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Le PEA-PME peine à atteindre sa cible

Le produit d’épargne lancé il y a sept mois affiche une collecte décevante et ne bénéficie toujours pas aux petites et moyennes entreprises françaises.

Aider les PME à devenir des ETI et aider les ETI à devenir de plus grosses ETI. » Tel était l’objectif assigné au PEA-PME par Pierre Moscovici, alors ministre de l’Economie, en août 2013. Mais le produit destiné à réorienter l’épargne des ménages vers le financement des petites et moyennes entreprises et des entreprises de taille intermédiaire, n’a pas connu le succès escompté. A tel point que sept mois après son lancement officiel, certains professionnels doutent sérieusement de son efficacité. « Le PEA-PME a certes apporté une base d’investisseurs complémentaire mais c’est un échec car l’écosystème qui lui permettrait de fonctionner n’existe pas », affirme Robert de Vogüe, fondateur d’Arkeon Finance. L’impatience des spécialistes des small et midcaps est compréhensible. Les PME ont un déficit criant de fonds propres. Et ces dernières années, la Bourse n’a pas su répondre à leurs besoins. Mais certains professionnels restent positifs. « La mise en place du PEA-PME a pris plus de temps que prévu mais cela ne l’empêche pas de constituer un excellent outil pour investir dans les valeurs moyennes », tempère Vincent le Sann, directeur clientèle institutionnelle et entreprise chez Portzamparc.

De fait, après la parution, le 5 mars, du décret relatif au plan d’épargne en actions destiné au financement des petites et moyennes entreprises, ce dernier a traversé une longue période de flottement. Plusieurs facteurs ont joué. D’abord, le plafond du PEA classique ayant été relevé de 132.000 à 150.000 euros au moment où le PEA-PME était lancé, les flux d’investissement des ménages dont les PEA étaient au plafond se sont dirigés en priorité vers le produit perçu comme le moins risqué. Ensuite, l’incertitude sur les conditions d’éligibilité des entreprises a généré un attentisme de plusieurs mois chez les investisseurs et les conseillers bancaires. Enfin, l’environnement de marché étant devenu plus fragile, les investisseurs ont eu tendance à se montrer plus prudents. Ceux qui ont accompagné les introductions en Bourse du premier semestre ont également déchanté lorsqu’ils ont vu qu’une majorité de ces valeurs avaient par la suite décroché. « La dernière vague d’introductions en Bourse (IPO) était surpondérée en biotech et medtech qui ont été dans leur grande majorité une source de contre-performance boursière. Aucune d’entre elles, à l’exception de Crossject, ne cote aujourd’hui au-dessus de son cours d’IPO », explique Sébastien Faijean, directeur associé chez IDMidcaps.

 

Méfiance dans un marché fragile

Certains gérants considèrent la nouvelle enveloppe avec méfiance. « Pour notre part, nous n’avons pas créé de fonds PEA-PME car les micro-capitalisations manquent souvent de liquidité, confie Dylan Baron, gérant actions chez Quilvest Gestion. Et dans un marché de plus en plus fragile, nous sommes assez réservés sur l’avenir du produit. » L’an dernier, l’afflux de liquidités sur les petites capitalisations juste après l’annonce de la création d’un produit dédié à l’investissement dans les PME a entraîné une surperformance de ces valeurs, « mais bon nombre de gérants sont sortis cet été car ils ont senti le vent tourner », poursuit-il. Dans l’intervalle, cet afflux de liquidité a néanmoins soutenu les IPO. « En début d’année, les banques mettaient toutes en avant leur accès aux ressources issues du PEA-PME pour convaincre les candidats à une introduction de les mandater », se souvient Bernard Gilly, président de Pixium Vision. Ces ressources « ont sans doute représenté entre 15 % et 25 % de la demande des particuliers lorsque nous avons levé 34,5 millions d’euros en juin », ajoute-t-il.

La couverture des petites valeurs par les analystes financiers est très insuffisante. « Plusieurs maisons de courtage ont fermé ces dernières années, le nombre d’analystes a diminué. Et si l’augmentation des volumes traités sur les valeurs PEA-PME est une bonne nouvelle pour l’écosystème des intermédiaires en ‘small’ et ‘midcaps’, il faudra du temps pour que l’extension de leur couverture soit effective », reconnaît Vincent Le Sann chez Portzamparc. A en croire une étude d’Arkeon Finance, alors que chaque société du SBF 120 est en moyenne suivie par 16 analystes, la part de petites valeurs non suivies par les analystes a augmenté de 50 % depuis 2007. Un tiers des sociétés éligibles au PEA-PME ne seraient ainsi couvertes par aucun analyste. Pour cause : les courtiers concentrent leurs efforts sur les grandes valeurs susceptibles de générer plus de courtage. D’où la proposition d’Arkeon Finance. « L’éligibilité au PEA-PME des sociétés cotées ne devrait être accordée qu’aux entreprises ayant passé un contrat d’animation avec une société de Bourse. Laquelle s’engagerait à produire au moins une analyse par an sur la valeur », avance Robert de Vogüe.

Conséquence directe de la mise en route laborieuse du PEA-PME : la collecte reste modeste au regard des 4,5 à 8,5 milliards d’euros initialement attendus par PME Finance d’ici à fin 2017. Bien qu’il n’existe pas encore de chiffres officiels sur le nombre de PEA-PME ouverts, ni sur les encours - ils devraient être publiés par la Banque de France en 2015 -, les levées de fonds liées au nouveau produit ont fait l’objet de plusieurs estimations. Dernièrement, PME Finance, sur la base d’une enquête informelle auprès des grands réseaux bancaires, a ainsi estimé qu’à fin juin, entre 60.000 et 90.000 comptes avaient été ouverts et que 150 à 225 millions d’euros avaient été investis sur ces plans. En projetant la même tendance à fin décembre, l’association estime que la collecte via les réseaux bancaires devrait atteindre entre 340 et 510 millions d’euros à fin décembre. De leur côté, les 64 fonds estampillés PEA-PME par l’Autorité des marchés financiers (AMF) affichent un encours total de 1,4 milliard à fin septembre, mais leur collecte au titre de la nouvelle enveloppe reste difficile à déterminer. « La grande majorité des fonds éligibles au PEA-PME aujourd’hui sont des fonds qui préexistaient au dispositif, transformés pour l’occasion, et qui collectaient principalement auprès des investisseurs institutionnels sur la thématique ‘small midcaps’. La collecte des fonds éligibles au PEA-PME ne provient donc pas uniquement des comptes PEA-PME », explique Chloé Magnier, directrice associée de CM Economics et rapporteur de l’Observatoire des entrepreneurs - PME Finance. Dès lors, les chiffres de collecte et de décollecte sont à prendre avec précaution. « Lorsque l’on enlève les effets de marché, la collecte nette de ces fonds calculée à partir de la variation des encours ressort à 249 millions d’euros entre le 5 mars et le 29 septembre. L’on distingue deux phases : une période de collecte de 297 millions jusqu’au début du mois de juillet et une décollecte de 48 millions ensuite », poursuit-elle. Néanmoins, pour l’économiste, le reflux du début de l’été étant commun à l’ensemble des fonds small/midcaps en Europe, « il n’a très probablement rien à voir avec le PEA-PME et l’on ne dispose d’aucune preuve qu’il y ait eu une décollecte sur ce produit en août ».

 

Adapter le produit

Reste à savoir dans quelle mesure les petites et moyennes entreprises tricolores bénéficient réellement du PEA-PME. Au 30 septembre, sur un potentiel de 460 entreprises françaises, 292 (soit un peu plus de 60 %) s’étaient déclarées éligibles au PEA-PME auprès d’Euronext. Auxquelles il faut ajouter deux sociétés belges, une espagnole et une luxembourgeoise. Mais ces 296 entreprises ne profitent pas toutes de la même façon des fonds levés. « L’effet de ruissellement visé au départ ne s’est pas produit. Une fois que les gérants ont fait le plein sur les sociétés du compartiment B d’Euronext (capitalisation comprise entre 250 millions et 1 milliard d’euros, NDLR), ils ne se reportent pas sur les valeurs du compartiment C et sur Alternext, mais sur les sociétés éligibles européennes les plus liquides », constate Robert de Vogüe. Les fonds estampillés PEA-PME placent ainsi quelque 55 % de leurs encours sur des titres français et 45 % sur des titres étrangers. Ironie de l’histoire, alors qu’à l’origine, l’éligibilité des grosses entreprises de taille intermédiaire du compartiment B avait été obtenue in extremis grâce au lobbying intensif des professionnels, ce sont aujourd’hui bien ces midcaps qui profitent essentiellement de la nouvelle enveloppe. Reste les entreprises non cotées qui représentent tout de même la très grande majorité des PME. A l’heure actuelle, elles ne profitent que très marginalement du PEA-PME. Le FCPR Entrepreneurs & Exports d’Entrepreneur Venture (investi à 100 % en obligations convertibles) et celui d’A Plus Finance (un mix d’actions et d’obligations) figurent parmi les rares produits dédiés au non-coté éligibles à la nouvelle enveloppe.

Les intermédiaires et les gérants plaident pour une adaptation du PEA-PME afin qu’il devienne plus attrayant. « Il faudrait pouvoir intégrer davantage d’obligations et d’obligations convertibles de façon à désensibiliser le produit du risque de marché », défend Robert de Vogüe. Autre demande de certains professionnels : avoir la possibilité de passer en valeur liquidative hebdomadaire, voire mensuelle. « Cela enlèverait une contrainte de gestion considérable. Sur les 460 sociétés susceptibles de se déclarer éligibles, seules 50 affichent une liquidité correcte et deux tiers des fonds PEA-PME sont sous le régime des valeurs liquidatives quotidiennes », estime le fondateur d’Arkéon Finance. Il n’est pas sûr que l’AMF se laisse facilement convaincre…

 

Un nouveau fonds pour les actifs cotés et non cotés

Comment orienter les flux du PEA-PME vers les entreprises à qui ils étaient à l’origine destinés ? En marge d’un colloque à l’Assemblée nationale autour du projet de loi de Finances 2015 et des PME, le président de l’Association française de la gestion financière, Paul-Henri de La Porte du Theil, a évoqué deux pistes : « Compte tenu de la réticence des banques à distribuer des produits non cotés, une des possibilités serait de créer un nouveau type de fonds où des actifs non cotés pourraient coexister avec des actifs cotés dans des proportions plus importantes que ce qui est permis actuellement. »  Cette innovation nécessiterait néanmoins un changement de la réglementation AMF, très attachée à la liquidité des fonds. Autre adjuvant possible pour stimuler le produit : la défiscalisation. « Retirer le PEA-PME de l’assiette de l’ISF enverrait un message clair sur les priorités en termes d’emploi de l’épargne », souligne Paul-Henri de La Porte du Theil. Reste à savoir si la proposition séduira les députés au point de les inciter à déposer un amendement au projet de loi de Finances rectificative le mois prochain.

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