La reprise économique prend de l’ampleur

Xavier Diaz
Le FMI a relevé ses prévisions de croissance mondiale à 6%, grâce aux Etats-Unis, mais insiste sur les risques d’une trop grande divergence entre pays.
Gita Gopinath, la chef économiste du FMI, lors de la présentation du World Economic Outlook le 6 avril 2021. (IMF Photo/Joshua Roberts)

L’économie mondiale devrait connaître cette année sa plus forte croissance depuis le milieu des années 1970. Le Fonds monétaire international (FMI), qui a présenté mardi, ses nouvelles Perspectives de croissance mondiale (World Economic Outlook, WEO) à l’occasion de ses réunions du printemps, a relevé de 0,5 point (par rapport à janvier) sa prévision à 6% pour 2021 et à 4,4% pour 2022 (après une contraction de 3,3% en 2020).

Ces nouvelles prévisions, justifiées principalement par le vote d’un plan de soutien budgétaire massif aux Etats-Unis de 1.900 milliards de dollars mais aussi par le déploiement des vaccins et l’adaptation à l'épidémie des économies qui souffrent moins des mesures de restriction, restent toutefois incertaines. «La pandémie doit encore être vaincue et les cas de contagion accélèrent dans de nombreux pays, a souligné Gita Gopinath, la chef économiste du FMI. Les reprises divergent dangereusement entre pays et au sein même des pays.» Un fossé semble se creuser entre les Etats-Unis et la Chine d’une part, et le reste du monde d’autre part, pays développés mais surtout émergents.

Fort rebond des Etats-Unis

Le principal enseignement de cette dernière livraison du WEO est le fort rebond attendu de l’économie américaine avec une croissance de 6,4%, soit 1,3 point de plus qu’en janvier. Entre-temps le plan de soutien a été voté par le Congrès américain. Le président américain Joe Biden a par ailleurs annoncé ses ambitions en matière d’infrastructures. De nouvelles mesures pour lesquelles le FMI n’a pas encore calculé leur effet sur la croissance américaine, a précisé la chef économiste du Fonds. Au même titre que la Chine (+8,4% de croissance prévue cette année) en 2020, les Etats-Unis devraient retrouver cette année leur niveau de PIB d’avant le Covid. Ce sera aussi la seule grande économie à dépasser le niveau de PIB de 2022 projeté avant la crise. La plupart des autres pays devront attendre 2022, voire 2023, pour revenir à celui de fin 2019.

«Ce rythme divergent dans la reprise pourrait créer des écarts significatifs de niveaux de vie entre les pays développés et les autres, en comparaison des prévisions pré-pandémie», a ajouté Gita Gopinath. L’absence de crise financière va bien sûr éviter des pertes à moyen terme aussi importantes que lors de la crise de 2008. Elles sont estimées à 3% dans le monde, avec de fortes divergences entre régions. La réponse monétaire et budgétaire, à hauteur de 16.000 milliards de dollars, a permis d’éviter que la crise ne soit trois fois plus grave, selon le FMI. Néanmoins contrairement à 2008, les pays émergents en payent le plus lourd tribut.

Fort recul des niveaux de vie

Les pertes annuelles de PIB par habitant entre 2020 et 2024, par rapport à la situation pré-pandémie, sont estimées à 5,7% pour les pays à faibles revenus, à 4,7% pour les pays émergents et à 2,3% pour les pays développés. Mais ces écarts sont encore plus profonds si l’on retire la Chine des émergents. Les pertes annuelles sont alors estimées à 6,1%. Pour les pays développés, sans les Etats-Unis, elles s’élèvent à 3,1%.

Les conséquences de ces écarts sont d’abord sur les niveaux de pauvreté mais aussi sur la trajectoire de croissance mondiale et sur la stabilité financière. La hausse des taux longs américains, conséquence de cette reprise économique, pourrait en être à l’origine. «Des reprises à plusieurs vitesses pourraient représenter un risque financier si les taux d’intérêts aux Etats-Unis progressent plus qu’anticipé, a noté la chef économiste du FMI. Cela pourrait provoquer une baisse désordonnée des valorisations des actifs, un resserrement brutal des conditions financières et une détérioration des perspectives de reprise, en particulier pour certains marchés émergents et économies en développement fortement endettés

Poursuite du soutien

Gita Gopinath a précisé qu’une hausse ordonnée des taux n’était pas un problème. Le niveau actuel de dette publique des Etats-Unis ne constitue pas un sujet majeur d’attention tant que les taux restent bas. Les gouvernements doivent donc poursuivre le soutien aux économies pour éviter un choc, tout en étant plus contraints par leur niveau d’endettement, a par ailleurs souligné cette dernière en insistant sur la nécessité de concentrer les efforts sur des mesures flexibles, ciblées et adaptées aux spécificités de chaque pays.

Elle a décliné un agenda en trois temps, en fonction des situations sanitaires et économiques de chacun : une première phase de lutte contre la pandémie (avec des mesures dans le domaine de la santé et de soutien aux entreprises et aux ménages), une deuxième où la pandémie est battue et le marché revient à la normale au cours de laquelle il faudra adapter les dispositifs à la suppression des mesures prises pendant la crise (aide à la formation, transformation des soutiens à la liquidité en fonds propres…) et une troisième phase une fois la crise passée. «Les efforts politiques pourraient alors se concentrer davantage sur la construction d'économies plus résilientes, inclusives et vertes, afin de soutenir la reprise et d’augmenter la croissance potentielle», a insisté cette dernière. Un programme ambitieux.