Le casse-tête de l’ISR

Entre labels, taxonomie européenne et annonces marketing, difficile d’y voir clair

ISR, ESG, impact investing… Les distributeurs ont de quoi être perdus parmi tous ces acronymes, anglicismes et autres effets d’annonces. L’offre en investissements dits « responsables » est pléthorique. Déjà plus de 724 fonds revendiquent un label, que ce soit ceux de l’Etat ou celui de Finansol. C’est beaucoup, sans compter les produits qui se revendiquent ESG mais qui ne le sont pas vraiment…

Clarifier l’offre

La Commission Européenne est décidée à mettre de l’ordre dans tout cela. A partir de 2021, la taxonomie verte entrera en vigueur. Elle imposera une nomenclature commune pour juger du critère « responsable » de plus de 70 activités (voir visuel ci-dessous). Objectif : proposer un langage commun à tous les acteurs financiers pour leur permettre d’évaluer de manière homogène la part « verte » de leurs portefeuilles. Les surprises risquent d’être de taille !

Dans une étude commune, Novethic et l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) ont passé au crible 227 fonds à stratégie environnementale. Leur conclusion est sans appel : la part « taxo-compatible » des fonds verts européens actions est inférieure à 30 %. La finance totalement verte n’est donc pas pour demain. Un mal pour un bien qui renforcerait l’intérêt d’une approche responsable. « L’ISR ne doit pas représenter tout le marché. Il doit uniquement favoriser les entreprises les plus avancées dans le domaine social et environnemental », défend Hervé Guez, directeur de la gestion actions, taux et solidaire de Mirova, spécialisée justement dans l’investissement responsable.

Encore faut-il que cette offre parvienne à se distinguer du greenwashing. L’habilité marketing de certaines sociétés de gestion a de quoi induire nombre de distri-buteurs en erreur, d’autant plus que beaucoup ont encore du mal à saisir les nuances d’approches en investissement responsable. Raya Bentchikou, responsable distribution CGPI d’Axa Investment Managers, en distingue trois bien distinctes. « Les critères ESG sont le premier niveau. Ils permettent une meilleure analyse extra-financière des émetteurs, explique la responsable. L’approche ISR va plus loin en imposant une notion de sélectivité dans un univers grâce à une analyse basée sur au moins un critère ESG. Enfin, l’impact investing est le niveau le plus abouti et consiste à sélectionner uniquement les sociétés visant un bénéfice sociétal spécifique et mesurable ».

Éviter les greenwashers

Une fois ces différences comprises, reste à appliquer des filtres, le premier étant généralement réalisé à l’aide des labels. « Il faut être exigeant et accepter la contrainte. Fruit d’une longue concertation de place, la labellisation a vocation à être assez large. Un fonds qui se revendique ESG sans être labellisé serait assez étonnant », clame Hervé Guez. Ils ne sont pourtant pas une garantie absolue, comme le confie Maëlle Caravaca, fondatrice du cabinet de gestion de patrimoine en privé, spécialisé dans l’ISR. « On retrouve dans les portefeuilles de certains fonds labellisés des valeurs qui n’ont rien à y faire », s’insurge l’experte en investissement responsable. Au-delà de l’analyse approfondie des fonds, elle plaide également pour une étude minutieuse de l’historique ESG de la société de gestion. « Le greenwasher c’est la société qui fait la course aux labels depuis peu et dont la stratégie ISR semble sortie du chapeau », explique la conseillère.

Clarifier l’offre est donc indispensable, d’autant plus qu’il reste un lourd travail à mener pour lever les réticences de certains distributeurs, courroie indispensable de la chaine de transmission. « Les réseaux bancaires sont les plus enclins à proposer des solutions ISR à leurs clients car ils axent beaucoup leur communication de marque dessus. L’effort est plus naissant de la part des CGP et la dynamique reste à concrétiser », relève Raya Bentchikou. Ajouté à cela, Maëlle Caravaca regrette que l’ISR « reste encore confiné à une sphère très confidentielle ». Elle conclut avec une pointe de triste ironie : « peu de Français savent que l’argent qui dort sur leur compte courant finance des industries polluantes ».