La place de Paris veut favoriser le retour des introductions en Bourse

Bruno de Roulhac
Les recommandations concernent les investisseurs et les banquiers conseils des émetteurs. Bercy anticipe la cotation de dix licornes d’ici à 2025.

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage. Alors que les introductions en Bourse sont particulièrement rares et que les sorties de cote se multiplient, investisseurs et banquiers se mobilisent de nouveau pour donner un nouvel à la place parisienne. Paris Europlace vient de publier un « Guide commun des meilleures pratiques en matière d’introductions en Bourse », fruit du travail d’une trentaine d’institutions financières. Ce texte fait suite au rapport de juin 2021 de Paris Europlace sur l’attractivité de la place de Paris pour les introductions en Bourse, et sur celui de la Caisse des Dépôts et de Bpifrance faisant des propositions visant à favoriser la cotation des sociétés tech, en particulier des licornes françaises.

Dans un contexte de dégradation de la conjoncture économique et de raréfaction progressive des liquidités, les entreprises pourraient avoir besoin de rejoindre la Bourse pour satisfaire leurs besoins de fonds propres. En particulier, les licornes françaises qui, pour le moment, ne se bousculent pas vers la cotation, avec seulement Neoen, Deezer et Believe ayant franchi le pas. Toutefois, Bercy vient d’annoncer des mesures de soutien pour favoriser les IPO d’entreprises tech à Paris. Avec l’objectif de la cotation de dix licornes d’ici à 2025, dont deux de plus de 5 milliards d’euros de valorisation. Afin d’attirer la cotation à Paris d’entreprises innovantes, Bercy veut ouvrir la voie aux droits de vote multiples, en engageant un travail législatif, afin de permettre aux dirigeants de licornes de conserver le contrôle effectif de leur entreprise.

Le guide de Paris Europlace a vocation à encourager les meilleures pratiques communes « pour contribuer à un flux d’introductions en Bourse réussies [et] cimenter la confiance des investisseurs dans l’après-marché », précise Paris Europlace. Notamment en les aidant à structurer l’introduction en Bourse de manière à limiter le risque d’exécution et à permettre une bonne performance du titre.

Créer un dialogue le plus tôt avec les futurs actionnaires

Le guide s’adresse en premier lieu aux investisseurs institutionnels, qui devront contribuer efficacement au mécanisme de formation du prix le plus en amont possible afin de nourrir un dialogue efficace et productif avec l’émetteur et les intermédiaires. Notamment, les investisseurs doivent réaliser les travaux d’analyse nécessaires pour bien appréhender la société, avoir des indicateurs ESG suffisants pour capter des fonds ESG lors de l’IPO, participer activement au processus de pré-marketing, et débuter un dialogue constructif avec l’émetteur. Le guide recommande aussi un retour étayé des réunions, entre le candidat à la Bourse et les investisseurs, sur le modèle d’affaires, les comparables cotés, la gouvernance et les paramètres de valorisation. « Nous soutenons fortement cette proposition de rendre publics ces comptes-rendus, afin de créer un dialogue constructif avec les éventuels futurs actionnaires », précise Charles-Henri d’Auvigny, président de la Fédération des Investisseurs Individuels et des Clubs d'investissement (F2iC). L’investisseur doit aussi être en mesure de jouer un éventuel rôle de cornerstone (engagement public d’investissement) ou d’anchor (intérêt de principe). L’Etat est prêt à jouer son rôle et évaluera la pertinence d’entrer au capital lors de l’IPO. Bpifrance a prévu d’investir 500 millions d’euros lors des IPO de technologiques, et la CDC, 300 millions. Le milliard d’euros pourrait même être dépassé.

Continuer à accompagner après la cotation

Le guide s’adresse en second lieu aux émetteurs, à travers des recommandations à leurs banques et à leurs conseils financiers. En amont, l’objectif est d’accroître la visibilité sur la demande potentielle, sur le niveau de valorisation optimal permis par le marché et sur la faisabilité de l’opération. Banques et conseils ont pour mission d’aider l’émetteur à construire son argumentaire d’investissement et sa communication financière ; à s’assurer que les objectifs financiers et industriels soient clairs et étayés, ainsi que les risques ESG, notamment liés à la transition climatique, pour éviter un impact défavorable sur la valorisation ; et à dialoguer suffisamment tôt avec les investisseurs. Ces conseils viennent aussi aider les émetteurs à déterminer la taille du placement, la fourchette de prix, la politique d’allocation du capital au sein de l’IPO, et la stratégie adaptée pour associer un actionnariat individuel. « Le guide n’établit pas de différenciation entre investisseurs institutionnels et individuels, et n’exclut pas ces derniers des IPO », se félicite Charles-Henri d’Auvigny.

Ce soutien ne doit pas s’arrêter avec la cotation, mais se poursuivre dans la durée. « Ce dialogue dans la durée est essentiel, poursuit Charles-Henri d’Auvigny. Pour le maintenir au meilleur niveau et rassurer les actionnaires, les émetteurs ont besoin d’être accompagnés ». D’ailleurs, Bercy vient d’annoncer que la mission French Tech accompagnera les licornes après leur introduction en Bourse.