Les banques poussent pour la reprise des dividendes

Olivier Pinaud
HSBC et Santander se disent suffisamment armées pour de nouveau rémunérer leurs actionnaires. La deuxième vague risque de compliquer la décision des régulateurs.

Pour les banques, la pause a suffisamment duré. HSBC et Santander, deux des plus grandes banques européennes, se sont clairement prononcées mardi en faveur d’un retour des dividendes dans les prochains mois, alors que les régulateurs bancaires ont exigé depuis la crise du Covid-19 un arrêt de la rémunération des actionnaires. La semaine dernière, UBS avait déjà annoncé mettre de côté 1,5 milliard de dollars pour des rachats d'actions l'année prochaine, en plus du dividende promis pour cette année.

La banque sino-britannique HSBC, qui présentait mardi matin ses résultats du troisième trimestre, s’est dit prête à verser un «dividende conservateur» à ses actionnaires l’an prochain à condition que le régulateur l’y autorise. HSBC précisera en février 2021 sa nouvelle politique de dividende, au regard de la situation économique.

«Je suis persuadée que nous pourrons reprendre les dividendes en numéraire dès que les conditions réglementaires le permettront», a pour sa part déclaré Ana Botin, la présidente de Santander, confirmant de récents propos de son directeur général. Les actionnaires de Santander ont voté mardi en faveur d’un dividende payé en titres, d'un montant de 0,10 euro par action. 10 cents par unité, en numéraire, pourraient être ajoutés au pot dès que la Banque centrale européenne, le superviseur bancaire de la zone euro, aura donné son feu vert.

Décision de la BCE fin décembre

Santander devra encore patienter quelques semaines. «Nous avons décidé de ne réétudier la décision (sur les dividendes, ndlr) qu'une fois que la BCE aura publié les nouvelles projections macroéconomiques, ce qui est prévu le 10 décembre», a déclaré mardi Andrea Enria, le responsable de la supervision bancaire au sein de la banque centrale.

L'aggravation de la pandémie partout en Europe risque de compliquer la décision de la BCE de rouvrir les vannes des dividendes bancaires. Les résultats du troisième trimestre publiés par plusieurs banques européennes ces derniers jours, après ceux de leurs homologues américaines, montrent des signes d’amélioration. Mais le récent durcissement des mesures sanitaires pour contenir la deuxième vague menace la reprise économique.

Les banques françaises commenceront à publier leurs comptes la semaine prochaine, avec BNP Paribas dès le mardi 3 novembre.

Risque lié à la deuxième vague

La semaine dernière, le gouverneur de la Banque d'Espagne, Pablo Hernandez de Cos, s’est montré extrêmement prudent. «La question est de savoir quand, et non pas si, la qualité des actifs des banques se détériorera dans cette crise», a déclaré le banquier central. Fin septembre, la Banque d'Angleterre a mis en garde contre les faiblesses de la capacité des banques britanniques à estimer les pertes sur prêts.

La question sociale pourrait également compliquer le débat. Alors que HSBC a repris en juin son plan de restructuration prévoyant 35.000 suppressions de postes dans le monde, Santander a prévu d’engager prochainement des discussions avec les syndicats. Ce seraient les premières réductions d'effectifs d’une banque espagnole depuis la pandémie.

De leur côté, les banques assurent que les créances douteuses pourraient ne pas augmenter autant que redouté. HSBC a réduit sa prévision de pertes sur prêts dans la partie inférieure de la fourchette de 8 à 13 milliards de dollars annoncée initialement. Santander a provisionné 2,5 milliards d'euros au troisième trimestre, après 7 milliards lors du premier semestre. Son ratio de fonds propres (CET1) s'est amélioré, passant de 11,84% à la fin du mois de juin à 11,98% fin septembre. Celui de HSBC a augmenté de 15,6 % (+0,6 point).