles au PEA PME afin de ne pas modifier le couple performance-risque pour lequel les investisseurs actuels ont décidé d’investir », explique Jean-Jacques de Gournay, associé-gérant chez Lazard Frères Gestion, qui a donc passé en revue avec ses équipes la gamme de produits investis sur les valeurs moyennes en Europe, l’une des spécialités de la maison avec plus d’un milliard d’euros sous gestion. « Sur nos trois fonds existants, un seul était éligible : Objectif Investissement Microcaps, poursuit ce dernier. Néanmoins, à 100 millions d’euros, il est proche de son niveau de ‘hard closing’ prévu dans le prospectus, c’est-à-dire environ 130 millions, c’est pourquoi nous avons décidé de lancer un fonds spécifiquement créé pour le PEA PME, Investissement PEA-PME. »

Un choix pas toujours évident car tout nouveau fonds doit d’abord faire ses preuves en termes de performance avant d’attirer des souscriptions. Malgré tout, c’est également le choix opéré par Tocqueville Finance, qui a obtenu de sa maison mère, La Banque Postale, l’exclusivité de cette franchise. Avec un certain succès, car il a déjà collecté plus d’une vingtaine de millions d’euros en deux mois.

Pour attirer les investisseurs, les sociétés de gestion spécialisées dans les valeurs moyennes mettent en avant leur expertise et leur rôle de conseil dans un univers d’investissement pas toujours simple en termes d’analyse pour les particuliers. De plus, la seule possibilité d’être investi en obligations est de souscrire à un OPCVM le prévoyant – les particuliers ne pouvant en acheter en direct dans le cas du PEA PME. S’ils misent tous sur leur capacité de sélection des titres – le stock-picking cher aux gérants small caps – reposant sur leur analyse fondamentale, la bonne connaissance des sociétés et l’importance donnée au management, tous les fonds n’ont pas adopté la même approche dans la gestion et dans la construction de leurs portefeuilles. Un point positif pour les investisseurs qui ont l’embarras du choix : des fonds actions à dominante française, d’autres prévoyant une poche de valeurs européennes, des OPCVM mêlant capitalisations petites et moyennes, d’autres plutôt focalisés sur les small, voire micro caps, enfin des fonds positionnés à la fois sur les actions et sur les obligations. Plus l’encours du fonds sera important, plus il va être contraint en termes de liquidité d’aller vers des midcaps et un univers européen.

« Nous avons choisi de positionner Meeschaert AM France PME sur des petites et moyennes capitalisations très majoritairement françaises », indique Sébastien Korchia, pour qui ce positionnement va permettre d’investir sur de plus petites valeurs, moins liquides mais peu jouées par les grands fonds, et donc offrant plus d’opportunités. Néanmoins peu de fonds ont choisi d’être exclusivement investis en France (13 seulement sur les 38 recensés par MorningStar). « Nous connaissons bien les valeurs moyennes françaises et investissons aussi dans quelques moyennes capitalisations européennes, indique Sébastien Korchia. Toutefois il est beaucoup plus compliqué pour un gérant français d’investir hors des frontières sur ce segment de titres du fait notamment de la difficulté à rencontrer le management et à avoir un suivi régulier. »

Rencontre du management. A l’inverse, Lazard Frères Gestion a fait le choix de l’Europe pour son nouveau fonds Investissement PEA-PME. « Nous avons voulu nous donner un maximum de marge dans nos possibilités d’investissement », explique Jean-Jacques de Gournay, qui dit préférer les micro caps aux small caps et les small caps aux midcaps pour des raisons de valorisation. Après une première sélection dans cet univers de 2.000 valeurs avec pour grands indicateurs le retour sur capitaux employés (Roce), la croissance des résultats et le niveau d’endettement, l’équipe de gérants de Lazard Frères Gestion va systématiquement rencontrer le management des sociétés dans lesquelles elle investit.

Même approche chez Tocqueville Finance où la règle est également de rencontrer les sociétés avant tout investissement. Très majoritairement investi en valeurs françaises, Tocqueville PME compte un quart de titres d’entreprises européennes. Il mêle par ailleurs actions et obligations. « Nous investissons dans des actions d’entreprises dont la capitalisation est généralement inférieure à 500 millions d’euros parce que nous avons une bonne expertise sur ce segment de la cote et parce qu’elles sont moins bien valorisées en raison de leur plus faible liquidité, explique Didier Roman, son gérant, qui s’appuie sur les compétences du gérant spécialisé sur les valeurs européennes et de celui du crédit. Nous réservons une part aux obligations d’ETI.  » Mais pour le moment il y a peu d’opportunités sur ce dernier segment. « Cela n’a de sens que s’il y a de la liquidité  », précise-t-il.

BNP Paribas IP a également fait le choix d’un fonds mixte baptisé BNPP Actions-Obligations PME, en complément du fonds BNP Paribas Actions PME géré par CamGestion. Le nouveau fonds est en effet investi de 50 % à 60 % en actions et de 40 % à 50 % en obligations. Là encore, c’est une équipe de spécialistes des actions small et mid caps et de gérants obligataires qui sont en charge de la construction du portefeuille. La poche crédit vise à profiter du mouvement de désintermédiation. BNP Paribas IP souhaite capitaliser sur son expertise dans la gestion d’obligations privées émises par ces sociétés. Cette poche de 25 à 30 lignes d’émetteurs notés de « B » à « BBB », dont 20 % d’obligations de grandes entreprises, vise un rendement de 4 % pour une maturité de 6 ans.

Si le PEA PME est vu comme un relais de croissance pour nombre de sociétés de gestion, son succès va surtout dépendre des nouveaux flux engrangés. Lors d’une récente conférence consacrée au secteur de la gestion d’actifs, Pascal Koenig, associé en charge de ce marché chez Deloitte, mentionnait le PEA PME comme une des solutions de relance pour le secteur, mais seulement timide, car l’impact en termes de collecte reste encore difficile à estimer. « Un milliard d’euros de nouvelle collecte serait déjà un beau succès », selon ce dernier. L’an dernier, l’ensemble des fonds actions a subi une décollecte nette de 3,3 milliards en France.

Être ou ne pas être éligible Après une longue gestation, la naissance du PEA PME ne se fait pas sans complication. Alors que la loi de finance 2014, complétée par le décret d’application du 4 mars 2014, ont défini les critères d’éligibilité et le moment de l’appréciation de ces critères, ils n’ont pas prévu de liste officielle des sociétés éligibles. Le souci est que dans certains cas, comme celui des entreprises appartenant à un groupe, il peut être compliqué d’en apprécier l’éligibilité. La faute à un décret d’application pas assez précis, selon les spécialistes. La responsabilité en incombe alors à l’investisseur. Faute de liste officielle, Bercy a demandé aux entreprises de communiquer leur éligibilité au dispositif. Euronext compile sur son site la liste des entreprises qui se sont déclarées mais ce pointage n’a pas de caractère officiel. Ce cafouillage a obligé l’opérateur boursier à retirer quatre valeurs de son indice CAC PME moins d’un mois après son lancement en fanfare.

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