L'épargne Covid persiste en 2021

A fin septembre les flux d’épargne des Français atteignaient plus de 100 milliards d’euros.
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L’épargne continue d’animer les Français. Alors que 2021 aura été l’année de la reprise, avec une croissance attendue aux alentours de 6,8%, le taux d’épargne tarde à se normaliser. Il devrait encore atteindre 19,3% en 2021 et approcher les 15,7% en 2022 selon les chiffres présentés jeudi 2 décembre par le groupe BPCE lors de ses Rendez-vous de l’épargne. «Cela signifie qu’il ne parait pas envisageable à ce stade que la sur-épargne accumulée durant la crise alimente la croissance par un surcroît de consommation dans les mois à venir», a expliqué Alain Tourdjman, directeur études et prospectives de BPCE.

La volonté d’épargner demeure d’ailleurs prégnante, en dépit de la baisse depuis juin des craintes sur l’évolution du chômage. On observe ainsi une multiplication des motivations d’épargne : hausse des prix, montée de la dette publique qui préoccupe 62% des Français… mais aussi anticipation des difficultés économiques dans le futur.

«En particulier, la hausse récente du taux d’épargne est surtout le fait de ménages aisés, dont la propension à consommer est naturellement plus réduite que la moyenne», a indiqué Eric Buffandeau directeur adjoint études et prospectives de BPCE, précisant qu’ils étaient sensibles à l’effet déstabilisant de taux d’intérêt nominaux et réels toujours extrêmement faibles.

Source : Baromètre Epargne & Placements BPCE/Audirep, Nov. 21

Ce comportement toujours prudent s’est manifesté tout au long des trois premiers trimestres de 2021 par un surplus mensuel de placements financiers de 4,9 milliards d’euros (flux hors intérêts et capitalisation boursière), contre 8,2 milliards de mars à décembre 2020, par rapport à la situation d’avant crise.  Au total, le cumul des flux hors titres a atteint 100,3 milliards d’euros en septembre 2021, inférieur de seulement 6,6% à celui de 2020 à la même période.

L’ensemble des placements financiers des ménages pourrait atteindre 110,2 milliards d’euros en 2021, contre 141 milliards en 2020 et 74,4 milliards en 2019, soit un surplus supérieur à 130 milliards d’euros sur deux ans en comparaison d’une situation normale.

Epargne liquide vs épargne bloquée

Dans le détail, l’épargne liquide et sécurisée est restée au sommet. Les dépôts à vue (DAV) et les livrets devraient enregistrer une collecte annuelle proche respectivement de 56 milliards d’euros et de 50 milliards d’euros, en net repli par rapport à 2020. Ce recul relatif s’explique le net redressement de l’assurance vie, tiré par la collecte exceptionnelle des unités de compte (les UC, dont la part dans les encours est passée de 21 % à 27 % depuis mars 2020) et par la moindre décollecte des fonds en euros.

«Concernant les titres, on semble assister à la fin progressive des comportements opportunistes, avec la diminution des flux nets sur les actions cotées et des sorties importantes sur les OPC non monétaires, du fait de la réduction des gains faciles et rapides avec la hausse des cours», a détaillé Alain Tourdjman. Au total, les flux négatifs sur les OPC et les obligations devraient ramener les flux sur titres à des niveaux proches de 2018-2019, de l’ordre de -10 milliards d’euros.

Les placements orientés vers le long terme sont donc dominés par l’assurance vie en UC mais aussi par l’émergence confirmée d’un attrait durable pour les supports d’épargne retraite, eux-mêmes investis à environ 50% en supports UC. La création du plan d’épargne retraite (PER), semble être de nature à modifier durablement ce marché. Alors que l’épargne retraite individuelle était le parent pauvre de ce marché, elle a bénéficié depuis deux ans d’une dynamique sans précédent : la collecte sur 2021 devrait atteindre 5 milliards d’euros. Ce succès semble par ailleurs confirmé par des intentions de souscriptions élevées (23% des non-détenteurs), en particulier parmi les 35-49 ans mais aussi chez les 18-35 ans, très préoccupés par le niveau futur de leur retraite. 

Source : BPCE

Concernant la retraite collective, les intentions de souscription (dans le secteur privé) sont plus marquées encore avec 35% se disant intéressés mais le marché semble surtout confronté à un enjeu de visibilité et de disponibilité de l’offre : seulement 13% des salariés du privé pensent que leur entreprise propose un PER collectif et 8% «qu’elle devrait bientôt le proposer» tandis que 30% « ne savent pas » si le dispositif existe dans leur entreprise.

«Après plusieurs décennies de faible progression et de réponse très partielle aux attentes, l’épargne-retraite paraît en mesure de prendre une part significative dans les choix d’actifs des ménages, ce qui, compte tenu de leur horizon de gestion, devrait être vertueux pour le financement de l’économie», concluent les auteurs de l’étude.