Les fonds veulent rendre le football rentable

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L’entrée récente des fonds d’investissement au capital des clubs de football français interroge les acteurs hexagonaux de l’industrie du sport.

Longtemps chasses gardées d’hommes d’affaires fortunés hauts en couleur, les clubs de football français séduisent de plus en plus les fonds de private equity. Dernier en date, le Red Star FC, qui a été acquis ce 12 mai par le fonds d'investissement américain 777 Partners. Ce célèbre nom du football hexagonal, situé à Saint-Ouen, joue pourtant en troisième division. Son prix ? 10 millions d’euros, selon L’Equipe. Bien loin des 4,7 milliards déboursés la semaine dernière par l’Américain Todd Boehly pour s’offrir le club anglais de Chelsea, jusqu’ici aux mains de l’oligarque russe Roman Abramovitch.

L’entrée récente des fonds d’investissement au capital des clubs de football français interroge les acteurs hexagonaux de l’industrie du sport. Sporsora, think tank dédié au sport business, organisait ce 12 mai chez Natixis une table ronde sur ce sujet. Et le débat s’est rapidement focalisé sur la rentabilité réelle ou fantasmée du football professionnel. Pour Laurent Damiani, fondateur et managing partner d’Inspiring Sport Capital, ce secteur, en France, ne peut être rentable, et ce pour des raisons avant tout réglementaires. «Les clubs de football sont totalement dépendants des fédérations et ligues pro. Et celles-ci imposent de nombreuses règles, comme l’obligation de dépenser 75% de la masse salariale dans les salaires des joueurs, avec des droits TV qui baissent», relate-t-il.

Olivier Jaubert, directeur général du Toulouse FC promu en Ligue 1, a pour sa part soutenu la thèse inverse. «Nous sommes une société de spectacle sportif. Et comme toute société, il faut des financements et gagner de l’argent. Pourquoi le football serait une industrie où on pourrait en perdre ?», interroge-t-il. Pour lui, un club ne doit tout simplement pas dépenser plus qu’il ne gagne. «La feuille de route de l’actionnaire est simple : profit & loss et cash flow positifs», insiste-t-il.

Son actionnaire Redbird Capital est entré au capital du club en 2020 après avoir étudié 70 clubs, relate le dirigeant. «Ils avaient des critères très précis comme la puissance économique de la ville, les infrastructures du club, l’existence d’un centre de formation, et la structure de la dette», raconte-t-il. Et la montée en Ligue 1 n'était pas la priorité. La capacité d'un club à gagner de l'argent se passe avant tout hors du terrain (billetterie, merchandising...). «Le rôle des fonds est aussi d’apporter de la rigueur dans la gouvernance», complète Mark Wyatt, associé chez KPMG.